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Publié le mardi 2 octobre 2018 à 21h18min par Johanna Decorse

A Toulouse Balma, les archéologues d’Hadès prennent les commandes de leur société

Créé à Pau en 1994 et installé à Balma depuis 2008, le bureau d’investigations archéologiques Hadès est devenu une coopérative en juillet dernier. Un moyen pour les salariés de « prendre en main l’avenir de leur entreprise » et d’affirmer leur statut de chercheurs.

Hadès, le dieu des profondeurs de la terre à qui ils avaient demandé protection, ne les a pas laissé tomber. Après des années difficiles dues à une crise sectorielle et qui se sont traduites par la perte d’un tiers de ses effectifs entre 2014 et 2015, le bureau d’investigations archéologiques toulousain retrouve un peu d’air et un nouveau statut. Créée en 1994 à Pau par Bernard Pousthomis, la structure installée depuis 2008 à Balma, vient de passer sous le régime d’une scop, une société coopérative. Son fondateur, parti à la retraite après deux années à redresser la barre avec son personnel, l’a transmise en juillet dernier à trente-trois salariés repreneurs sur un effectif global de cinquante trois personnes, qui la gèrent et la dirigent désormais collectivement.

Des vestiges sauvés par des études

Spécialisé dans les missions d’expertise, d’études et de fouilles sur les sites, les monuments et les objets archéologiques, allant de la protohistoire (âges des métaux) à nos jours, Hadès compte trois implantations en plus de son siège toulousain, à Bordeaux, Clermont-Ferrand et dans les Alpes maritimes. La société dispose par ailleurs depuis 2005 de l’agrément ministériel qui l’autorise à intervenir en archéologie préventive. « Il s’agit d’une archéologie d’urgence qui permet de sauver des vestiges par l’étude avec toutes les méthodes d’investigations modernes », explique Ugo Cafiero, président de la scop. « Tout ce qui est mobilier est prélevé et étudié dans nos locaux. Ce qui ne peut pas l’être, comme les fondations ou les murs, est relevé manuellement et scanné en 3D. On peut aussi réaliser un relevé photogramétique par drone. »

Les chantiers d’archéologie préventive ont lieu en général dans des zones déjà identifiées comme les centres des grandes villes et pour tous projets d’aménagement du territoire. Dans les deux cas, un diagnostic est opéré par les collectivités elles-mêmes ou par l’Institut national de recherches archéologiques préventives. Selon les résultats, des fouilles seront ordonnées et menées, à l’issue d’appels d’offres menés par l’Inrap ou par un opérateur privé comme Hadès.

Nécropole wisigothique à Seysses

L’archéologie préventive représente à elle-seule 80% du chiffre d’affaires d’Hadès, établi en 2017 à 4,4 millions d’euros. En avril dernier, la société a mis au jour à Saint-Hilaire des traces d’anciens silos de la période médiévales et d’une quinzaine de squelettes. A Seysses, un chantier en cours a révélé la présence d’une nécropole wisigothique avec quelque 130 tombes qui bientôt feront place à un lotissement.

Pour les salariés repreneurs d’Hadès, le passage en scop est aussi une façon d’affirmer leur qualité de chercheurs. « Dans ce milieu, quand on vient du privé, on est parfois suspect. Le statut de scop, par son approche collaborative, rejoint notre démarche et notre façon de vivre notre métier. Nous sommes des passionnés », insiste Ugo Cafiero. « Et nous faisons un véritable effort pour prolonger à la fois le travail archéologique et la commande commerciale par des études et publications auprès de la communauté scientifique ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Deux campagne de fouilles archéologiques conduites par le bureau d’études Hadès à Auvilar et à Seysses. Photo Hadès.