Fonds d’investissement, chômage partiel... Ce que contient le plan pour sauver l’aéronautique

Le gouvernement a détaillé ce mardi son plan de soutien à la filière aéronautique, gravement déstabilisée par l’effondrement des commandes d’avions civils. Le dispositif, qui associe les poids lourds du secteur aux pouvoirs publics, mêle des mesures d’urgence pour préserver l’emploi et moderniser la filière.

Le soutien public se poursuit pour venir en aide à tous les secteurs en grande difficulté. Après un plan de 18 milliards d’euros pour sauver l’industrie du tourisme, puis encore 8 milliards d’euros pour la filière automobile, c’est au tour de l’aéronautique de profiter d’une aide de 15 milliards d’euros. A elle seule, la compagnie Air France a bénéficié de 7 milliards d’euros d’aide de l’Etat sous forme de prêts directs ou de prêts bancaires garantis par la puissance publique, une somme comprise dans ce plan de soutien ce qui n’est pas sans soulever quelques critiques..

« Nous décrétons l’état d’urgence pour sauver notre industrie aéronautique pour lui permettre d’être plus compétitive et plus décarbonée », s’est justifié Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des finances ce mardi 9 juin lors de la présentation de ce « soutien massif proportionné à la violence qu’a représentée la crise en ce début d’année et à son impact durable sur le trafic aérien. »

Avec près de 180.000 emplois directs en France, dont 80.000 en Occitanie, l’aéronautique est un des rares secteurs industriels où la France excelle. Or, avec l’arrêt du trafic aérien, la filière, en croissance depuis vingt ans, a été littéralement fauchée en plein vol. Les commandes d’avions ont brusquement cessé et les livraisons ont fondu. Au point que le président d’Airbus, Guillaume Faury, a alerté le premier sur des menaces pour sa « survie ». Et le retour au niveau d’avant la crise n’est pas attendu avant deux ou trois ans. D’où la nécessité pour la filière aéronautique de se restructurer en profondeur. « Avec cet effort, notre industrie saura relever la tête. Il répondra aux demandes du secteur et aux inquiétudes des salariés et des collectivités », a promis le ministre.

Chômage partiel de longue durée et PGE

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Le premier objectif est de « sauver les emplois ». Car, selon le ministère « ce sont 100.000 emplois qui seraient menacés dans les six mois qui viennent si on n’apporte pas d’aides publiques tout de suite ». « Soyons lucide », a-t-il néanmoins prévenu. « Il y aura des ajustements à faire sans départ contraint dans la mesure du possible ».
Plusieurs « instruments très concrets » seront alors activés. Des garanties à l’export, qui « vont représenter plusieurs milliards d’euros », seront accordées aux compagnies aériennes avec la mise en place d’un moratoire de douze mois (au lieu de six) pour rembourser leurs emprunts auprès des banques. « Cela représente un coût de trésorerie pour l’Etat d’1,5 milliard d’euros ».

Le gouvernement prévoit également toujours pour les compagnies aériennes « un assouplissement des modalités de remboursement de tous nouveaux achats d’avions Airbus ». Ce qui représente un effort de trésorerie pour l’Etat de plus de 2 milliards d’euros.

Ce dernier prévoit aussi d’encourager la commande publique militaire en engageant 800 millions d’euros, le prolongement du Prêt Garanti par l’État et la mise en place du chômage partiel de longue durée.

Robotisation et avion vert

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Le gouvernement veut aussi profiter de la crise pour « accélérer la transformation des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) » en actionnant deux fonds . Le premier pour l’investissement en fonds propre sera doté d’1 milliard d’euros d’ici la fin de l’année pour soutenir les entreprises fragilisées. Mais, l’État, qui versera 200 millions d’euros, ne sera pas le seul à mettre la main à la poche. Les quatre grands industriels, Airbus, Safran, Thales et Dassault, injecteront 200 millions d’euros tandis qu’un fonds d’investissements ajoutera au moins 100 millions d’euros cet été.
Le second dispositif financé par l’Etat à hauteur de 300 millions d’euros sur trois ans accompagnera la numérisation et la robotisation de ces entreprises.

Quelque 1,5 milliard d’euros d’aides publiques seront aussi investis sur trois ans pour soutenir la recherche et le développement par le biais du Conseil pour la recherche aéronautique civile. L’objectif est de « parvenir à un avion neutre en carbone en 2035 au lieu de 2050, notamment grâce au moteur à très haut taux de dilution et au recours à l’hydrogène. »
Audrey Sommazi

Sur les photos : Le premier objectif du plan est de préserver les emplois, selon le ministre de l’Economie.
Le second objectif est de préparer les prochaines générations d’avions commerciaux, d’hélicoptères et avions d’affaires dotées de nouveaux modes de propulsion émettant moins de CO2. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Aeronautique-l-Etat-deboque15-milliards-d-euros-d-aides,28989