Covid-19. En Occitanie, la sous-traitance aéronautique à « l’arrêt net et brutal »

article diffusé le 3 mai 2020

Quand l’avionneur européen trinque, c’est toute une filière qui souffre. Les premiers signes de la crise provoquée par le Covid-19 apparaissent dans les entreprises régionales de rang 1 et 2.

Tous les patrons d’entreprise ne réagissent pas de la même façon face à cette crise d’ampleur inédite, à l’issue incertaine, dans laquelle l’aéronautique est plongée. Christian Cornille se dit « combatif » et « déterminé ». « Je ne suis ni inquiet, ni pessimiste : je regarde la situation avec lucidité et je sais qu’elle sera compliquée », lance le président de Mecachrome. Cette ETI [1] de mécanique de précision employant 3000 salariés répartis sur treize sites, dont un situé à Launaguet, près de Toulouse, annonce déjà des chiffres inquiétants : l’activité est en baisse « très significative » de l’ordre de 40 à 50%, et ce, sur plusieurs mois.

Malgré « le ciel brumeux », Nicolas Pobeau, le président de Recaero, est sur la même ligne. « Soit on se morfond, soit on rebondit », déclare-t-il. D’autant que le fils du fondateur désormais aux commandes de l’entreprise, spécialisée dans la fabrication des pièces de rechange, n’en est pas à sa première crise. Celle de 2008 a failli faire plonger cette PME fondée à Verniolle (Ariège). Le patron en a tiré plusieurs leçons. « Mon objectif est de préserver la trésorerie pour repartir en utilisant les leviers de l’État ». Pourtant, l’entreprise a déjà enregistré une baisse de 20 % de chiffre d’affaires sur le premier trimestre.

Serge Dumas, le patron de Gillis Aerospace, reste encore stupéfait par le trou d’air que rencontre la filière aéronautique. « On est en plein traumatisme, en pleine sidération. On vit une crise sans précédent, désormais structurelle. On est à l’arrêt net, brutal. On se prend un mur", déplore-t-il. Or, comme le rappelle ce patron, dont l’entreprise produit des fixations depuis le Tarn-et-Garonne, il y a quelques mois encore, Airbus mobilisait toutes ses énergies pour assurer la montée de ses cadences de production. Aujourd’hui, il déplore que 50 % de ses commandes ont été annulées.

Chez Figeac Aero, la baisse de l’activité est significative mais il est trop tôt pour donner des éléments chiffrés. Le groupe dépendant de l’aéronautique, qui emploie 3700 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 430 millions d’euros en mars 2019, cherche à assurer la diversification de l’activité vers d’autres secteurs comme la défense et l’hydraulique.

Menaces sur l’emploi

Avec les baisses des cadences de production liées à l’arrêt quasi total du transport aérien, c’est tout un secteur qui est secoué. D’ailleurs, le constructeur et équipementier de rang 1 Daher tangue également. La CFDT évoque une chute de 400 millions d’euros du chiffre d’affaires en 2020, qui pourrait s’accompagner de 3000 suppressions de postes, sur un effectif de plus de 10.000 personnes. « Cette annonce a été faite il y a trois semaines par le président Didier Kayat aux organisations syndicales », explique Sébastien Sebti, responsable syndical CFDT Tarbes (1650 emplois), reconnaissant ne pas connaitre la répartition par site. Toujours selon ce dernier, « une forte intersyndicale - CFDT-FO-CGT-CFE-CGC- travaille pour qu’il y ait le moins de casse possible dans l’emploi. »

L’emploi est la grande inconnue de cette crise puisque l’aéronautique est le principal moteur de l’industrie en Occitanie avec 187.000 salariés (source Gifas [2]). « Des plans sociaux vont se déclencher », note pour sa part un chef d’entreprise qui veut garder l’anonymat. « Les entreprises qui ont les riens solides vont passer la crise. Mais, il y aura de la concentration, avec une reconsolidation des acteur. »
« On a du mal à percer la capacité de rebonds du transport aérien. Et cette incertitude pèse lourd sur la filière. On aura à faire des efforts. Dans quelle proportion ? Je ne peux pas répondre », avoue de son côté Christian Cornille.
Audrey Sommazi

Sur la photo : selon le Gifas, l’industrie aéronautique emploie quelque 187.000 salariés en Occitanie. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

P.S. :

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Notes

[1Entreprise de taille intermédiaire

[2Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales

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Source : https://www.touleco.fr/Covid-19-En-Occitanie-la-sous-traitance-aeronautique-a-l-arret,28732