Craig Johnstone, Evotec : « Notre usine de bioproduction à Toulouse sera à la pointe de la technologie »

En 2015, le groupe allemand Evotec reprenait les activités de recherche et de santé de Sanofi à l’Oncopole de Toulouse. Cinq années plus tard, ils ont plus que triplé leur effectif et annoncent la construction à Toulouse de leur première usine de bioproduction européenne. Entretien exclusif avec Craig Johnstone, chief operating officer d’Evotec et président d’Evotec France, sa filiale basée à Toulouse.

Craig Johnstone, vous venez d’annoncer la construction d’une nouvelle usine de fabrication de thérapies biologiques à Toulouse, sur votre site Campus Curie jouxtant l’Oncopole. Pouvez-vous nous présenter ce grand projet et ses perspectives de développement ?
L’investissement total dans ce nouveau bâtiment représente 150 millions d’euros, dont 50 millions d’euros seront financés par l’État français, la Région Occitanie et Toulouse Métropole. D’une surface d’environ 10.000 m2, l’usine sera dédiée à la fabrication d’anti-corps thérapeutiques, de produits biologiques et de thérapies cellulaires. Les traitements à base d’anticorps monoclonaux sont moins connus que les vaccins dans la lutte contre le Covid-19 mais ils représentent une alternative pour des patients avec des allergies sévères ou présentant un système immunitaire déficient, auquel cas la réponse au vaccin ne serait pas satisfaisante. De manière générale, ils sont une arme thérapeutique clé dans le combat contre les maladies infectieuses et de futures pandémies. Les travaux de construction doivent commencer au second semestre 2021 pour une ouverture à la fin de 2023. Nous aurons besoin d’embaucher un minimum de 120 à 150 personnes qualifiées en bioproduction dès le début de la mise en service de l’usine. Et, à plus long terme, nous envisageons de monter en puissance avec un effectif de 250 salariés.

Baptisée J.POD 2 EU (pour Europe), cette usine sera un clone de votre J.POD 1 US encore en construction près de Seattle aux États-Unis. Quelles en sont ses caractéristiques ?
Ces deux usines jumelles, à la pointe de la technologie, concrétisent une nouvelle génération de sites de fabrication de produits biologiques. Commencée il y a deux ans, celle de Seattle entrera en service au second semestre 2021. De son côté, le site de Toulouse sera la première installation commerciale en Europe de bioproduction d’Evotec. Ce concept d’usine du futur repose sur un principe fondateur, à savoir sa capacité d’agilité, de réactivité et de flexibilité. En effet, alors que le Covid mute, il se peut que nous atteignions une situation où les vaccins disponibles ne seront plus efficaces. Et développer de nouveaux vaccins pourrait prendre une année. Entre-temps, il sera utile de disposer d’alternatives thérapeutiques disponibles rapidement, comme les anticorps monoclonaux. Dans la lutte contre les pandémies, il faut agir vite et pouvoir changer d’échelle de fabrication encore plus vite. Si on a besoin de fabriquer un produit en masse, on pourra le faire sur les deux sites américain et européen en même temps sans devoir adapter la technologie. Par ailleurs, les anticorps ciblent des thérapies innovantes qui ouvrent la voie au traitement de nombreuses maladies. Ils font partie d’une médecine de précision, dite personnalisée, et seront donc produits en plus petits lots que les biothérapies conventionnelles. Il faut donc une usine flexible capable d’embrayer ou de débrayer tout aussi vite dans ses lignes de production. Je souhaite ajouter que sur le fond, la décision de ce gros investissement à Toulouse est à porter au crédit de nos 700 salariés du site. Nous n’investirions pas autant si les cinq dernières années à Toulouse n’avaient pas été une réussite.

Justement, quel bilan d’activité dressez-vous depuis votre installation à Toulouse en 2015 ?
En 2015, à notre arrivée, nous avons repris 209 employés de Sanofi sur un total de 250 et loué leur plateforme de recherche et technologique de 20.000 m2. Depuis, nous avons fait l’acquisition de la totalité du bioparc de Sanofi de 60.000 m2 en septembre 2020 et sommes passés en cinq années à 700 salariés sur le site. L’accord de reprise s’accompagnait d’un versement de la part de Sanofi de 250 millions d’euros sur cinq ans, qui couvraient à la fois des contrats de recherche, des commandes, des partenariats scientifiques et une part de subvention. L’intention était de mettre sur pied les conditions d’un projet économiquement durable. À la fin du premier trimestre 2020, la subvention est arrivée à son terme, d’où un impact d’environ 20 millions d’euros dans notre marge brute de 2020. Mais nous continuons de collaborer avec Sanofi en gérant leur banque de données de molécules depuis Toulouse ou dans des travaux de recherche sur des anti-infectieux depuis notre site de Lyon.

Quelles sont les activités principales de votre site de l’Oncopole ?
À Toulouse, nous concentrons toutes les fonctions associées à la découverte de molécules thérapeutiques, donc y sont rassemblés des services de chimie, de pharmacologie, de science des protéines, de stockage des molécules et d’études sur le métabolisme des médicaments. Nous travaillons en collaboration avec l’Oncopole et le CRCT, par exemple sur le développement d’un actif oncologique, l’EVT801, que nous lançons en essai de phase 1 et qui vient de faire l’objet d’une licence octroyée à l’Australien Kazia Therapeutics. L’accès aux tissus humains, aux biopsies ou échantillons biologiques en provenance de l’IUCT accélère la transition entre la clinique et la recherche chez nous. Et dans les cinq prochaines années, notre objectif est d’augmenter encore cette base de données moléculaires issue des patients. Un domaine clé chez nous est l’étude de la relation entre inflammation chronique et immunité, ce qui entraîne de nombreuses maladies comme le diabète, les fibroses ou des atteintes neurologiques.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Craig Johnstone, COO d’Evotec et responsable du site toulousain d’Evotec, baptisé Campus Curie. Crédits : Christian Martin - Evotec SE.

Evotec : carte d’identité

> Spécialiste des prestations de recherche et développement pour les industries pharmaceutique et biotechnologique.
> Création en 1993 par plusieurs scientifiques, dont le prix Nobel de chimie Manfred Eigen.
> Siège social à Hambourg, Allemagne.
> Partenariats avec Bayer, Bristol Myers, Squibb, Novartis, Novo Nordisk, Pfizer, Sanofi, Takeda, Boehringer Ingelheim, UCB, CHDI.
> Coté en bourse, part du flottant de 67%.
> 14 sites dans le monde, dont 2 en France à Toulouse et à Lyon.
> 3700 employés.
> 500,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, en hausse de 12%.
> 106,6 millions d’euros de bénéfice avant intérêts et impôts en 2020, en baisse de 13%.

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Source : https://www.touleco.fr/Craig-Johnstone-Evotec-Notre-usine-de-bioproduction-a-Toulouse,31124