Erik Pharabod, RTE : « La crise est l’opportunité d’une prise de conscience »

Au moment où les températures commencent à se rafraîchir, Erik Pharabod, délégué Sud-Ouest de RTE, le réseau de transport d’électricité français, fait le point sur la crise énergétique. Moment difficile qui pourrait toutefois permettre d’accélérer sur la transition écologique.

On entend un peu moins le gouvernement parler de la crise énergétique ces dernières semaines. La situation actuelle est-elle moins grave qu’escomptée ?
Le scénario pour l’ensemble de l’hiver n’a en réalité pas changé. On est toujours en vigilance renforcée pour les mois de décembre et janvier. On observe toujours très attentivement ce qui se passe dans les centrales nucléaires actuellement en maintenance.
Les températures très douces des semaines passées nous ont juste laissé un peu de répit. La consommation sur le mois écoulé est de 5 % inférieure à ce qu’elle était en octobre 2019, avant la crise sanitaire. Cette baisse s’explique un peu par la sobriété, mais sans doute pas mal par l’effet “hausse des prix” qui a contraint au ralentissement de certaines activités économiques. Le début d’automne peut laisser penser à un hiver doux comme l’an passé, mais une vague de froid pourrait tout de même arriver à un moment en décembre ou en début d’année prochaine.

Comment traverser au mieux l’hiver qui vient ?
Afin d’éviter d’avoir recours à des coupures, il faut réduire nos consommations. Cette réduction prend plusieurs formes. Il y a la sobriété telle que définit par le plan de sobriété présenté par le gouvernement début octobre, qui consiste à réduire chaque jour un peu notre consommation électrique. Mais il y a aussi la sobriété qui consiste à décaler certains de nos usages, de la matinée et du soir vers la nuit. Si on est dans une situation extrêmement tendue, par le biais du dispositif Ecowatt, on émettra un signal qui prendra la couleur rouge. Il incitera à des réductions beaucoup plus volontaristes afin de ramener la consommation au niveau de la production.

Qu’est-ce exactement qu’Ecowatt et où le trouver ?
Ecowatt est un dispositif d’alerte et de conseil sur la consommation énergétique. C’est une page internet qui s’appelle “Mon ecowatt”. Mais c’est aussi une application pour smartphone. Ce dispositif fonctionne comme une vigilance météo avec différents paliers (vert, orange et rouge). C’est une prévision pour les trois jours qui viennent pour l’ensemble de la France. Peu de personnes ont encore téléchargé l’application, mais ce qui compte, c’est la notoriété du signal qui est aussi diffusé par la télévision et sur d’autres médias. En cas de situation plus difficile, il y aura de toute façon une grande campagne de communication pour le faire connaître de tous.

Est-ce qu’il y a des spécificités locales à cette crise ?
C’est un enjeu avant tout national, voire européen, mais chaque territoire à ses spécificités propres. En Occitanie, Il y a beaucoup d’énergies renouvelables. Ce qui est très bien, mais ce sont des énergies intermittentes. Le solaire, par exemple, ne peut pas être utilisé pour les pointes électriques du soir.

Cette situation énergétique pose de nombreuses questions de long terme ?
Cette crise énergétique est un défi pour nous tous, à court terme, car il faut traverser cet hiver. Mais c’est aussi l’opportunité d’une prise de conscience plus profonde par rapport à la transition énergétique. Il y a d’abord une situation conjoncturelle : la hausse des prix du gaz avec la guerre en Ukraine et, en parallèle, un certain nombre de centrales nucléaires à l’arrêt. Des éléments qui peuvent avoir des effets aussi l’hiver prochain et l’hiver suivant.
Après, il y a des questions de plus long terme. L’enjeu, c’est de respecter la trajectoire nationale de décarbonation pour atteindre, en 2050, le “zéro émission nette”. Pour cela, il faut donc se dispenser de tout recours aux énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole). Or, aujourd’hui, elles représentent deux-tiers de la consommation d’énergie finale en France. Pour s’en affranchir, il faut d’une part réduire la consommation d’énergie, c’est la sobriété. Et, d’autre part, transférer un certain nombre d’usages vers l’électricité décarbonée.
Pour la sobriété, il faut garder à l’esprit ce qu’on va faire cet hiver avec une gestion plus économe de l’énergie. Pour l’électricité décarbonée, cela va se faire par le renouvelable, mais aussi, comme le gouvernement l’a décidé, par la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

On ne peut pas se passer du nucléaire ?
Nous avons publié, chez RTE, en 2021, une étude qui explore tous les scénarios énergétiques possibles. Un travail fait en collaboration avec des industriels et des associations. Il y a des scénarios avec 100 % d’énergies renouvelables (EnR) et des scénarios avec une part de nucléaire. Le gouvernement a choisi cette dernière voie avec la proposition de créer six nouveaux réacteurs EPR. C’est cette trajectoire qui sera mise en débat à l’Assemblée nationale.

Envisager un avenir sans nucléaire, ce n’est donc pas irréaliste ?
Tous nos scénarios sont réalistes. Ils respectent à la fois le “zéro émission” et la sécurité d’approvisionnement électrique. Les scénarios avec du nouveau nucléaire sont un peu moins coûteux, car les EnR nécessitent des investissements plus lourds pour le stockage d’énergie.
Il faut avoir en tête que toute énergie à un impact. On connaît bien les interrogations que posent le nucléaire mais le renouvelable pose d’autres questions, comme l’acceptation sociale par exemple de certaine énergies (éoliennes par exemple).
Trancher la question sort de notre compétence technique, c’est un choix politique qui appartient au gouvernement.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Erik Pharabod, délégué régional Sud-Ouest chez RTE. Crédit : RTE Sud-Ouest.

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