« L’université Toulouse III Paul Sabatier n’a pas la reconnaissance qu’elle mérite »

Jean-Marc Broto est le nouveau président de l’université UT3 Paul Sabatier. Il souhaite s’inscrire dans la rupture par rapport aux équipes présidentielles précédentes et mise sur la recherche pour tirer l’université vers le haut. Interview.

Jean-Marc Broto, qu’est ce qui va changer maintenant que vous êtes président de l’université ?
Le premier pilier de mon action est de relancer la recherche, qui était de plus en plus délaissée. Les laboratoires ne sont plus suffisamment au centre de la stratégie scientifique de l’université et je veux changer cela. Il faut savoir que UT3 présente une grande diversité de disciplines scientifiques (maths fondamentales, santé, sport, bio, sciences du vivant, etc.), c’est une originalité et c’est une grande force. Nous avons aussi une forte présence à Toulouse des organismes comme le CNRS, le Cnes, l’Inserm, L’Inra… Et pourtant nous ne sommes pas au niveau où l’on devrait être. Par exemple, on ne récupère pas suffisamment de grands projets européens et on ne comprend pas pourquoi notre université n’est pas davantage reconnue. Je fais notamment référence à notre absence dans les grands appels d’offres et à la perte de l’Idex. Il faut donc remettre la recherche au cœur de la stratégie.

Quid de la formation, des étudiants dans tout ça ?
Ce sont justement dans les universités où la recherche est prolifique et visible que l’on récupère de l’argent (par des contrats, des liens avec l’industrie), et que les conditions d’accueil des étudiants sont les meilleures. Le levier, c’est la recherche. Cela va tirer tout le reste vers le haut, même les IUT.

Le deuxième pilier de votre action est de jouer sur le climat social, c’est-à-dire ?
Il y a 5000 personnes qui travaillent à l’université. Un climat social est difficile à mesurer mais on sait qu’ à UT3, il est tendu. Les personnels techniques et administratifs ne sont pas heureux. Il y a un manque de bien-être au travail que je souhaite résoudre. Un agenda social a été mis en place par l’équipe précédente, sur lequel il y a eu des erreurs, et un dialogue social inabouti. Il y a des problèmes sur l’organisation du travail, et sur le régime indemnitaire qui n’est pas au niveau. Les personnels se sont sentis méprisés et sous tension. Nous avons de vrais problèmes de gestion des ressources humaines. Ma première action a été de faire voter la nomination d’un vice-président en charge des ressources humaines, le professeur François Martin.

Quelle est votre vision des relations entre UT3 et les entreprises ?
Nous menons beaucoup d’actions, mais elles ne sont pas pilotées. Par exemple, il n’y a pas d’accord cadre avec Airbus mais des dizaines de conventions différentes. Chaque responsable de formation établit son accord avec Airbus, que ce soit dans les matériaux, l’électronique, l’informatique… Je pense que cela manque de vision, et de pilotage.

Comment maintenir les finances à flot ?
Les finances restent fragiles car nous n’avons pas beaucoup de fonds de roulement. Elles ont été améliorées sur la précédente mandature, oui, mais au prix de la suppression de 200 postes sans véritable stratégie. La bonne nouvelle, c’est que l’on va très prochainement bénéficier de la visite du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres). Des spécialistes vont venir trois jours pour tout inspecter, rencontrer l’ancienne équipe et la nouvelle, faire un état des lieux et des préconisations. En clair, nous allons être audités et c’est une chance pour moi qui vient d’arriver à la présidence.
Par ailleurs, nous aurons également la visite de la Cour des comptes, qui me dira précisément comment les finances ont été rétablies et ce que l’on peut faire à partir de maintenant.

Avez-vous déjà des idées ?
Ce que je sais, c’est qu’il faut piloter la masse salariale (70 % du budget). Nous augmenterons les primes, ce qui va engendrer des dépenses, mais nous n’avons pas le choix, sinon les personnels vont partir. À coté de cela, si on s’organise mieux, on augmentera nos ressources propres en vendant des formations aux entreprises. Nous bénéficions de plateformes technologiques exceptionnelles et il y a des formations de haut niveau que l’on pourrait facturer à des entreprises.
Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Jean-Marc Broto, nouveau président de l’université Toulouse III Paul Sabatier. Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Vice-présidente du Conseil d’administration :
Maha Ayyoub

Vice-présidente de la Commission formation et vie universitaire :
Fabienne Alary

Vice-président de la Commission recherche :
Jean-Pierre Jessel

Vice-président délégué en charge des Ressources humaines :
François Martin

Vice-président délégué en charge du Numérique :
Pascal Sainrat

Vice-présidente déléguée en charge de la Responsabilité sociétale
de l’université :
Florence Sèdes

Vice-président délégué en charge du Pilotage opérationnel Finances :
Eric Lombardi

Vice-présidente déléguée en charge du Pilotage opérationnel
Démarche qualité :
Verena Poinsot

Vice-président délégué en charge du Patrimoine :
Michel Combacau

Vice-président délégué en charge de la Valorisation et des partenariats
régionaux économiques et sociétaux :
Thierry Parra

Vice-président délégué en charge de l’Innovation pour l’industrie :
Jean Michel Loubès

Vice-président délégué en charge des Relations internationales et mobilités :
Fabrice Gamboa

Vice-président délégué en charge des Projets européens et internationaux :
Georges Zissis

5 Messages

  • Germain le 12 février 08:20

    Monsieur,
    Interrogé vos anciens étudiants !
    Passionnés par leurs études, désireux d apporter une notoriété à leur université, aucun accompagnement pour une thèse.
    Et je m arrêterai pour ne pas devenir désagréable.

    Si vous voulez de l excellence, certes il y a le financement mais les habitudes, les mentalités plombent l’ascension

    Cordialement

  • Escadeillas Gilles le 12 février 15:12

    Bonjour,

    Totalement d’accord sur le titre mais en total désaccord avec le contenu !

    En particulier, très étonné de voir des jugements portés sur l’absence de pilotage dans les relations entre UT3 et les entreprises... Avant de se prononcer dans la presse, le Président Jean-Marc Broto devrait peut être rencontrer ceux qui étaient en poste précédemment afin de mieux appréhender le contexte ! Il pourrait aussi relire le rapport HCERES avant la prochaine visite des experts...

    Après les mots, nous attendons des actions concrètes.

    Bien cordialement.

  • Martin Venzal le 13 février 08:24

    Bonjour
    Nous avons modéré un commentaire. Nous vous rappelons que vos commentaires sont soumis à notre charte et qu’il n’est pas permis de tenir de propos violents, de mauvais goût, discriminatoires ou diffamatoires. Tous les commentaires contraires à cette charte seront retirés et leurs auteurs risquent de voir leur compte clos. Merci d’avance pour votre compréhension.
    Martin Venzal
    Directeur de publication

  • F le 15 février 20:07

    Beaucoup de blabla dans le message de Broto et des intentions qui ne sont pas les bonnes.

    Rappelons que les universités ont été asphyxiées depuis des années au nom de l’« autonomie » — autonomie qui n’a que le nom et aucun des moyens : en réalité, il s’agit purement et simplement de la réduction drastique des dépenses publiques et le délaissement par l’état de l’université et des pans entiers de la recherche publique (qui ne manquera pas un jour de nous retomber sur le coin de la figure — les crises, sanitaires ou sociales, quoi qu’on en dise, peuvent se prévenir) et qui n’ont absolument aucune chance d’être financées par le privé. Le manque de vision solidaire finit toujours par se retourner. Car que veut-il au fond ? Réciter le mantra de la LRPP et de l’élite des hauts fonctionnaires et de la finance ? L’abolition de la fonction publique, de l’état ? J’imagine que les hauts fonctionnaires continueront de jouer le noyau dur du gouvernement dans l’imaginaire macronien et les autres seront priés d’être des courroies de transmission. La plupart des enseignants chercheurs de l’université comprennent que pour faire leur travail, ils deviennent « hors la loi ». Qui pour accompagner des étudiants qui pour financer de leur poche des expériences qui pour aider un collègue qui n’a aucune chance de trouver un financement... Sans cette solidarité de base, de plus en plus clandestine car poussée vers l’illégalité par le système actuel, l’université ne survivrait pas.

    La vérité, c’est qu’on se fiche « de la reconnaissance que l’université Paul Sabatier mérite ». Ce sont des mots creux. Que disent les enseignants et les chercheurs ? Laissez nous faire notre métier dans des conditions décentes. Que disent les étudiants ? Laissez nous étudier dans des conditions décentes. Oui la décence, pas le mérité ni la reconnaissance. Arrêtez de nous bassiner avec des slogans orwelliens, telle que l’excellence et la place internationale. Quoi qu’on en dise, l’université française reste une référence dans le monde et des étudiants viennent du monde entier pour étudier en France en général et à Paul Sabatier en particulier. Pourquoi ? Parce qu’il y a encore une place partagée et solidaire, justement, pour l’étude et la recherche.

    Mais je doute que Broto et ses cohortes entendent le message. Tant pis.

  • Joseph Saint Pierre le 19 février 18:03

    Bonjour.
    J’ai lu l’article et j’ai noté qu’il n’est nullement mention des liens de l’université scientifique et médicale de Toulouse avec les autres établissements d’enseignement supérieur de Toulouse. J’ai passé 20 dans un service commun des universités de Toulouse qui datait de l’éclatement de l’université de Toulouse en plusieurs établissements spécialisés. J’ai passé deux années de recherche, en Angleterre, après un doctorat de mathématiques, sur l’utilisation des mathématiques en sciences sociales. J’ai été un an enseignant de mathématiques dans l’université Toulouse 2. Depuis 2011 le Centre Interuniversitaire de Calcul de Toulouse a été détruit et les relations entre sciences et humanités me semblent mauvaises dans l’ensemble universitaire Toulousain. Heureusement je suis désormais à la retraite et bien content de ne plus faire partie du monde universitaire toulousain cloisonné avec des établissements qui ne coopèrent pas. ..

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Source : https://www.touleco.fr/L-universite-Toulouse-III-Paul-Sabatier-n-a-pas-la,28083