La flambée des prix fait trembler l’aéronautique

Entre la hausse des prix de l’énergie et des métaux, de l’acier à l’aluminium, les industriels de l’aéronautique sont particulièrement affectés et tentent de trouver des parades.

Les nuages s’accumulent encore dans le ciel de l’aéronautique. Après deux longues années de pandémie, le secteur, tiré par la locomotive Airbus, retrouvait des couleurs. Mais l’éclatement de la guerre en Ukraine à la fin du mois de février a considérablement assombri les perspectives économiques. Les tarifs du gaz et de l’électricité se sont ainsi envolés, obligeant les industriels de la supply chain à intégrer ces nouvelles contraintes dans leurs trésoreries déjà fragilisées. En 2021, ces prix s’établissaient respectivement à 46 euros/mégawatt-heure (MWh) et à 109 euros/MWh. Le 7 mars 2022, les mêmes marchés atteignaient respectivement 224,6 euros/MWh et 540 euros/MWh.

Au bord de la crise de nerf Matthieu Hède ? Le président de MH Industries, une entreprise familiale installée à Vayrac dans le Lot, spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques pour l’aéronautique, notamment, en a vu d’autres. « Si on doit s’arrêter à chaque crise... Il faut rester optimiste car nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos salariés », assure le dirigeant, qui emploie plus de 300 personnes réparties sur six sites (cinq en France et un en Espagne).

Pourtant, en février dernier, avec l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières, Matthieu Hède devait se pincer pour y croire. « Les coûts explosent. Je n’ai jamais vu cela, et pourtant, je travaille depuis vingt ans », nous disait, accablé, le dirigeant.

Répercuter les prix sur les clients

Cinq mois plus tard, la situation ne s’est pas améliorée. Loin de là. Le prix des matières premières, telles que les alliages d’aluminium et l’inox, ont augmenté de 30 à 35 %. Tout comme celui de l’électricité qui croît de 40 %, d’après le patron. « C’est ce qui nous pénalise le plus. Nous avons reçu une facture de 500.000 euros d’électricité en 2021. Mais, en juin 2022, nous avons déjà payé 270.000 euros de plus. Les prix sont durablement élevés, on est à des niveaux historiquement hauts. On parle même de pénurie mais on vit avec. »

Alors que faire ? Matthieu Hède écarte les idées de supprimer des emplois ou de modifier le process industriel. « Je répercute les prix sur les clients. Je n’ai pas d’autre choix, sinon je vais mourir. » Pour baisser sa consommation énergétique, il prévoit d’installer « en catastrophe » 350 m² de panneaux solaires sur le toit de son usine d’outillage à Bilbao, en Espagne. Coût de l’opération : 65.000 euros qu’il va rembourser avec un prêt bancaire.

Rénover ou construire ?

Gilles de Raffin, le patron de R-Meca Précision Sud-Ouest, spécialisé dans l’usinage de pièces, est circonspect. « Les prix vont monter mais jusqu’où ? Cela refroidit les ardeurs », estime le dirigeant, qui préfère ne pas embaucher de nouveaux profils pour répondre aux clients. « J’ai même intérêt à laisser partir les salariés. Car, je ne veux pas m’encombrer de contrats. Je suis dans une phase dans laquelle je fais maigrir l’entreprise pour sauver les meubles. Je gagne mieux ma vie à vendre des machines qu’à les faire fonctionner », lâche-t-il. Pourtant, le patron ne reste pas les bras croisés face à la flambée des prix. Il a décidé de ne plus faire travailler ses équipes la nuit pour faire des économies. Installé sur la zone Babinet, à Toulouse, le président de cette PME qu’il a fondée en 2005 réfléchit sérieusement à déménager son entreprise ou à transférer une partie de l’activité en Ariège, à Tarascon-sur-Ariège, là où est installée CMA Industry, une autre entreprise qu’il a rachetée en 2018.

« Je suis dans un vieux bâtiment et je rencontre un véritable problème au niveau des normes de fonctionnement et du chauffage. Est-ce que je ne dois pas construire du neuf ? », s’interroge Gilles de Raffin qui pense, déjà, aux avantages qu’il peut tirer de cette solution. « J’aurai moins de difficulté à recruter à la campagne et le prix du m² sera moins cher. » Le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) se dit préoccupé par cette situation. « Les professionnels ont bien conscience qu’il y a un phénomène de hausse des coûts », réagit Serge Dumas, membre du Comité Aéro PME, qui indique qu’une table ronde a réuni treize acteurs de la filière le 16 juin dernier pour « évoquer le risque de pénurie de matières premières ». « On ne veut pas faire de catastrophisme non plus », relativise-t-il.
Audrey Sommazi

Deux dispositifs de l’État :

  • Le gouvernement propose un « prêt pour l’industrie », doté d’une enveloppe de 700 millions d’euros visant à conforter la structure financière des entreprises industrielles. Le montant de ce prêt, opéré par Bpifrance, est compris entre 50.000 et 5 millions d’euros par entreprise. La durée du prêt peut aller jusqu’à dix ans.
  • Le dispositif d’avances remboursables mis en place pendant la crise sanitaire peut désormais être cumulé avec un prêt garanti par l’État (PGE) ou un prêt bonifié.

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Source : https://www.touleco.fr/La-flambee-des-prix-fait-trembler-l-aeronautique,35864