A Lalbenque, le marché aux truffes avance masqué

Durant tout l’hiver, le mardi après-midi à 14h30, c’est marché aux truffes à Lalbenque, village du lot réputé pour cette activité économique. Mais le Covid a transformé son fonctionnement. Reportage.

14h25, la rue du marché aux truffes de Lalbenque est pleine comme un œuf (ou presque). Beaucoup de retraités, et aussi des familles - nous sommes en pleines vacances d’hiver. Mais l’atmosphère n’est pas tout à fait celle de grands jours. La crise sanitaire est passée par là. La fête se fait masqué évidemment. Des barrières séparent la vingtaine de vendeurs des acheteurs, plus nombreux. Pas le droit de sentir ou de toucher la marchandise. Avec le Covid, l’événement a perdu en plaisir olfactif.

Le cérémonial, qui a lieu tous les mardis après-midi du mois de début décembre à fin février, n’a pas non plus le même goût. Le sexagénaire Alain Ambialet, président du syndicat des trufficulteurs de Lalbenque, est le garant du respect de ces nouvelles règles du jeu (sanitaires) : « Pour que la préfecture autorise la tenue du marché, nous devons vraiment veiller au respect des gestes barrières. » Le fonctionnement du marché a ainsi été transformé par cette drôle de crise. « Les professionnels ne sont pas là. Il n’y a plus de très gros lots. Ceux-ci sont divisés en plusieurs petits lots. Mais les particuliers sont prêts à les payer cher. Les gens sont privés de restaurants, ils n’ont pas peur de mettre le prix. Ils se sont fixés une somme maximale à dépenser. Ils ne négocient presque pas. Normalement, les discussions ne doivent pas avoir lieu avant 14h30. Mais on laisse faire. En vérité, presque tous les vendeurs ont déjà trouvé un acheteur et convenu d’un prix », détaille Alain Ambialet.

Quand le drapeau rouge est levé cinq minutes plus tard, ce qui marque le lancement officiel du marché, les paniers de truffes vont en effet très vite de mains en mains. Signe que les échanges officieux ont démarré il y a bien longtemps. Certains se rendent au pesage pour être sûr qu’au niveau du poids, on ne les a pas un peu pris pour des... truffes. 505 g., 104 g. Les chiffres défilent sur la balance.

Plusieurs générations de trufficulteurs

14h40. À l’entrée du village, Cynthia et son frère Dominique rangent déjà leur stand de vente au détail. Les deux jeunes gens, sérieux mais affables, ont vendu leur stock en cinq minutes : « Vous auriez dû venir en décembre pour le marché de Noël. On est vraiment en fin de saison, il y a peu de truffes en ce moment et tout se vend très vite. C’est avant tout un marché de gros. Pour nous qui faisons du détail, ce n’est pas là où nous gagnons le plus d’argent », explique la jeune trufficultrice.

Côté finance, 2020 n’a pas été si rude que cela pour la fratrie : « Au début de l’année, nous étions très inquiets, on voyait tout en noir. La truffe, ce n’est jamais facile. C’est un produit hasardeux. On s’est dit qu’avec la crise, l’arrêt des restaurants, cela allait être très compliqué pour nous. Finalement, les particuliers ont bien remplacé les professionnels. Les gens ont toujours envie de se faire plaisir. Cela a été une année correcte pour nous financièrement. Ce n’est pas une catastrophe. Nous ne sommes pas les plus à plaindre », estime Dominique avec gravité.

14h45. La rue principale du village se vide. Certains, avant de partir, feront peut-être un dernier clin d’œil à Marthe. Décédée à la fin de l’année 2020, la trufficultrice Marthe Delon est honorée par un portait en format A4 sur un panneau d’affichage de la mairie. La nonagénaire et son inénarrable cochon Kiki étaient connus bien au-delà de Lalbenque. Bon nombre de médias français et européens étaient venus à sa rencontre ces dernières années. Amusés par le mélange de truculence, de passion et d’autorité que semblait exhaler la vielle dame. Sur la photo, elle porte un béret noir à pois blanc. Et pas de masque sur la... (truffe). La chanceuse !
Matthias Hardoy

Sur les photos : Au marche aux truffes de Lalbenque, les échanges se font masqués et à distance à cause de la crise sanitaire.

Marthe Delon, trufficultrice décédée en décembre était une habituée des lieux.

Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Lalbenque-Le-marche-aux-truffes-avance-masque,30573