Magali Vaissière : « L’IRT Saint-Exupéry doit avoir une dimension plus européenne »

La nouvelle présidente de l’IRT Saint-Exupéry, Magali Vaissière, a été élue à la tête du Conseil d’administration de l’institut de recherche technologique le 24 mars dernier. L’ancienne directrice des télécommunications et applications intégrées de l’Agence spatiale européenne (Esa) prend ses fonctions dans un contexte mouvementé. Entretien.

Magali Vaissière, pourquoi avoir accepté la présidence de l’IRT Saint-Exupéry, dans le contexte de crise que l’on traverse ?
J’ai estimé que le rôle était très intéressant. Il couvre des secteurs d’excellence pour la France et l’Europe. Concernant la filière aéronautique, la crise est principalement liée à la pandémie. Dans le spatial, la situation est différente : nous sommes à un tournant, avec l’émergence d’acteurs américains qui révolutionnent l’utilisation de l’espace. J’espère que mon expérience sera utile à l’IRT, qui est pour moi l’occasion d’un élargissement de mon champ de compétences.

Quelle présidente serez-vous ?
Je serai une présidente qui soutient les équipes opérationnelles et qui prépare les perspectives de long terme. Mon rôle - bénévole, je tiens à le rappeler - sera stratégique, dans le respect de l’organisation en place. J’endosse également celui d’animatrice du Conseil d’administration pour construire de nouveaux projets avec les membres.

Dans quel état trouvez-vous l’IRT ?
L’IRT évolue dans un contexte de double crise, économique et sanitaire. Le comité social et économique de l’institut a pointé un certain nombre de dysfonctionnements dans l’organisation. Je prends cette situation interne très au sérieux et m’engage à accompagner et soutenir les actions qui viseront à l’améliorer. J’ai vécu d’autres crises dans ma carrière. Le contexte de la pandémie a des impacts dans toutes les organisations. Avec le déconfinement, des actions correctives efficaces seront plus simples à mener.

Le statut même de l’IRT doit-il être remis en cause ?
En créant un pont entre les mondes académique et industriel, l’IRT a un statut original et remplit un besoin fondamental : celui d’accélérer le transfert d’innovations technologiques vers l’industrie. La situation française dans ce domaine est préoccupante, d’autres pays parviennent à l’assurer bien mieux que nous. J’estime qu’il faut poursuivre le travail sur la valeur ajoutée que l’IRT peut apporter, y compris dans ce contexte de crise économique, où les marges des industriels se réduisent. Nous devons être d’autant plus exigeant, développer l’excellence, être efficace et rigoureux dans la gestion des plannings et des coûts. Je suis familière des partenariats public/privé et j’entends les développer.

Quelles sont vos ambitions ?
Il faut viser à la fois l’excellence et l’accroissement du volume d’activités. J’ai l’ambition de développer l’intervention de l’IRT dans le secteur du spatial, dont le potentiel, à Toulouse, est très conséquent. C’est un premier axe. Le second est plus transverse : il vise à rendre les activités de l’IRT plus européennes, en développant des coopérations multinationales. Face aux enjeux des filières aéronautique et spatiale, la dimension européenne s’impose. Il faut fixer des objectifs ambitieux et rechercher les partenaires adéquats. Je mettrai bien sûr mon carnet d’adresse à disposition des projets pour les faciliter.

Quelles sont vos pistes pour améliorer les synergies entre recherche et industrie ?
Je voudrais améliorer la manière dont l’IRT travaille avec le monde académique, augmenter les co-constructions des futurs projets pour qu’industriels et acteurs de la recherche se sentent tout autant partie prenante dans la réussite de l’institut. Nous devons parvenir à marier des objectifs qui sont de nature différente. Il faudra faire des concessions pour que chacun comprenne l’intérêt de mener des projets communs. On y parvient en travaillant ensemble dès l’origine des projets, en développant les idées ensemble. Je crois beaucoup à la co-construction. Les moyens suivent les bonnes idées et les bons projets. Nous vivons une époque de transformation, il faut aller au-delà de la continuité.
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : Magali Vaissière, élue présidente de l’IRT Saint-Exupéry à l’unanimité le 24 mars 2021. Crédit : Valentine Chapuis-ToulÉco.

Bio express

Ingénieure diplômée de Télécom ParisTech en 1980, Magali Vaissière est également titulaire d’une maîtrise en sciences en génie électrique de l’Université de Stanford et d’une maîtrise en administration des affaires. Elle a démarré sa carrière professionnelle dans l’industrie, au sein de Thomson-CSF, puis chez Matra Espace/MMS/EADS-Astrium Satellites. En 2005, elle a intégré l’Agence spatiale européenne, prenant la direction du département des télécommunications à Noordwijk, Pays-Bas. En 2008, elle devient directrice des télécommunications et applications intégrées, puis prend en 2013 la responsabilité complémentaire de directrice du Centre européen des applications spatiales et des télécommunications à Harwell, Royaume-Uni. Elle a reçu en 2007 le Prix Irène-Joliot-Curie dans la catégorie parcours femme entreprise. Entre 2009 et 2013, elle est membre du Haut Conseil de la science et de la technologie. Elle est également membre de l’académie des technologies depuis 2014.

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Source : https://www.touleco.fr/Magali-Vaissiere-presidente-de-l-IRT-Saint-Exupery-Lui-donner,31159