Média. Une ambitieuse télé culturelle veut se lancer en Occitanie

Au moment où ViàOccitanie est déclarée en cessation de paiement, une télévision locale et culturelle va-t-elle sortir de l’ombre ? Porté par plusieurs producteurs, dont Sonia Paramo et Pascal Bonnet, ce projet veut faire une large place aux documentaires, à la création et aux captations.

Le projet est né il y a une dizaine d’années au sein de l’Association des producteurs indépendants audiovisuels de Midi-Pyrénées (Apiamp). Les importantes difficultés auxquelles est confronté la chaîne de télévision locale ViàOccitanie, en cessation de paiement ont poussé des producteurs, auteurs et artistes d’Occitanie à remettre l’ouvrage sur le métier. « Dans ses statuts, ViàOccitanie s’engageait à favoriser la création et à soutenir un certain nombre de productions locales. C’était un bol d’air. Si elle disparaît, elle va laisser un vide. Et, même si elle est reprise par La Dépêche du Midi, rien n’assure qu’elle s’intéresse toujours au patrimoine et à la filière audiovisuelle d’Occitanie », estime Sonia Paramo, qui dirige à Toulouse Les Films Figures Libres. Avec Pascal Bonnet, créateur de la société de production Les films du Sud, elle se fait donc la porte-parole du lancement d’une nouvelle télévision culturelle, numérique et gratuite.

Celle-ci pourrait prendre la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) rassemblant des producteurs et acteurs culturels d’Occitanie. Documentaires tous azimuts (collections prévues sur l’aéronautique, les Pyrénées, la Méditerranée, le patrimoine historique, etc.), émission culturelle itinérante, captations de spectacles, formats autour de la musique actuelle, du jazz, de la danse. La grille des programmes, en cours d’élaboration, s’annonce très riche et ambitieuse. Pour définir la ligne éditoriale de cette nouvelle télévision, Sonia Paramo s’appuie sur les mots d’un grand écrivain vivant dans la région et mort récemment : « Jean-Claude Carrière disait : “Ce qui me plaît, c’est un fort ancrage régional et cet ancrage, je l’ouvre à l’universel” ». Plus de deux cents acteurs culturels soutiennent la démarche, parmi lesquels Kader Berlarbi, directeur de la danse au Théâtre Capitole, le chorégraphe Thierry Malandain ou Cécile Nougaro, la fille du chanteur et poète toulousain.

Coproductions et emploi local

Le média se veut « complémentaire et non concurrent » des médias audiovisuels présents en Occitanie (France 3 Occitanie, la chaine occitane ÒC tele) et pourrait multiplier les coproductions, notamment pour les premiers ou deuxièmes films : « Une seule chaîne n’a pas vocation à produire tous les projets culturels locaux. Il y a de plein de films formidables qu’une télévision ne peut pas faire faute de coproducteurs. Or, quand on est plusieurs, au lieu de devoir mettre cent sur un film, on n’a qu’à mettre cinquante ou vingt-cinq », explique Pascal Bonnet. Pour démarrer, le projet à besoin « d’une base de 600.000 euros et, à plus long terme, de 2,5 millions d’euros », selon les deux porte-parole. Si les structures culturelles locales partie prenantes et des mécènes vont apporter leur pierre à l’édifice, impossible de se passer de l’aide financière de la Région Occitanie, compétente en matière culturelle. Des contacts ont déjà pris avec la présidente Carole Delga. Le collectif espère que, durant la campagne électorale régionale à venir, leur chaîne en gestation va faire parler. Alors que la crise sanitaire a particulièrement éprouvé le monde artistique, trouver un moyen de le redynamiser est un enjeu loin d’être anodin.

Une nouvelle télévision qui pourrait redonner un peu d’espoir à la cinquantaine de maisons de production, la centaine d’auteurs et réalisateurs ainsi qu’aux milliers d’intermittents qui travaillent en Occitanie. « Nous pouvons facilement avoir 200 à 300 jours de travail sur un documentaire, quel que soit son poste. Or, chaque jour travaillé est important pour les intermittents pour déclencher leurs droits », rappelle Pascal Bonnet. Sonia Paramo indique de son côté que, « pour une captation de spectacle, c’est une trentaine de personnes qui travaille à chaque fois ».


Une aventure télévisuelle à laquelle pourrait se raccrocher également les jeunes sortant d’écoles de cinéma comme l’Esav [1] de Toulouse. Avec beaucoup de dynamisme, Sonia Paramo et Pascal Bonnet défendent cette télévision numérique, qui « veut ouvrir le champ de la création et irriguer les territoires en Occitanie » et promet de ne rien s’interdire niveaux formats (séries TV [2], 3D, réalités virtuelles, etc.). Après une année de vaches maigres dans le milieu culturel, c’est peut-être bien l’heure de lâcher carrément les chevaux !
Matthias Hardoy

Sur les photos : Des images de documentaires et de captations de spectacles produits par Les Films Figures Libres (En une et troisième photo dans l’article) et par Les Films du Sud (Les deux en bas). Sociétés dirigés respectivement par Sonia Paramo et Pascal Bonnet (sur la deuxième photo). Leurs programmes vont nourrir le projet de chaîne culturelle soutenu par une centaine d’acteurs locaux. Crédit : les Films Figures Libres et Les Films du Sud.

P.S. :

À côté des partenaires locaux et culturels, les téléspectateurs pourraient aussi devenir « des actionnaires » de la chaine de télévision par le biais d’un appel à financement participatif ont annoncé Sonia Paramo et Pascal Bonnet, porte-parole du projet. La publicité sur le média sera limitée à du parrainage de diffusion.

Notes

[1École Nationale Supérieure d’Audiovisuel.

[2Comme celles de la maison de production aveyronnaise AnderAnderA

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Source : https://www.touleco.fr/Media-Une-ambitieuse-tele-culturelle-se-lance,30597