Pascal Fontaine, Pharmacie Lafayette : « On ne pourra pas absorber les hausses de prix indéfiniment »

Le réseau toulousain Pharmacie Lafayette s’inquiète de la hausse des prix des médicaments non remboursés et des produits parapharmaceutiques. Son directeur commercial, Pascal Fontaine, s’oppose fermement à une proposition de loi qui favoriserait trop, selon lui, les gros producteurs du secteur. Il nous détaille le pourquoi de son opposition.

Pharmacie Lafayette a interpellé le gouvernement sur la hausse des prix des médicaments non remboursés. En quoi celle-ci est particulièrement inquiétante ?
Plus que la hausse des prix des médicaments non remboursés, ce qui nous inquiète, c’est le projet de loi Descrozaille [1]. Ce ne sont pas des petits producteurs que nous avons face à nous, mais des grosses multinationales. Nous sommes en train de négocier avec eux actuellement. Mais quel est le sens de poursuivre des négociations s’ils peuvent nous imposer les prix au final ?

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Quels ont été les augmentations pour vous cette année ?
Les produits de parapharmacie et les compléments alimentaires ont subi des hausses tarifaires de plus de 8 %. Sur la pédiatrique, on enregistre des hausses colossales. Pour les couches, par exemple, elles sont de de l’ordre de 50-55 %. Pour l’hygiène corporelle, on va même jusqu’à +90 %. Nous n’avons pas encore répercuté les hausses. Nous avons joué sur les marges de nos pharmacies car, pour nous, l’accès à la santé de tous est une priorité. Mais on ne pourra absorber toutes les hausses indéfiniment.

Encore une fois, on parlerait des petits producteurs locaux, nous comprendrions tout à fait. Mais on est en face de géants comme Unilever ou Procter & Gamble. Et puis nous sommes dans une totale opacité. Si nous étions face à des fournisseurs qui nous expliquent précisément pourquoi leurs prix augmentent et qui nous promettent qu’ils diminueront quand tel indicateur s’améliorera, il n’y aurait aucun problème. Mais ce n’est pas du tout le cas ! On sent plutôt l’effet d’aubaine. Quand, par exemple, les huiles essentielles prennent 12 % et que, pour la marque que l’on fait en interne, l’inflation est minime, à moins de 1%, cela pose des questions tout de même !

Les pharmacies peuvent-elles se regrouper davantage pour se faire entendre ?
Nous sommes dans un secteur moins organisé, moins puissant que les enseignes de la grande distribution opposées aussi à la loi Descrozaille. Lafayette est de plus la seule enseigne de cette importance en pharmacie. Nous somme donc contraints d’assumer ce rôle de porte-voix.

Que devrait faire l’État ?
Renoncer à l’article 3 de sa loi. Et exiger une transparence dans les négociations avec plus d’explications de la part des producteurs. Un peu à la manière de ce qui passe avec les prix de l’essence par exemple.

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Vous ne semblez pas particulièrement optimiste pour l’année 2023...
En 2022, nous étions déjà dans une inflation de 6 à 7%. Quand on voit que, dans l’alimentaire, les hausses de prix n’ont pas été complètement répercutées encore, on se dit que les premiers mois de l’année risquent d’être très difficiles. Malheureusement, on va être sûrement obligé, de notre côté, de répercuter les hausses de prix au courant du premier trimestre. Nous avons aussi des hausses des coûts d’exploitation. Nous n’allons pas pouvoir contenir à jamais les augmentations. Pour continuer à aller de l’avant, nous allons poursuivre le développement de nos marques en propre. Nous sommes déjà à plus de 700 productions. Et puis on n’hésitera pas à arrêter de travailler avec certains laboratoires et fournisseurs si les prix augmentent trop. Enfin, il faudra continuer de faire face, pour les médicaments remboursés (dont les prix sont réglementés), à une autre problématique : les ruptures de stocks.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Pascal Fontaine, directeur commercial du réseau Pharmacie Lafayette.
Crédit : Hygie31.

Notes

[1La proposition de loi déposée par le député Renaissance Frédéric Descrozaille a pour but de réduire le pouvoir de la grande distribution dans les échanges avec les fournisseurs, mais ne prendrait pas assez en compte, selon certains de ses détracteurs, le fait que le rapport de force peut être aussi déséquilibré dans l’autre sens, avec parfois des producteurs aussi voire plus puissants que les distributeurs.

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Source : https://www.touleco.fr/Pascal-Fontaine-Pharmacie-Lafayette-On-ne-pourra-pas-absorber,36554