Touchées par la crise de l’aéro, les sociétés d’ingénierie taillent dans les effectifs

La tempête que subit le secteur aéronautique s’abat désormais sur les sociétés d’ingénierie qui multiplient les plans sociaux en région. Les groupes AAA Aéro et Sogeclair ont déjà annoncé la mise en place de plans de restructuration.

Malgré le plan d’aide à la filière aéronautique décidé par le gouvernement, la vague de plans sociaux continue de déferler sur la sous-traitance. Et, les entreprises d’ingénierie installées sur le territoire toulousain ne sont pas épargnées. Car, pour pallier à une chute de son activité, Airbus, leur principal donneur d’ordres, a réduit ses dépenses de recherche et développement (R&D) et d’ingénierie. Ce qui fait tanguer ces deux secteurs menacés par la suppression de 8000 à 10.000 postes d’ingénieur, selon le syndicat professionnel Syntec-Numérique.

AAA Aero vient d’annoncer vouloir tailler dans ses effectifs. Ce prestataire de services, qui déploie ses techniciens de production et ses ingénieurs pour des interventions directes chez ses clients (Airbus, Stelia ou Dassault Aviation) prévoit la suppression de 719 postes sur 1580, soit 45 % de ses équipes. Dans le cadre de ce plan de sauvegarde de l’emploi ( PSE), Toulouse payerait un lourd tribut avec 299 emplois supprimés, suivie de Méaulte ( 139), de Nantes (137) et de Tarbes. « La direction veut aller vite, très vite pour imposer ce plan dans un délais de deux mois et demi, au lieu de quatre », déplore Julien Da’rolt, délégué syndical CFDT. « Réviser ce calendrier est l’une de nos priorités. Nous allons discuter de la mise en place d’un accord de méthode afin de définir les critères et les aides, et mettre sur la table des propositions comme le dispositif de chômage longue durée et des formations ».

Fin juin, la société Sogeclair Aerospace, filiale du groupe Sogeclair détenu par Philippe Robardey, le président de la CCI de Toulouse, était l’une des premières PME à travailler à la mise en place d’un plan social. Ce sous-traitant, qui a perdu plus de 50 % de son activité depuis le début de la pandémie, a présenté un projet de PSE qui concernerait jusqu’à 245 personnes en France. Le site toulousain, fort de 400 ingénieurs, devrait être alors sévèrement touché, avec à la clé des licenciements secs et des départs volontaires en retraite non renouvelés.
Si le secteur du transport aérien ne redécolle pas, des « mesures d’adaptation des effectifs à la nouvelle réalité du marché » seraient appliquées pour ses filiales allemande, britannique et espagnole, avertit la direction.

Inquiétude chez Expleo et Altran

Expleo, dont le capital est détenu par Assystem et le fonds d’investissement Ardian, tremble également. La CFTC, majoritaire, rejointe par la CFE-CGC et la CGT se sont opposées à la mise en place d’un accord de performance collective (APC) désormais abandonné. La direction de ce groupe, qui emploie 1500 personnes à Toulouse, met en avant d’autres possibilités pour passer cette période d’ampleur inédite, telles que le recours à l’activité partielle de longue durée, l’accélération de la diversification de l’activité et même un PSE. Ce plan pourrait concerner 1000 personnes, selon une source syndicale.

Chez Altran, qui vient d’être racheté par Capgemini, l’inquiétude monte chez les salariés. « On ne sait pas quand il y aura un nettoyage », indique Charles Boury, délégué syndical CGT. « On ne connait pas la stratégie d’Altran, alors que tous les projets sont à l’arrêt. »
Audrey Sommazi

Sur la photo : jeudi 9 juillet, les salariés de la sous traitance ont défilé dans les rues de Blagnac qui concentre les entreprises de la filière, à l’appel de la CGT. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Touchees-par-la-crise-de-l-aero-les-societes-d-ingenierie,29236