ToulÉco

Publié le mercredi 6 novembre 2019 à 20h42min par Sophie Arutunian

« Le clic d’acceptation du RGPD est un acte de servitude volontaire à l’égard du numérique »

Le politologue, essayiste et conseiller politique Stéphane Rozès s’est penché sur la question du rapport des Français au big data. Invité par Occitanie Data à Toulouse, il explique les relations ambivalentes que nous entretenons avec le numérique.

Stéphane Rozès, selon un sondage commandé par Occitanie Data, les Français sont majoritairement inquiets lorsque l’on parle de collecte , stockage et utilisation de leurs données. Quelle est votre analyse de cette inquiétude ?
Le numérique et la gestion des données sont devenus une nécessité utile et difficilement contournable, à la fois omniprésente et insaisissable. On les utilise comme facilitateur de vie, économiseur de temps et générateur d’innovations. Mais simultanément, on en est l’objet. Ce qui génère des peurs : crainte de malveillance, du piratage, de harcèlement, de surveillance… Le consentement de chacun au partage de ses données dépend de sa maîtrise des ressorts et contrats implicites ou explicites avec le monde numérique.

Quand on accepte en un clic les conditions RGPD sur un site internet, est-ce que l’on signe un de ces « contrats » que vous évoquez ?
Le clic d’acceptation du RGPD est au fond un acte qui exprime la servitude volontaire du citoyen français à l’égard du numérique. Car il est sous tension : il profite du numérique et de ses avancées sociétales (je gagne du temps, c’est un facilitateur au quotidien), il est pour l’innovation, mais en même temps il se demande si l’innovation va se traduire un progrès, et quels seront les effets sociaux (mon travail va-t-il disparaître ?). Ce clic est un consentement sous contrainte. Finalement, on se rend compte que les Français ont du mal à investir émotionnellement le numérique. Ils le tiennent à distance, ne se l’approprient pas, car les avantages collectifs ne sont pas spontanément perçus. 

Fait-on plus confiance à l’État ou aux Gafam pour gérer nos données personnelles ?
Au‐delà de la répartition des rôles entre acteurs publics et privés, ce qui semble décisif pour les Français c’est la nature de l’échange entre les utilisateurs des données et chaque individu. Les scientifiques ou les professionnels de santé par exemple, perçus comme désintéressés, et pour lequel l’intérêt du numérique est évident, recueillent un niveau de confiance élevé. Les usages de la donnée sont tangibles, on visualise les améliorations collectives dont découleront ensuite les avantages individuels.
L’État recueille plus de 40% de confiance mais les collectivités locales arrivent quand-même devant. En fait, il est attendu sur sa dimension régalienne de gendarme (avec la Cnil et la RGPD) mais les citoyens se demandent « qu’est-ce que l’État va faire de mes données d’état civil ? ». Les Gafam, s’ils sont souvent synonymes d’opacité, suscitent néanmoins la confiance des jeunes et des classes moyennes supérieures, qui se disent que l’innovation qu’ils portent contribuera tôt ou tard au bien commun.
Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Stéphane Rozès, politologue, essayiste et conseiller politique. Crédits : François Moura - cc-by-2.0}.

P.S. :

L’intégralité du sondage évoqué par Stéphane Rozès est disponible sur le site d’Occitanie Data