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Publié le dimanche 3 novembre 2019 à 18h30min par Sophie Arutunian

Sondage : les Français toujours inquiets face au « big data »

L’association Occitanie Data, avec le cabinet Civiteo, a commandé un sondage sur les attitudes, les jugements et les attentes des Français à l’égard de la gestion des données. En voici les principaux enseignements.

Big Data : l’inquiétude domine, mais pas de rejet

Sans forcément pouvoir donner une définition précise, les Français ont une vision assez claire du big data, et c’est l’inquiétude (à 41%) qui domine lorsqu’on leur parle de la collecte, du stockage et de l’utilisation de leurs données. Pour autant, les sentiments de rejet restent minoritaires (3%) alors que la curiosité l’emporte pour 26% d’entre eux.

« Les ’gagnants’, ceux qui ont le sentiment que dans ce monde tel qu’il évolue, ils continueront d’avoir une place, ou qu’ils sauront s’adapter, sont en confiance. Mais ceux dont la vie quotidienne montre qu’ils sont ’à risque’, en fragilité, que leur emploi sera peut-être détruit par la numérisation, que la maîtrise de leur destin leur échappe , ceux-là voient les choses avec réticence » , détaille Bertrand Monthubert, président d’Occitanie data.

Gestion et utilisation des données : peu de confiance envers les Gafam

À qui faites‐vous confiance concernant la gestion des données en France ? Selon le sondage, certains acteurs publics suscitent une réelle confiance et tirent mieux leur épingle du jeu que les entreprises en général. Mais surtout beaucoup mieux que les réseaux sociaux ou les Gafam. Dans le détail, 71% des Français accordent leur confiance aux acteurs de la santé et aux acteurs de la recherche. 64% ont confiance dans la Cnil et ils sont encore 64% à faire confiance à des organismes publics tels que l’Insee ou Météo France, et 62% à leurs collectivités locales (Région, Département ou Commune).
En revanche, l’Etat ne recueille que 46% de confiance, quasiment au même niveau que des acteurs marchands comme les banques et assurances (44%) et les fournisseurs d’accès à Internet (42%). Les acteurs qui suscitent le plus de méfiance dans l’utilisation de la data sont les réseaux sociaux (22%) et la grande distribution (31% de confiance).

« Ce qui est en jeu, c’est de savoir si l’on est -ou pas- dans une forme de fétichisme de la nouveauté avec un effet whaou, mais dont on ne sait pas quels vont être les impacts sur notre vie et sur notre société. Certains acteurs de la Silicon valley militent de manière ouverte pour le transhumanisme, c’est-à-dire une évolution anthropologique majeure qui s’accompagnerait d’une disparition de l’humanité telle que nous la connaissons, pour être remplacée par de l’humain augmenté. À l’intérieur de ça, beaucoup de gens se disent « mais moi je suis quoi la dedans ? À quoi servent mes données, à part participer à la multitude ? » commente Bertrand Monthubert.

Echanges de données entre public et privé : les Français sont partagés

Plus d’un Français sur deux (52%) est favorable à ce que des acteurs publics et des privés échangent des données et les exploitent « afin d’améliorer des services publics ou des produits et des services privés ». Mais ils sont 48% à y être opposés, et 17% tout à fait opposés. Le sujet est clivant.

« En France, nous voulons développer l’économie de la donnée, on veut être un acteur de premier plan de l’IA. Mais ce n’est pas en faisant ce que font les Gafam ou les Beatx (les géants du web chinois Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, NDLR) qu’on y arrivera, ils sont plus forts que nous à ce jeu-là. Le levier sur lequel on se positionne et qui sort renforcé par le sondage, est de dire : si on travaille de manière transparente vis-à-vis de la population sur la manière dont nous voulons utiliser les données et comment on va en rendre compte , alors oui, les gens sont rassurés et pensent que c’est positif », assure le président d’Occitanie Data.

En effet l’enquête montre que 81% des sondés favorables à l’initiative de coopération dans une région entre acteurs publics et privés comme Occitanie Data, initiative unique en France. Ils sont même 25% à y être très favorables en Occitanie.

L’intégralité de ce sondage est disponible sur le site d’Occitanie Data 
Sophie Arutunian

Photo d’illustration sous licence Creative Commons CC0}

Occitanie Data

L’association de préfiguration Occitanie Data s’est formée début 2019, autour d’un noyau de dix-sept fondateurs issus du monde industriel, académique et d’institutions publiques. Sa vocation : « accompagner et accélérer la transformation numérique en proposant un hub de confiance sur les données. Ses membres partageront, croiseront et exploiteront leurs data pour créer des services numériques inédits, en garantissant le respect des citoyens comme des propriétaires des données ». Ce pacte est « l’une des clés majeures de l’émergence d’une filière française et européenne Data/IA pour faire face aux regroupements déjà opérés dans les pays leaders : États‐Unis et Chine bien sûr mais aussi Israël, Canada, Royaume‐Uni ».

Les dix-sept membres fondateurs d’Occitanie Data sont : Région Occitanie, Toulouse Métropole, Université fédérale de Toulouse, Comue de Montpellier, CNES, Météo France, IGN, Enedis, Airbus, Atos, Sopra Steria, Agropolis International, Aerospace Valley, IRT Saint‐Exupéry, Orange, La Banque des Territoires, Qwant ; rejoints depuis par deux nouveaux membres : CNRS, Digital 113.