Frédéric Torrea, ATR : « Nos avions répondent aux besoins de décroissance »

Dans un entretien accordé à ToulÉco avant la crise du coronavirus, le secrétaire général d’ATR Frédéric Torrea anticipait un marché de l’aérien sommé de faire des efforts en matière d’émissions de CO2. Selon lui, le constructeur d’avions régionaux, basé à Blagnac, est bien positionné sur ce critère. Extraits.

Frédéric Torrea, quels sont les engagements d’ATR en matière d’environnement ?
Sur ce front, nous avons différents engagements. ATR mène des études sur des moyens de propulsion alternatifs. L’électrique est une piste, mais en hybride, pour nos avions de taille moyenne. Une autre option est celle de l’hydrogène. Un travail est fait en parallèle sur des avions moins lourds. Notre marché sera clairement le marché des nouvelles technologies dans le sens où, dans l’aviation commerciale, notre porte d’entrée est technologique même si cela demande des investissements conséquents.

C’est-à-dire ?
ATR est peut-être la porte d’entrée verte de l’aviation du futur. Nos deux actionnaires, Airbus et Leonardo, se penchent sur ces questions et nous pourrions être le bon vecteur pour ces nouvelles technologies. Il y a beaucoup de communication contradictoire sur ces questions, avec des start-up qui ont des cibles irréalistes. Ces thématiques me sont très chères et je rêve d’une entrée en opération, idéalement autour de 2035-2040. Il y a plusieurs solutions envisageables, puisque l’on pourrait aussi adapter des avions existants. Quoi qu’il en soit, une version hybride de l’ATR devra passer par la case démonstrateur et preuve de concept, qu’on ne peut décemment pas envisager avant 2030 au plus tôt.

Mais l’aéronautique reste un secteur montré du doigt en matière d’environnement...
C’est pour cela que nous travaillons sur des vols d’essais et de convoyage avec des biocarburants. ATR a des ambitions en matière d’éco-design et d’éco-conception et nous concevons des avions les plus recyclables possibles. Nous avons un produit qui répond aujourd’hui aux besoins de décroissance. Nous sommes plus performants que nos concurrents en matière d’empreinte sonore avec une réduction du bruit de 40 %. Sur des vols courts, le turbopropulseur est plus efficient, car plus efficace en matière de restitution d’énergie à la montée et à la descente.

Comment réagissez-vous face à la honte de prendre l’avion qui se développe ?
L’urgence environnementale et climatique est là. Il faut à tout prix réduire l’empreinte carbone et nous sommes dans un système trop générateur de pollution. Mais prendre l’aéronautique comme bouc-émissaire n’est pas la solution. Les secteurs automobile, maritime ou même numérique, avec tous les serveurs, consomment davantage que l’aérien. Je pense qu’il faut réfléchir à une fiscalité́ plus incitative que punitive, avec des déductions de taxes ou autres. Cela permettrait aux compagnies aériennes de renouveler leurs flottes. ATR a une cohérence entre son discours et ses actes.

Comment voyez-vous l’aéronautique en 2030 ?
Les deux enjeux principaux concernent les nouveaux modes de propulsion et la neutralité carbone. Mais il nous faudra communiquer avec le grand public de manière plus rationnelle et pas seulement sur l’émotion.
Propos recueillis par Paul Périé et Martin Venzal, édités par Sophie Arutunian

Sur la photo : Frédéric Torrea , secrétaire général d’ATR. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco

L’intégralité de l’entretien avec Frédéric Torrea, réalisé avant le confinement, est à lire dans le numéro de ToulÉco actuellement en kiosques, « Toulouse en 2030 », et disponible sur la boutique en ligne.

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Source : https://www.touleco.fr/ATR-Nous-avons-un-produit-qui-repond-aux-besoins-de-decroissance,28594