Aéronautique. Gilles Verhelst, Femso : « On se bat pour servir nos clients »

Reconstitution des stocks, tensions sur les matières premières et manque de main-d’œuvre : deux ans après le Covid-19, le dirigeant Gilles Verhelst dresse un constat honnête de l’état de santé de Femso Industrie, spécialisée dans l’usinage de pièces mécaniques à Aucamville, près de Toulouse.

Mars 2020-juin 2022 : deux ans après la claque, comment se porte votre entreprise ?
J’ai racheté Femso Industrie en 2017. Cinq après, en temps normal, je finis de payer mes emprunts et je souffle un peu. Or, rien ne s’est passé comme prévu. Car c’est reparti comme en 40.

C’est-à-dire ?
Dans le contexte sectoriel, le secteur redémarre avec la reconstitution des stocks de composants et la remontée des cadences. On ne va pas se plaindre. Mais au bout de la chaîne, les petits usineurs et les entreprises de traitement de surface doivent courir plus vite. Notre besoin en fonds de roulement est important. Or, le secteur connaît des tensions sur l’approvisionnement des matières premières, amplifiées par la guerre en Ukraine, sur le titane, par exemple. Ce qui signifie que les prix sont à la hausse. Pour chercher nos matières premières, on va plus loin mais cela augmente les coûts logistiques.
À cela s’ajoute notre trésorerie qui s’est effondrée avec le Covid-19. J’ai perdu 40 % de mon chiffre d’affaires durant cette période. Il faut donc que je la reconstitue. Mais les assurances crédits ne soutiennent pas la filière, en raison des risques. Mes banques historiques m’ont lâché. Je viens de signer avec le Crédit coopératif il y a une semaine.

Rencontrez-vous des problèmes pour recruter ?
Il y a une tension énorme sur les ressources humaines. Deux de mes opérateurs ont été débauchés par une PME concurrente, pour quelques euros de plus, et un cadre par un cabinet de conseil. Un autre de mes employés ne veut pas rester. Je dois les remplacer.

Avec quels arguments pouvez-vous les attirer ?
Je fais tout pour les chouchouter comme je peux. Je les paye bien, je suis correct. Dans mon atelier, il y a une bonne ambiance. Les gens travaillent en sifflotant. Et je mets en place une salle de sport avec les moyens du bord.

En attendant, comment pallier vous toutes ces difficultés ?
On bosse beaucoup plus, on ne compte pas les heures supplémentaires. Je travaille quinze heures par jour, non-stop.

Votre PME Femso est-elle en péril ?
Non. Nous sommes en train de récupérer notre activité de 2019, avec moins de personnel et plus de difficultés financières. On se bat pour servir nos clients. Il y a une lumière au bout du tunnel, je la vois, mais le tunnel est long.

Pouvez-vous tirer une leçon de la période Covid-19 ?
Je ne veux pas tourner le dos à l’aéronautique, c’est notre ADN. C’est ce qui nous fait grandir. En revanche, je dois faire croître d’autres secteurs. Un autre levier possible de croissance est le rachat d’une entreprise. Mais, bien sûr, c’est beaucoup trop tôt. Il faut se stabiliser. Aujourd’hui, nous sommes plus plus pauvres qu’hier.
Propos recueillis par Audrey Sommazi

Sur la photo : Gilles Verhelst, le dirigeant de Femso, sous-traitant aéronautique. - Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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