Antoine Wystrach, un chercheur fourmidable

Il se passionne pour les fourmis. Son dernier livre, coécrit avec Audrey Dussutour, L’Odyssée des fourmis, fait un tabac en librairie. Antoine Wystrach désire nous ouvrir les yeux sur l’incroyable richesse de la nature, à toutes les échelles.

Ne comptez pas sur lui pour accréditer le cliché du chercheur solitaire et taiseux. Et pourtant, on aurait pu craindre le pire avec la spécialité qu’il a choisie, celle de l’analyse du comportement d’un tout petit insecte, la fourmi. Au contraire, Antoine Wystrach, myrmécologue au CRCA de Toulouse (Centre de recherches sur la cognition animale), médaille de bronze du CNRS en 2021, adore travailler en équipe avec ses doctorants. Quand il se balade en ville, il aime provoquer des échanges avec des inconnus par pur plaisir.

Il joue depuis son enfance de l’accordéon diatonique, celui qui fait danser sur des airs folkloriques bretons ou irlandais. Le chercheur confie aussi son goût pour les conférences grand public car « il y a ce retour direct sympathique des gens, avec les yeux qui s’illuminent ». Bref, il a ce côté solaire des passionnés qui cherchent à garder toujours intacte leur capacité d’émerveillement. C’est d’ailleurs pour la partager qu’il a coécrit L’odyssée des fourmis avec sa collègue, Audrey Dussutour.

Le monde prodigieux des fourmis

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Un best-seller à la fois scientifique et grand public, en forme d’hommage à une approche naturaliste de la recherche, basée sur l’observation. Depuis la sortie du livre en avril dernier, Antoine Wystrach a fait le tour des plateaux télé et des studios de radio en national. « Ma motivation, avec cet ouvrage, est de sensibiliser les gens à cette richesse insoupçonnée de la nature. Il est difficile de réaliser à quel point un être aussi petit, la fourmi, est complexe et sophistiqué. C’est une belle leçon d’humilité pour l’homme et une incitation à plus de respect de l’environnement », souligne le neuro-éthologue.

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Ainsi, le comportement de la fourmi va dépendre de son état interne ou de ses expériences personnelles. De là à dire qu’elle a des états d’âme, il n’y a qu’un pas. Elle est capable de se repérer dans l’espace et de mémoriser sa route vers le nid. Le chercheur va même jusqu’à s’interroger sur une plasticité cérébrale profonde de la fourmi, qui pourrait compenser la perte d’un sens par l’activation d’autres sens. « Au sein de la colonie, les fourmis fonctionnent en démocratie auto-organisée un peu anarchique. Elles prennent des petites décisions locales qui débouchent, pourtant, sur un système collectif avec des tâches qui dépassent les individus », explique-t-il. Ces super-héroïnes, capables de terrasser des proies qui atteignent jusqu’à 10.000 fois leur propre poids, communiquent entre elles via des phéromones.

Un parcours universitaire international

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Autant d’objets de fascination pour le chercheur, qui, déjà, tout petit, dans le jardin de sa grand-mère dans la campagne normande, capturait des abeilles pour les observer à la loupe. Après une licence de biologie à Caen, il hésite, pour la suite de son parcours, entre l’étude de l’évolution et les neurosciences. Il choisira les deux, réunis dans un master d’éthologie à l’Université Paris 13, dont il sort major. Des stages autour des lémuriens ou des bourdons ne le convainquent pas. Sa thèse, pendant quatre années à l’Université Macquarie de Sydney, en Australie, le mène à des études de terrain sur la navigation des fourmis à Alice Springs. Une révélation. « Nous étions quatre mois de l’année au beau milieu de l’Australie, en colocation avec d’autres thésards, entourés de nids de fourmis à observer. Le rêve ! », évoque-t-il.

Suivront deux post-doctorats, l’un à Brighton en Angleterre, « une ville en bord de mer où on ne se lasse pas de l’énergie de l’océan », l’autre à Édimbourg, « au sein d’une équipe de chercheurs écossais tellement sympas », se remémore-t-il. Puis ce sera l’entrée au CNRS, en 2016, qui signe son installation à Toulouse. Dans son bâtiment flambant neuf du CRCA, sur le campus de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, il réfléchit déjà à un futur livre pour montrer la complexité insoupçonnée de la vie intérieure des animaux, depuis les unicellulaires jusqu’aux mammifères. « Il y a plein d’histoires incroyables à raconter », dit-il. Et on le croit.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Antoine Wystrach, myrmécologue au CRCA de Toulouse, estime que "la nature nous apprend des choses. Sans ce regard sur elle, l’homme n’a pas de nouvelles idées." Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Antoine-Wystrach-un-chercheur-fourmidable,36214