Dans la lumière de Théodule Ribot aux Augustins de Toulouse

En travaux depuis juin 2019, le musée des Augustins à Toulouse rouvre ses portes jusqu’au 10 janvier, le temps d’une exposition consacrée au peintre Théodule Ribot. Une parenthèse pour découvrir la « délicieuse obscurité » de cet artiste original, peu connu du grand public.

La critique lui a reproché ses tons trop noirs jusqu’à parler de lui comme d’un peintre charbonnier. Ses pairs eux, ont vu dans sa peinture ténébriste au puissant clair-obscur, un remarquable travail sur la matière, traitée comme en relief de façon presque sculpturale. Rodin s’est d’ailleurs offert plusieurs de ses toiles. Théodule Ribot, oublié de l’histoire de l’art, pourtant présent dans de grandes collections publiques en France et à l’étranger, est au centre de l’exposition « Une délicieuse obscurité  » jusqu’au 10 janvier aux Augustins. Le musée toulousain, en travaux depuis 2019, rouvre partielle-ment et temporairement ses portes pour l’occasion. Cet événement, coorganisé avec les musées des Beaux-Arts de Marseille et Caen, met en lumière plusieurs grandes toiles de cet artiste du XIXe siècle mais aussi celles de ses sources artistiques comme Chardin, Rembrandt ou Ribera et de ses contem-porains qui font ressortir « l’originalité et la liberté » de Théodule Ribot.

Un réalisme sincère

Ce peintre autodidacte à l’existence laborieuse et à la santé fragile, qui a d’abord exercé le métier de copiste pour subvenir aux besoins de sa famille, a développé une œuvre très personnelle voire intimiste, un art em-pathique qui s’est intéressé aux gens du peuple, aux scènes de la vie quotidienne, à des figures solitaires absorbées dans leur intériorité comme La Jeune fille jouant de la guitare. On découvre son style, tout en effets de matière et sa construction par la lumière, dès les pre-mières natures mortes qui ouvrent l’exposition. Ribot ne retient que l’épure. Ses gigots semblent flotter sur leur fond noir et donnent une impression de réalité presque magique. De la même façon, sa femme et sa fille dont il a fait plusieurs portraits ou encore les Bretonnes du Ser-mon, surgissent de la toile de façon fantomatique.

Son travail sur la peau, la pâte épaisse dont il se sert pour marquer les rides des mains et des visages ou encore le corps torturé du voyageur dépouillé du Bon Samaritain et de son Saint-Sébastien martyr, première toile de Ribot qu’acheta l’État et qui le fit entrer dans la peinture d’histoire, sont caractéris-tiques de sa touche. « La pratique de Ribot n’est pas systématique. Ce n’est pas un peintre de méthode mais un peintre libre, indépendant, dont le réalisme était profond et sincère  », explique Axel Emery, directeur des Augus-tins et co-commissaire de l’exposition. Un peintre hors système qui cent-cinquante ans après son entrée, labo-rieuse elle aussi, au Salon des peintres, à Paris, retrouve un peu la lumière à Toulouse, Marseille et Caen en 2022.
Johanna Decorse

Sur la photo : Théodule Ribot, Le Bon Samaritain, 1870, huile sur toile, 112 x 145 cm © Pau, musée des beaux-arts

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Source : https://www.touleco.fr/Dans-la-lumiere-de-Theodule-Ribot-aux-Augustins-de-Toulouse,32845