Fronton, le vignoble des cépages uniques au monde

Connu pour son cépage autochtone, la négrette, le vignoble de Fronton cultive de plus en plus son goût pour la différence. Tout en œuvrant à la montée en gamme de ses rouges, l’appellation s’intéresse depuis quelques années à un cépage blanc oublié, le bouysselet. Deux couleurs à découvrir le temps d’une virée dans les vignes.

On le présente comme le vin des Toulousains mais le vignoble de Fronton est bien plus que cela ! Son territoire, d’à peine 2400 hectares, installé sur d’anciennes terrasses du Tarn, regarde aussi vers Montauban. On peut le sillonner en décapotable depuis Villematier où le domaine Roumagnac loue une 2CV de collection à l’heure jusqu’à la journée entière. Le coffre peut embarquer table, chaises et pique-nique pour tester les vins ronds et fruités du domaine et partir à la découverte du reste du vignoble. Fronton est bien sûr le royaume de la négrette, un cépage rouge aux racines locales et non chypriotes comme l’a longtemps raconté la légende qui attribuait aux Hospitaliers revenant des croisades sa naissance entre Tarn-et-Garonne. Aujourd’hui encore, le Fronton demeure la seule appellation à s’être appropriée ce raisin au noir intense, un peu capricieux, qui apporte des arômes caractéristiques de fruits noirs et rouges, de violette, de réglisse et des notes poivrées. 96 % des surfaces de négrette plantées en France le sont dans le vignoble de Fronton. On en trouve un peu aussi en Vendée, sur les îles de Ré et d’Oléron et en Californie, seule région lointaine où elle s’est exportée.

Consciente depuis longtemps de l’originalité de son vignoble, l’appellation a commencé plus récemment à la considérer comme une véritable « chance ». Et c’est désormais sur son emblématique cépage qu’elle mise pour monter en gamme. Depuis 2019, le Collectif Négrette qui réunit une dizaine de vignerons sur la quarantaine que compte le Frontonnais, s’engage autour d’un cahier des charges encore plus resserré que celui de l’AOP. La négrette y est ultra majoritaire – au moins 70 % dans les assemblages – les rendements, bas, les cuvées, issues de sélections parcellaires et l’élevage, d’au moins quatorze mois.

Tipi dans les vignes

Le château de Belaygue, situé à Labastide-Saint-Pierre, fait partie depuis ses débuts de ce cercle exigeant. Ce domaine de treize hectares, en bio depuis cinq ans, a dédié ses plus vieilles vignes à ses cuvées prestige. À la tête du château depuis 2001, Guillaume et Séverine Veyrac se sont aussi tournés vers l’œnotourisme pour faire connaître la typicité de leur vignoble. Leur envie d’accueillir se matérialise par des balades gustatives, des pique-niques dans les vignes et encore des nuits en tipi. Cet hébergement atypique dont la toile a été cousue à la main, en Ariège, peut loger jusqu’à quatre personnes au cœur de l’exploitation. C’est aussi un clin d’œil à l’histoire insolite des Indiens Osages de Montauban, abandonnés en France dans les années 1830 et qui ont pu regagner leurs terres grâce à la générosité des habitants de la ville.

À Campsas, le château Boujac, l’un des premiers domaines de Fronton à être passés en bio, s’inscrit également dans cette démarche collective autour de la négrette. Philippe Selle, le vigneron qui conduit ce domaine familial depuis trois générations, s’intéresse aussi à un autre cépage qui depuis quelques années fait beaucoup parler de lui : le bouysselet. Aussi claire que la négrette est noire, cette variété endémique oubliée a été réintroduite en 2010 par le château La Colombière. Depuis, les domaines Plaisance, le Roc et le château Viguerie ont puisé à leur tour dans le potentiel de ce cépage vif, à la belle aromatique, pour renouveler leurs blancs. Le bouysselet ne représente encore que dix hectares sur les 1200 de l’appellation mais il pourrait bientôt devenir l’autre cépage star du vignoble. Il fait l’objet d’un projet d’AOP porté par le syndicat des vins de Fronton, encouragé par de plus en plus de vignerons qui ont compris combien la différence était aujourd’hui au goût des consommateurs. Avec ses deux cépages autochtones et forts en typicité, les vins de Fronton ont décidément de quoi plaire et pas seulement aux Toulousains.
Johanna Decorse

Sur la photo : Le domaine de Roumagnac, à Villematier, loue une 2CV décapotable à l’heure, à la demi-journée ou à la journée (de 90 euros à 170 euros) pour sillonner les routes du vignoble. Crédit photo : Domaine Roumagnac.

Y aller
Située à moins de trente kilomètres de Toulouse, le vignoble de Fronton s’étend sur 2400 hectares et vingt communes autour de la petite ville de Fronton, neuf en Haute-Garonne, onze dans le Tarn-et-Garonne. Il réunit une quarantaine de vignerons installés sur trois anciennes terrasses du Tarn, entre sa rive gauche et la Garonne.

Se restaurer
Pour l’ambiance guinguette, c’est le moment de tester « Un été à la campagne » dans le parc du château de Capdeville qui abrite la Maison des vins, à Fronton. Au menu : planches végétariennes, fromages ou charcuteries, plats à partager, grillades et vins de Fronton bien sûr. Ouverture tous les jours, midi, soir, goûter. Réservation sur : guinguettefronton.fr
Plus intimiste, le pique-nique dans les vignes proposé par le château de Belaygues, à Labastide-Saint-Pierre se passe à table, au cœur du domaine. Il se décline d’avril à octobre, à midi ou le soir, en couple, en famille ou entre amis au prix de 18 euros par personne. Sur réservation : 06 58 69 28 28

Déguster
Renseignements : www.vins-de-fronton.com

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Source : https://www.touleco.fr/Fronton-le-vignoble-des-cepages-uniques-au-monde,36115