Jean Dokhelar, Urssaf Midi-Pyrénées : « Notre souci, c’est de ne pas casser la relance »

Chargé de collecter les cotisations sociales auprès des entreprises, l’Urssaf est un poste d’observation idéal sur l’évolution de l’économie régionale. Jean Dokhelar, directeur de l’Urssaf Midi-Pyrénées, rappelle le rôle important de tous les acteurs et se montre plutôt optimiste sur la reprise de l’économie.

Jean Dokhelar, quel bilan tirez-vous de cette année de crise ?
Cela a été une année compliquée. Nous avons perdu 21.000 emplois en Occitanie. Deux territoires ont été particulièrement touchés : les Hautes-Pyrénées, à cause notamment de Lourdes et des stations de ski, et la Haute-Garonne, avec l’arrêt du tourisme, de l’événementiel et surtout de l’aéronautique. Entre les fonds de solidarité, le chômage partiel et les PGE, l’accompagnement de l’État dans cette situation a été très important. Les syndicats professionnels le reconnaissent désormais. À l’Urssaf, nous avons aussi été présent durant cette période. Entre le report de cotisations et du soutien direct, les aides ont atteint globalement 1,5 milliard d’euros durant l’année écoulée. On a dit aux entreprises : si vous ne pouvez pas payer de cotisations, ne payez pas ! Pour les artisans et indépendants, le mode de gestion a été plus radical encore, nous avons suspendu les prélèvements.

Comment ont réagi les entreprises occitanes ?
La grande majorité des entreprises ont joué le jeu et a essayé de payer les cotisations dès qu’elles le pouvaient. On parle beaucoup du négatif, mais il y a du positif actuellement. À ce jour, 95% des entreprises d’Occitanie ont repris le paiement des cotisations courantes. Notre manque à gagner est donc de seulement 5%.

Des dispositifs d’aides sont-ils prévus pour cette année ?
Oui. Nous allons annuler, pour les secteurs les plus impactés, une partie des cotisations patronales, ce qu’on n’a jamais fait en France. Souvent, les entreprises nous disent : « c’est bien de nous avoir fait des reports, mais à un moment donné, il faudra payer ». On leur dit : « vous allez payer, mais moins que ce que vous auriez dû faire en temps normal ».

Nous allons aussi proposer des plans d’apurement à certaines entreprises, des plans beaucoup plus longs qu’auparavant. Un plan d’apurement avant-Covid était de quatre mois. Là, nous irons jusqu’à 36 mois. Notre souci, c’est de ne pas casser la relance. Nous avons géré l’urgence, maintenant, il faut gérer la reprise de façon progressive et individualisée. On va s’adapter à l’ampleur de la dette avec des plans modulables. Les premières échéances pourront être basses pour permettre à l’entreprise de se reconstituer une trésorerie avant de remonter plus tard, quand la société ira mieux. Nous avons retenu des leçons de la crise financière de 2008, où nous avons voulu revenir trop vite à la normale. 85.000 entreprises ont une dette Urssaf. Nous avons déjà envoyé 20.000 plans d’apurement. 95% des entreprises nous ont dit Banco ! Et la majorité des 5% restants veulent des plans plus courts.

Faut-il craindre néanmoins une hausse des faillites d’entreprises ?
On entend beaucoup que tout a été anesthésié parce que l’Urssaf et le fisc ont arrêté le recouvrement mais que le jour où ils vont reprendre, il y aura beaucoup de faillite. Il est vrai que l’année 2020 a été hallucinante : l’an passé, il y a eu 40% de faillite de moins qu’une année normale. Les dispositifs d’aides ont joué plein pot leur rôle.

Je pense qu’il va y avoir certes quelques faillites cette année, mais pas plus que les années d’avant-crise. Nous sommes déjà en contact avec les tribunaux de commerce et notamment avec leurs cellules de prévention. Nous n’assignerons pas de manière massive. On fera un maximum d’amiable, de prévention. Si on assigne, cela sera vraiment quand on aura plus le choix. Quand une entreprise est en dépôt de bilan, il faut arrêter la casse. Rien que pour respecter la concurrence.

Êtes-vous optimiste quant au rebond de l’économie dans notre région ?
Il faut être attentif et vigilant, mais je suis beaucoup moins inquiet qu’il y a un an. L’activité peut repartir assez bien. On le voit dans l’aéronautique, où il y a eu moins de casse que prévu. Un secteur comme le bâtiment a bien repris. Et quand on discute avec les syndicats de la restauration, leur crainte est de ne pas avoir assez de salariés pour la reprise.

Un aspect positif de la période a été de remettre en avant les territoires. On l’a vu dans nos modes de gestion de la crise. Tout l’accompagnement s’est fait au niveau occitan avec notamment le conseil régional et le préfet de région. Les modalités opérationnelles se font par contre au niveau départemental avec les chambres consulaires, les experts-comptables. Cela a remis en lumière le maillage départemental.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Jean Dokhelar, directeur de l’Urssaf Midi-Pyrénées. Crédit : Urssaf.

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