Laguiole : Une bataille à couteaux tirés - épisode 1/2

Il aura fallu vingt-cinq ans de procédures judiciaires et une détermination sans faille pour que les couteliers de Laguiole et la mairie du village aveyronnais voient enfin le bout du tunnel de leur combat contre les contrefaçons. Le dépôt du dossier pour obtenir une indication géographique (IG) qui protègera le célèbre couteau est en effet la dernière marche pour la reconnaissance de ce savoir-faire artisanal.

Il est synonyme d’un savoir-faire à la française et le témoin d’un terroir. Mais le couteau de Laguiole, symbole du Made in France, a trop souffert des copies asiatiques, souvent chères et de mauvaise qualité. Les couteaux, surmontés de la fameuse abeille, sont fabriqués dans le village aveyronnais depuis 1827. En 1993, Gilles Szajner, un entrepreneur du Val-de-Marne, veut profiter de cette réputation. Il dépose la marque Laguiole dans des catégories qui commercialisent la coutellerie, mais aussi le linge de maison, les vêtements, les briquets ou encore les barbecues. Un long combat judiciaire débute et contre toute attentes, il ne profite pas aux Aveyronnais. En septembre 2012, la mairie de Laguiole, qui vient de perdre en justice, décide même de débaptiser sa commune en démontant le panneau d’entrée du village pour protester contre cette décision.

En 2014, la justice européenne annule finalement la marque déposée par le Parisien pour vendre de la coutellerie, mais elle l’autorise à le faire pour une série d’autres produits. Une confusion qui continue de desservir le consommateur et les couteliers locaux. La fabrication de ce produit emblématique du village fait travailler plus de 220 personnes dans le nord-Aveyron et représente un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. « Avec la protection de l’indication géographique, on va peut-être arriver au bout du combat, c’est une satisfaction », se félicite Vincent Alazard, le maire de Laguiole depuis 2001. « Toute cette lutte a mis l’accent sur la nécessité de protéger notre produit manufacturé, tant pour nos couteliers que pour le consommateur. L’obtention de l’IG serait la reconnaissance officielle du travail de nos artisans dans le respect de leur histoire et la garantie pour le consommateur d’être sûr d’acheter un couteau Laguiole. L’enjeu a été relevé en mobilisant toutes les forces de notre territoire, des couteliers aux commerçants, en passant par les habitants. »

Un cahier des charges drastique

Vivant principalement du tourisme, le village de Laguiole, comptant 1268 âmes, espère avec cette indication géographique (IG) retrouver son patrimoine et afficher la reconnaissance de son savoir-faire manufacturier dans la dizaine de boutiques de couteaux de la rue principale.
C’est en janvier dernier que le syndicat des fabricants aveyronnais du couteau de Laguiole, qui réunit sept forges basées à Laguiole, Espalion et Montezic, a déposé auprès de l’INPI (l’Institut national de la propriété industrielle) le fameux dossier afin d’obtenir enfin l’indication géographique pour protéger son couteau.

« C’est la dernière pierre de l’édifice après un long combat, les couteliers concernés ont travaillé ensemble pour définir un cahier des charges strict », assure Honoré Durand, le président du syndicat. « Les couteaux Laguiole doivent être fabriqués à Laguiole ou sur le plateau de l’Aubrac. L’IG permettra de rassurer le consommateur sur la certitude d’avoir un Laguiole et de mettre fin aux nombreuses arnaques. Il y aura toujours des contrefaçons mais avec l’IG, on pourra graver le logo sur la lame et être sûr que ce produit vient de Laguiole. »
Julie Rimbert

Retrouvez la suite de cette enquête dans notre édition du vendredi 23 juillet

Sur la photo : Plus de 100.000 couteaux sortent chaque année des Ateliers de la Forge de Laguiole. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Laguiole-Une-bataille-a-couteaux-tires,31773