Laguiole : Une bataille à couteaux tirés - épisode 2/2

Les couteliers de Laguiole et la mairie du village aveyronnais voient enfin le bout du tunnel de leur combat contre les contrefaçons. Le dépôt du dossier pour obtenir une indication géographique (IG) qui protègera le célèbre couteau est en effet la dernière marche pour la reconnaissance de ce savoir-faire artisanal. Suite et fin de cette enquête.

(suite de l’article diffusé le jeudi 22 juillet).
Mais pourrait-il y avoir deux IG Laguiole ? L’obtention de cette possible IG pour le village aveyronnais inquiète la région de Thiers, qui fabrique depuis plus d’un siècle une partie de la production des couteaux Laguiole. Plaidant pour une production de couteliers français, et non de territoire, l’association Couteau Laguiole Aubrac Auvergne veut déposer à son tour avant l’été un dossier d’appellation pour unir Laguiole et Thiers. Craignant de perdre gros en clientèle, les couteliers de Thiers arguent de leur « terroir de fabrication », soit le lieu où le savoir-faire existe. Une position qui fait bondir Honoré Durand. « Une indication géographique définit un lieu géographique, ce qui veut bien dire que cela ne peut pas être deux territoires différents », martèle l’Aveyronnais.

« Notre territoire accueille des touristes qui viennent y chercher le couteau Laguiole, pas celui de Thiers. Dans l’enquête publique, beaucoup de consommateurs veulent que l’IG identifie le territoire et le produit. Si les couteliers de Thiers veulent leur appellation, qu’ils déposent leur demande pour le modèle de Thiers. » L’enquête publique de deux mois, ouverte par l’INPI, chargé de délivrer l’IG, s’est achevée le 29 mars, réunissant plus d’un millier de contributions. Puis, l’organisme disposera de deux mois pour homologuer ou non l’IG du couteau Laguiole par le syndicat aveyronnais. Depuis la loi Hamon en 2015 instaurant l’IG sur les produits manufacturés, douze ont été homologuées en France.

À la Forge de Laguiole, un savoir-faire ancestral

C’est l’une des plus importantes coutelleries du village aveyronnais, faisant partie des sept à avoir appuyé le dossier de l’IG. Chaque année, plus de 100.000 couteaux, estampillés de la célèbre abeille, sortent des ateliers de la Forge de Laguiole. Ici, près de quatre-vingt-dix employés fabriquent le couteau de A à Z, avec un savoir-faire ancestral.
Dès l’entrée dans l’usine, le visiteur arrive dans la forge où des barres d’acier sortent d’un four à 1000 degrés, d’un rouge brûlant, avant d’être écrasées sous une presse pour donner la lame plate et des mitres, les extrémités du couteau. Les lames prennent ainsi forme avant d’être marquées du logo de la Forge. « Toutes les pièces détachées du produit sont fabriquées au sein des ateliers », explique Laura Vigroux, responsable marketing. « Pour obtenir la bonne dureté de l’acier, le ressort et la barre subissent un traitement thermique. Il faut faire veiller à ce que l’acier ne devienne pas trop dur, sinon la lame casse. » Dans la pièce suivante, les salariés s’attellent avec des gestes de précision pour assembler et monter le couteau.

Un peu plus loin, des morceaux de bois de cerf, de genévriers ou de cornes de vaches Aubrac servent à créer le manche. « C’est un savoir-faire, c’est pourquoi nous avons imposé des règles strictes pour l’IG au syndicat », souligne Xavier Costes, directeur industriel de la Forge de Laguiole. « Elles s’imposent à nous et à tous ceux qui voudraient entrer dans l’IG. Nos couteaux seront protégés par un label d’État, matérialisé par un logo officiel estampillé sur la lame, et les contrôles auront lieu pour les tricheurs. C’est ce que veut le consommateur : il veut savoir ce qu’il achète et où cela a été fabriqué. »

Dernière étape de la fabrication, le polissage de toutes les parties du couteau et du manche durant laquelle les ouvriers sont protégés par des tabliers de fer, sortes de cottes de mailles, et d’épais gants en acier, afin de donner une finition mate ou brillante. Les produits sont enfin nettoyés à la main, puis passés dans un bac à ultrasons pour enlever les poussières laissées au fur et à mesure de la fabrication, avant le contrôle qualité, l’emballage et l’expédition. La Forge de Laguiole possède cinq boutiques en France : deux à Laguiole, une à Toulouse, une à Rodez et une à Paris. L’entreprise confectionne des couteaux de table, pliants, de sommeliers, une gamme d’art et des créations signature. Elle réalise la majorité de ses ventes en France auprès des particuliers et des restaurants étoilés et exporte 60% de sa production, notamment en Allemagne, au Japon, au Canada et aux États-Unis.
Julie Rimbert
Photos Rémy Gabalda - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Laguiole-Une-bataille-a-couteaux-tires-episode-2-2,31777