Réindustrialisation. Le scandale des masques

La volonté politique est donc là, les financements aussi. Pour autant, après l’électrochoc provoqué par « l’affaire des masques », rien ne semble avoir changé. La pénurie de production passée, administrations, institutions, collectivités et entreprises publiques qui encourageaient il y a quelques mois « le made in France » retrouvent leurs habitudes en se tournant vers l’Asie.

« Le prix est l’élément qui est principalement pris en compte lors des appels d’offres », confirmait en septembre 2021 Serge Bidan, directeur général opérationnel de Paul Boyé Technologies. L’histoire se répéterait-elle ? En 2005, l’industriel toulousain s’était lancé dans les masques pour répondre aux commandes de l’État français qui voulait assurer son indépendance en cas de pandémie.

« Le contrat prévoyait un renouvellement des stocks à date de péremption, c’est-à-dire tous les cinq ans mais il y a eu un changement de doctrine en 2012. Le nouveau gouvernement a estimé qu’en cas de pandémie, il pourrait se fournir en Chine et les nouveaux stocks de masques n’ont pas été achetés. À l’époque, on avait les masques mais pas l’épidémie et, en 2020, on a eu l’épidémie mais plus de masques », expliquait en janvier 2021 Jacques Boyé, président de l’entreprise.

Face à ses problèmes de trésorerie et ses stocks d’invendus, la Coop des Masques, en Bretagne, a aussi tiré la sonnette d’alarme à l’automne. En continuant à privilégier la concurrence asiatique, la commande publique a fragilisé la filière hexagonale récemment créée. Selon le Syndicat des fabricants français de masque F2M, entre l’été 2020 et l’été 2021, 97 % des appels d’offres ont été affectés à des masques d’importation commandés principalement par des collectivités. Aussi, pour sécuriser cette nouvelle filière, le gouvernement a dû faire passer le 15 décembre aux agences régionales de santé (ARS) une circulaire incitant les 3000 hôpitaux et cliniques à acheter en France et en Europe leurs masques et gants de protection.

Johanna Decorse, Audrey Sommazi
Photo : Rémy Gabalda

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Source : https://www.touleco.fr/Le-scandale-des-masques,34076