Toulouse. Le masque tueur de virus de Paul Boyé Technologies désormais à la vente

Dévoilé en janvier dernier, le projet de masque biocide porté par l’entreprise toulousaine Paul Boyé Technologies devient réalité. Sous le nom BioX, ce modèle qui détruit les virus et les bactéries vient d’être mis sur le marché. Un moyen pour l’entreprise d’inscrire son activité masques « dans la durée ».

Après plusieurs années de recherche et développement et d’essais, Paul Boyé Technologies vient de mettre sur le marché son masque biocide. L’industriel toulousain, basé à Labarthe-sur-Lèze, qui s’est imposé comme l’un des principaux fabricants français de masques filtrants avec 450 millions d’unités produites depuis 2016, avait annoncé en janvier travailler sur un modèle breveté tueur de virus et de bactéries.

Le projet avait démarré au sein de l’entreprise en 2010. L’objectif était alors de créer un masque capable de répondre aux menaces biologiques terroristes, en particulier la bactérie responsable de la maladie du charbon (anthrax). Une demande de brevet pour cette invention qui porte sur « l’architecture du masque » et sur son « procédé de préparation » a été déposée en 2014. Le modèle BioX a été homologué en 2017 avec l’obtention de « l’attestation CE de type » dont doit se prévaloir tout équipement de protection individuelle. L’épidémie de Covid-19 a évidemment relancé le développement et les essais autour de ce nouveau produit resté dans les cartons. Tout en fournissant en masse dès le début de la crise sanitaires masques chirurgicaux et FFP2 jusqu’à produire 600.000 unités par jour, Paul Boyé Technologies a fait tester début 2020 l’efficacité de son BioX par un laboratoire d’essais microbiologiques.

Commande du ministère des Armées


Sur conseil du ministère de la Santé, la direction générale de l’armement (DGA), la seule en possession de la souche du Sars-CoV2, commande rapidement un million d’unités et procède au sein de l’un de ses laboratoires à des essais pour avoir une représentativité industrielle. Au cours du premier semestre 2020, le laboratoire confirme l’action biocide du masque qui parvient « à plus de 99 % de réduction virale après une heure », précise Paul Boyé Technologies. Suivront plusieurs mois de tests pour valider l’innocuité respiratoire, cutanée et oculaire du produit jusqu’à sa mise sur le marché le 22 septembre dernier.

Comme tous les masques à usage unique, le modèle BioX est composé principalement de polypropylène, polyéthylène, d’élasthanne et d’acier. L’innovation réside dans son traitement qui intègre un agent antimicrobien sur la surface extérieure du masque. Utilisé comme conservateur, désinfectant ou agent de conservation dans l’industrie agroalimentaire, ce biocide agit de façon mécanique et « désactive les germes pathogènes par contact ».

« La membrane cellulaire du virus est cassée par le principe actif, ce qui entraîne sa destruction définitive. En tuant le virus, le BioX contribue à protéger les personnes les plus exposées ou vulnérables et à faire baisser la charge virale environnante, surtout dans les lieux fermés. La vaccination ne protège pas avec la même efficacité contre toutes les mutations du virus. Le BioX lui, traite les variants du Sars-CoV2 mais aussi tous les virus et bactéries, donc il restera pertinent dans le futur pour lutter contre d’éventuelles épidémies », explique Serge Bidan, directeur général opérationnel de Paul Boyé Technologies.

Pression sur les prix

Sur l’année 2020, l’entreprise toulousaine a investi au total 10 millions d’euros dans l’activité masques, en passant notamment de cinq à dix lignes de production. Très sollicitée depuis le début de la crise sanitaire, particulièrement au moment où les masques manquaient, elle voit aussi dans cette dernière innovation « un moyen de s’inscrire dans la durée ». La pénurie de production française passée, administrations, institutions, collectivités et entreprises publiques qui encourageaient il y a quelques mois « le made in France » retrouvent cependant leurs habitudes en se tournant vers l’Asie. « Le prix est l’élément qui est principalement pris en compte lors des appels d’offres », confirme Serge Bidan. L’histoire se répéterait-elle ? En 2005, Paul Boyé Technologies s’était lancé dans les masque pour répondre aux commandes de l’État français, qui voulait assurer son indépendance en cas de pandémie.

« Le contrat prévoyait un renouvellement des stocks à date de péremption, c’est-à-dire tous les cinq ans mais il y a eu un changement de doctrine en 2012. Le nouveau gouvernement a estimé qu’en cas de pandémie, il pourrait se fournir en Chine et les nouveaux stocks de masques n’ont pas été achetés. À l’époque, on avait les masques mais pas l’épidémie et, en 2020, on a eu l’épidémie mais plus de masques », expliquait en janvier dernier Jacques Boyé, président de l’entreprise. Entre fin janvier et mars 2020, l’industriel a donc reconstruit une par une ses quatre lignes de production qui avaient été démontées et rangées dans un garage. Depuis, elle en compte dix, qui mobilisent une centaine de salariés.
Johanna Decorse

Sur les photos :
Depuis 2006, l’entreprise Paul Boyé Technologies a produit 450 millions de masques, encouragée par l’État français, soucieux d’assurer ses approvisionnements en masques à usage unique. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Le masque BioX est vendu depuis le 22 septembre dans sa version FFP2 ou chirurgicale. La société toulousaine est en capacité de produire jusqu’à 12 millions de masques biocides par mois. Crédit : Paul Boyé Technologies.

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Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-Le-masque-tueur-de-virus-de-Paul-Boye-Technologies,32101