Réformes des retraites : désaccords en vue

Si les organisations patronales, Medef en tête, défendent la réforme des retraites du gouvernement Borne, les syndicats de salariés font front et commencent à se mobiliser, partout en France, ce jeudi 19 janvier. Parole à Pierre-Olivier Nau, président du Medef de Haute-Garonne, et Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’Union départementale CGT de l’Hérault .

Les uns sont satisfaits, les autres vont battre le pavé. Du fait de cette nouvelle réforme des retraites, organisations patronales et syndicats de salariés sont, plus que jamais, opposés. Vous ne les verrez donc pas fumer le calumet de la paix au stand merguez de la CGT. Pierre-Olivier Nau, le président du Medef de Haute-Garonne, apporte son soutien au gouvernement Borne. « Cette réforme nous convient. Tant sur l’allongement de la durée de cotisation que sur le report de l’âge légal. Idéalement, nous étions plus pour un âge de 65 ans. Mais, dans l’ensemble, nous l’approuvons. Elle est moins brutale que la réforme de 2010, plus simple que celle à points envisagée par Emmanuel Macron lors de son premier quinquennat », considère le dirigeant de Manatour. Le système serait selon lui voué, à terme, au déficit « s’il n’était pas reformé ». « Au Medef, nous ne sommes pas une bande d’excités ultra-capitalistes. Notre point de vue n’est pas cynique, il est purement mathématique », affirme le représentant patronal.

Sur la question de l’emploi des seniors, il reconnaît que « le patronat doit faire un gros effort ». « Nous avons mal traité le sujet. Quand on regarde la courbe des ruptures conventionnelles, elles augmentent en pic à partir de 59 ans. Ce n’est pas correct, il faut que nous agissions là-dessus, c’est certain », admet Pierre-Olivier Nau, qui promet rapidement des propositions concrètes sur le sujet.

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Comment expliquer que le dialogue social soit actuellement dans l’impasse ? Le président du Medef 31 ne jette pas la pierre aux syndicats de salariés. « Le gouvernement ne joue pas toujours le jeu du dialogue social. Alors que les discussions commencent à avancer, parfois, entre partenaires sociaux, les dossiers sont repris directement par Matignon, ce qui n’arrange pas les choses. Le paritarisme [1] en France n’est pas abouti, contrairement à d’autres pays européens », estime Pierre-Olivier Nau.

« Il n’y aucune avancée sociale dans cette réforme »

De son côté, Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’Union départementale CGT de l’Hérault, ne décolère pas. « Difficile de faire le tri sur ce qui nous révolte le plus. Il n’y aucune avancée sociale dans cette réforme. Il n’y a rien pour les seniors. À part un index même pas contraignant que le patronat conteste déjà. Rien sur la pénibilité, alors que les discussions avaient avancé sur le sujet avec les organisations patronales. Rien enfin sur les inégalités femmes-hommes, alors que les femmes gagnent entre 25 et 28 % de moins que les hommes, ce qui produit des retraites 40 % moins élevées en moyenne. Les femmes ont des parcours plus hachés avec du temps partiel. Cela va être plus dur pour elles pour d’avoir le nombre d’annuités nécessaires et donc de toucher une retraite à taux plein », détaille le syndicaliste. Il conteste l’argument mathématique du Medef : « Le système des retraites est actuellement excédentaire. L’argument du déficit, c’est plutôt des obligations vis-à-vis de l’Union européenne où nous nous sommes engagés à des politiques de rigueur », juge Serge Ragazzacci.

Son opposition au gouvernement et au Medef est par ailleurs philosophique. « Ils considèrent que le temps de la retraite est un temps perdu, inutile économiquement. Alors que ce n’est pas le cas, quand on voit l’ampleur, par exemple, de l’investissement associatif et social des retraités. Et puis, ce sont aussi des consommateurs qui dépensent, qui injectent de l’argent dans le système économique », souligne le syndicaliste. Tous ces débats autour du sens de la retraite et du travail ne font que commencer. Ils devraient s’amplifier après cette première journée de mobilisation intersyndicale.
Matthias Hardoy

Sur la photo : Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’Union départementale CGT de l’Hérault, et Pierre-Olivier Nau, président du Medef de Haute-Garonne. Crédit : CGT de l’Hérault et Rémy Gabalda-ToulÉco.

Notes

[1Gestion des problèmes sociaux par le dialogue entre organisations patronales et syndicales.

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Source : https://www.touleco.fr/Reformes-des-Retraites-le-grand-desaccord,36579