Retraites. Une réforme clivante

Si certains annonçaient sa disparition, le clivage droite-gauche est bien visible à l’occasion du débat sur les retraites. Le vice-président du Département de Haute-Garonne, Jean-Michel Fabre (PS), et le vice-président de Toulouse Métropole, Vincent Terrail-Novès (Renaissance), donnent leur point de vue respectif sur une réforme qui a mobilisé contre elle les syndicats de salariés ce jeudi.

Jean-Michel Fabre en est convaincu, ce n’était pas le moment de se lancer dans une telle réforme des retraites : « Il y a beaucoup d’autres sujets sur la table aujourd’hui. Nous sommes dans une crise climatique, énergétique et du pouvoir d’achat, il y avait plus urgent à faire. Sur le social, le gouvernement devrait plutôt s’attaquer, par exemple, à une nouvelle loi sur le grand âge et l’autonomie », estime l’élu socialiste, vice-président du Département de Haute-Garonne. Avec ses collègues de gauche de la majorité départementale, il a d’ailleurs signé une tribune contre la réforme des retraites du gouvernement Borne.

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Au contraire, le vice-président de Toulouse Métropole et maire de Balma, Vincent Terrail-Novès, juge la réforme « indispensable ». « Nous avons un système déséquilibré où les actifs cotisent pour ceux qui sont à la retraite. Or, la part des actifs baisse et la part des retraités augmente. Si on ne fait rien, on risque d’aboutir à un moment à la mort de ce système. Chacun devra gérer sa retraite seul, selon ses revenus. Ce sera alors le règne de l’individualisme », argumente, dramatique, l’élu Renaissance venu des rangs de la droite.

Réforme idéologique ou pragmatique ?

« Le système des retraites n’est pas déficitaire actuellement », note Jean-Michel Fabre. « C’est seulement car on prend l’argent de certaines branches excédentaires pour le réinjecter dans le système global », réplique Vincent Terrail-Novès. Autre point de désaccord, les difficultés pour les sexagénaires à se maintenir dans un emploi ou à retrouver du travail. « Quand les entreprises licencient, elles démarrent toujours par les plus âgés. En cas de plans sociaux, on va se retrouver avec plus de chômeurs », fait remarquer le vice-président du conseil départemental. Plus nuancé, le vice-président de Toulouse Métropole estime que « si le gouvernement est pour le moment parti sur l’idée de l’incitation, il ne faudra pas hésiter à aller vers la contrainte, dans le cas où le patronat ne jouerait pas le jeu de garder les seniors au travail ».

Mais les divergences entre les deux élus locaux sont profondes, notamment sur la raison profonde d’une telle réforme. « La réforme est idéologique, clairement de droite. Tout cela s’inscrit dans une même logique : plus de taxation pour les classes moyennes et les classes populaires et moins de taxes pour le capital. Entre le capital et le travail, Emmanuel Macron a fait clairement son choix », considère le socialiste, pour qui « les retraités sont utiles. Ils ne sont plus actifs dans un cadre salarié, mais font vivre les associations, la solidarité. Ils sont actifs dans la société. »

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De son côté, le maire de Balma voit la réforme des retraites comme « un mal nécessaire ». « C’est difficile, cela n’enchante personne de travailler davantage mais cela va permettre au système de perdurer. » Et pour contrer l’image antisociale de ce projet porté par le gouvernement, il met en avant les avancées sociales que permettrait ce dernier : « Augmentation des pensions pour les 40 % les plus modestes et revalorisation de la retraite minimale à 85 % du Smic, soit plus de 100 euros de revalorisation. »
Matthias Hardoy

Sur la photo : Jean-Michel Fabre, le vice-président du département de la Haute-Garonne en charge de la Transition écologique, des mobilités douces, du logement et de l’habitat, et Vincent Terrail-Novès, premier vice-président de Toulouse Métropole et maire de Balma. Crédit : Département de Haute-Garonne et Hélène Ressayres-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Retraites-Une-reforme-clivante,36593