Spatial. Comment la chute de OneWeb impacte Airbus et Arianespace

article diffusé le 1er avril 2020

OneWeb est en faillite. Une mise à l’arrêt qui retentit chez Airbus, son partenaire dans la fabrication des mini-satellites de sa constellation destinée à couvrir l’ensemble de la planète en internet haut débit.

Trou noir dans le monde de l’espace et coup dur pour Airbus. OneWeb vient de se placer, fin mars, sous la protection du chapitre 11 de la loi des faillites devant une juridiction américaine. En clair, les actifs sont gelés, dépenses et investissements stoppés pour au moins 120 jours. Le temps de « procéder à la vente des activités pour maximiser la valeur de l’entreprise », selon un communiqué de OneWeb. Cet opérateur international avait pour ambition de constituer une constellation de mini-satellites en orbite basse capable d’apporter internet partout sur la planète. Il gère déjà soixante-quatorze satellites en orbite, dont trente-quatre nouveaux lancés le 21 mars dernier par Soyouz depuis Baïkonour. Mais son besoin de financement colossal, malgré les différentes levées de fonds de 3,4 milliards de dollars au total, et le refus de son principal actionnaire à 37,41 %, le groupe japonais SoftBank, d’abonder une nouvelle fois l’ont contraint à cette procédure de sauvegarde. Raison officielle invoquée par l’investisseur nippon : l’impact financier de la crise liée au Covid-19.

Un site de fabrication de prototypes à Toulouse

Côté Airbus, ce placement sous chapitre 11 devrait affecter le constructeur en tant qu’actionnaire de OneWeb à 8,50 %, mais aussi au travers de OneWeb Satellites (OWS), la joint-venture créée à parité entre Airbus et l’opérateur pour la fabrication des mini-satellites. Avec OneWeb à l’arrêt, OWS perd son client. Deux sites de production, l’un à Toulouse, l’autre aux Etats-Unis en Floride, sont dans le giron d’OWS. Le premier, employant une centaine de salariés au sein d’Airbus Defence and Space, était destiné à la fabrication des six premiers satellites pilotes et à la validation de techniques d’assemblage révolutionnaires dans le domaine spatial en cinq jours contre six mois traditionnellement.

Le second, en Floride, comptait près de 200 personnes et assurait la production en série à un rythme de deux satellites par jour. Suite à cette mise sous chapitre 11, OWS a pris la décision de réduire ses effectifs dans son usine de Floride « pour garantir la continuité de ses activités ». À Toulouse, selon un porte-parole du groupe aérospatial, la chaîne de prototypes ne fabrique plus de satellites. Elle est utilisée pour l’heure dans la formation du personnel aux outils industriels ou pour des améliorations techniques. En revanche, « la plateforme générique des satellites, nommée Arrow, c’est-à-dire sans la charge utile, est un design Airbus et la chaîne toulousaine pourrait être réutilisable pour sa fabrication dans le cadre d’autres types de mission que la fourniture internet comme l’observation de la terre. »

L’avenir de l’Europe spatiale en question

Autre conséquence en cascade pour Airbus, Arianespace, filiale d’ArianeGroup codétenu par Safran et Airbus, et qui commercialise les lanceurs Ariane, Vega et Soyouz, est aujourd’hui le plus gros créancier de OneWeb, avec une ardoise de 238 millions de dollars. Sauf renflouement de OneWeb par l’arrivée de nouveaux investisseurs, Arianespace perd aussi son client majeur.
La constellation mature en plein déploiement de OneWeb, qui visait 650 mini-satellites en orbite, pourrait intéresser plusieurs concurrents lancés dans la course spatiale, tels SpaceX et sa constellation Starlink, ou Amazon et son projet d’internet spatial avec Kuiper. Reste la question stratégique de la position de l’Europe quant à sa volonté de préserver son aventure industrielle spatiale. Auquel cas Airbus pourrait venir à la rescousse de OneWeb. Mais pour l’instant, le contexte Covid-19 avec le trou d’air du marché du transport aérien que le constructeur traverse ne joue pas en faveur d’un tel scénario.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Le site de production de OneWeb en Floride employait près de 200 personnes. Crédits : OneWeb - DR.

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Source : https://www.touleco.fr/Spatial-Comment-la-chute-de-OneWeb-impacte-Airbus,28424