Toulouse. Delair et l’Isae-Supaero vont développer un drone à hydrogène transatlantique

article diffusé le 1er décembre 2020

Delair et l’Isae-Supaero vont concevoir un drone à hydrogène liquide qui pose les jalons de l’aviation bas-carbone de demain. Il effectuera fin 2023 son premier vol sur la route aérienne légendaire des pionniers de l’Aéropostale, inaugurée par Jean Mermoz, entre le Sénégal et le Brésil.

Les drones d’aujourd’hui sont les avions de demain augurent bon nombre d’experts aéronautiques. Quoi de mieux, en effet, que de tester des ruptures technologiques sur des vols sans pilote ni passager avant de les transposer aux avions de ligne. Or, aujourd’hui, c’est la propulsion à hydrogène (H2) qui concentre les efforts d’une filière visant la mise en service d’un avion zéro émission en 2035. Une technologie que le fabricant toulousain de drones professionnels Delair et l’école d’ingénieurs Isae-Supaero vont développer en avant-première, dans le cadre d’un projet baptisé « Défi Mermoz ».

Ce programme comprend la conception et la fabrication d’un drone à hydrogène liquide, transformé en électricité grâce à une pile à combustible. Ne rejetant que de l’eau, donc a priori non polluant, le drone sera capable de traverser l’Atlantique. Un premier vol est prévu fin 2023 sur la ligne commerciale de l’Aéropostale ouverte en mai 1930 par Jean Mermoz, reliant le Sénégal à Natal au Brésil. « Ce sera une première mondiale. Nous visons une commercialisation de ce drone à horizon 2024, après l’obtention de l’attestation de navigabilité par l’EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) », rapporte Bastien Mancini, COO de Delair (Voir encadré).

Sous les radars des industriels aéronautiques

Silencieux, discret, d’une grande autonomie de 3500 km pour trente heures de vol (bien supérieure aux drones conventionnels à batterie électrique), le drone pourra répondre à des missions d’inspection d’ouvrages vastes et isolés, de surveillance des frontières ou de zones maritimes. Le programme devrait représenter un investissement de 7 millions d’euros, financés par Delair et des fonds publics et régionaux. Le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile), doté de 1,5 milliard d’euros sur trois ans par l’État et l’Europe pour soutenir le développement d’un avion bas carbone, n’a pour l’heure pas annoncé son soutien au « Défi Mermoz ». Pour autant, le projet de ce drone 100% électrique, en particulier la question du stockage d’hydrogène liquide, intéresse de près les grands acteurs de l’aéronautique, Airbus, Thales ou Safran, engagés dans la décarbonation de l’aviation.

Preuve de concept par l’Isae-Supaero

Les premières briques technologiques du drone seront posées au cours de l’année 2021 par les équipes de recherche de l’Isae-Supaero. Pour cette preuve de concept, l’école a conclu un partenariat avec le fabricant singapourien de piles à combustible, H3 Dynamics, qui étudie une implantation à Toulouse, et le coréen Hylium Industries, fournisseur des réservoirs. Cette première phase exploratoire bénéficie d’un budget de 160.000 euros en provenance du Feder et de la Région. « Ce n’est que dans un deuxième temps, à la fin de 2021, que Delair prendra la suite de ce projet », explique Jean-Marc Moschetta, professeur d’aérodynamique et responsable du projet au sein de l’Isae-Supaero. Ce premier démonstrateur, de près de 15 kg pour une envergure de 3,60 m, validera la capacité transatlantique de l’aéronef sans pilote à hydrogène liquide avant le démarrage du « Défi Mermoz » avec Delair.
Isabelle Meijers

Sur les photos :
En haut : Le démonstrateur du drone devrait valider sa capacité transatlantique dès fin 2021 . Crédit : H3 Dynamics.

En bas : Jean-Marc Moschetta, responsable du projet au sein de l’Isae-Supaero, pilotera une équipe de six à huit étudiants chercheurs. Crédit : Isae-Supaero.

Delair se structure autour de la data et lance la société Alteia

Depuis sa création en 2011, Delair avait étendu en 2019 son activité historique de fabricant de drones professionnels au traitement de la donnée géospatiale, issue de ses drones mais aussi de satellites, smartphones ou lidars. Basée à Toulouse, l’entreprise se positionnait ainsi pour ses clients industriels comme un opérateur global, à la fois hardware et software. Pour capitaliser sur la data, nouvel or noir du numérique en plein boom, les actionnaires de Delair (quatre cofondateurs, fonds Andromède de la famille Hériard Dubreuil, fonds Galia et Intel Capital) viennent de créer Alteia, une société séparée, dédiée à la donnée visuelle et son exploitation basée sur l’intelligence artificielle. Elle affiche des prévisions de croissance supérieures à celles de l’unité de fabrication de drones, plus mature. Alteia peut d’ores et déjà compter sur son contrat avec Enedis, pour l’analyse d’images de ses réseaux en anticipation de ses travaux de maintenance. L’ancien CEO de Delair, Mickaël de Lagarde, prend la direction d’Alteia et Bastien Mancini, actuel COO de Delair, dirigera l’activité production de drones. Cette partition devrait permettre à Delair une meilleure lisibilité pour ses levées de fonds à venir. La PME de 150 personnes en 2019 dégageait un chiffre d’affaires, non communiqué, estimé entre 15 et 20 millions d’euros.

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Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-Delair-et-l-Isae-Supaero-developpent-un-drone-a,29900