Toulouse. La sous-traitance aéronautique s’enfonce dans la crise

En six mois de crise due au coronavirus, l’aéronautique, autrefois championne des créations d’emplois, est lourdement retombée dans le rouge. Et les plans sociaux se multiplient dans la sous-traitance et les sociétés d’ingénierie du territoire toulousain.

Depuis la crise de 2009, les constructeurs de l’aéronautique comme Airbus, Safran ou Dassault avaient multiplié les embauches avec un solde net, avant la mi-mars, de 11.783 créations d’emplois. La survenue de la pandémie a complètement changé la donne. À la fin septembre, selon les données recueillies par l’observatoire Trendeo de l’emploi et de l’investissement publiées lundi 5 octobre, le secteur a enregistré une perte nette de 11.950 emplois. Si on ajoute les sous-traitants, on parvient même au chiffre de 13.354 postes supprimés. Sans surprise, le bassin toulousain, qui concentrait près de 450 entreprises et 94.500 emplois, paye un lourd tribut. Les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) et les fermetures d’usine se multiplient. « On ne fait plus le décompte des entreprises concernées, il est impressionnant et démotivant », regrette Robert Amade, délégué syndical CGT Capgemini. « Le PSE est la partie émergée de l’iceberg. »

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Après Latécoère, qui a annoncé son intention de supprimer 475 postes en France vendredi 25 septembre, c’est au tour de Mecachrome de présenter son PSE. Lors d’un conseil social économique central, l’équipementier, spécialisé dans la mécanique de précision, a indiqué vouloir se séparer de 306 postes sur 900 en France. Le site MKAD, installé à Varilhes, en Ariège, né d’une joint-venture entre le groupe dirigé par Christian Cornille et Aubert & Duval, fermera ses portes. Pas de date annoncée, ni de repreneur. Néanmoins, ses quarante-cinq salariés seront sur le carreau.

À Launaguet, près de Toulouse, Mecachrome, spécialisée dans la fabrication de pièces primaires pour Airbus, a vu se mettre en place une rupture conventionnelle collective (RCC) dès le mois de février. Elle concernait alors une cinquantaine de salariés sur un total de 180 personnes employées par cette entreprise, qui s’appelait jusqu’en 2012 Mecahers. « En septembre, un avenant à cette RCC a été annoncé, avec 32 postes supplémentaires », explique Clément Verger, secrétaire CGT qui voit dans ce dispositif « une forme de PSE sur la base du volontariat ». Or, « dans ce contexte sinistré, les salariés ne peuvent pas envisager de changer d’entreprise, ni se former », pointe-t-il.

Selon nos informations, le sous-traitant Simair, spécialisé dans le mobilier de cabines, devrait fermer son usine de Colomiers, impactant une quarantaine de salariés. Cauquil, spécialisé dans l’usinage de pièces élémentaires et de petits ensembles à Mondouzil, en Haute-Garonne, prévoit de supprimer des dizaines d’emplois. Sollicitées par ToulÉco, les directions de ses deux usines, qui appartiennent au groupe BT2i, n’ont pas souhaité nous répondre.

Saignée dans les sociétés d’ingénierie

Les bureaux d’études sont les autres victimes collatérales de cette crise inédite. Les syndicats CGT, CFTC et CFE-CGC d’Expléo, ex-Assystem Technologies, négocient les modalités du PSE. Sur les 4700 postes que compte cette entreprise en France, 1536 postes seraient supprimés. Toulouse perdrait près de la moitié de ses effectifs, soit 627 emplois sur 1336. « Les négociations n’avancent pas très vite, signale une source syndicale. On est en train de parler de catégories professionnelles et de critères d’ordre. En clair, les métiers concernés et les priorités des départs, selon l’âge, l’ancienneté, les critères familiaux... Nous ne sommes pas d’accord sur tout. »

Chez Altran Toulouse, racheté par Capgemini, un APC [1] a été présenté aux salariés, avec à la clé une baisse de 12 % des salaires. « Or, la mise en place de l’activité partielle de longue durée (APLD) aurait été suffisante, affirme Robert Amade, délégué syndical CGT Capgemini. Mais non, la direction va gratter sur les salaires. » Ce membre de la coordination CGT aéronautique assure également que le groupe Akka licencie du personnel pour insuffisance professionnelle, « presque sans motif », selon lui.

Mobilisation pour réduire l’ampleur des PSE

Ce contexte social tendu fait bondir un collectif de salariés et de syndicats de l’aéronautique, qui multiplie les actions de mobilisation devant les usines concernées par des plans sociaux afin de faire connaître leurs craintes quant à la disparition massive et soudaine de compétences. « On se structure pour créer un mouvement de défense. On ne veut pas perdre d’emploi, ni de rémunération », affirme Clément Verger, de Mecachrome. « Face à cette attaque, on ne peut pas répondre individuellement », ajoute pour sa part Robert Amade.
Audrey Sommazi

Deux salariés de l’aéronautique accrochent une banderole devant le site d’Airbus à saint Martin lors d’ une action de mobilisation contre le PSE mis en place par la direction, réunissant une centaine de personnes, le 8 octobre 2020.Crédits photo : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Notes

[1Accord de performance collective

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Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-La-sous-traitance-aeronautique-s-enfonce-dans-la-crise,29637