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Publié le jeudi 11 juillet 2019 à 19h16min par Johanna Decorse

Gard. La fabricant de chaussures de sécurité Jallatte reprend pied

Pionnier de la chaussure de sécurité en France, Jallatte retrouve de l’avance depuis son rachat en 2014 par le groupe italien U-Invest. Après plusieurs années de crise et de plans sociaux, la société du Gard a intégré en 2018 une activité jusque là produite en Tunisie.

Créée en 1947 par Pierre Jallatte à Saint-Hippolyte-du-Fort, dans le Gard, la société Jallatte reprend pied après des décennies difficiles. Ce pionnier de la chaussure de sécurité, qui a longtemps été leader sur son marché, a employé jusqu’à 800 personnes avant de se vider progressivement de ses employés. Entre 1983 et 2014, les stratégies à court terme de ses propriétaires successifs, industriels ou financiers, se sont traduites par plusieurs plans sociaux et une délocalisation de la production en Tunisie. L’usine cévenole ne compte plus aujourd’hui que 70 salariés.

En 2018, pour la première fois depuis plus de vingt ans, c’est l’inverse qui s’est produit. Sauvée en 2014 par le rachat du groupe italien U-Invest dont elle est devenue filiale, Jallatte a rapatrié une partie de l’activité liée aux baskets de sécurité de la gamme J-Energy. L’entreprise fabrique depuis janvier dernier leurs semelles « anti-fatigue », assure l’assemblage final avec les tiges (les parties souples en cuir) provenant de Tunisie et le contrôle qualité.

Retour des brevets

Inspirée de l’univers du running, cette collection compte dix-huit modèles dotés d’une semelle conçue pour « restituer plus de 50 % de l’énergie accumulée pendant la marche ». Cette semelle en polyuréthane expansé, développée par le groupe chimique allemand BASF à l’origine pour Adidas, a été brevetée par la marque pour ses chaussures de sport. Jallatte l’a déclinée pour ses chaussures de sécurité et a déposé à son tour un brevet.

« La première collection J-Energy a été fabriquée en Tunisie. Le projet de réindustrialisation du site de Saint-Hippolyte a été lancé début 2018 et s’est concrétisé en décembre après un investissement de 150.000 euros. La production en France a démarré en janvier et nous avons déjà vendu quelque 80.000 paires. C’est une collection d’avenir. Engie, Orange, Renault ont déjà validé un modèle », explique Jean-Marie Calame, directeur général de Jallatte.

Quinze embauches à venir

Tout en conservant ses produits historiques, les bottes et rangers de sécurité sont utilisées par toutes les majors du BTP, l’entreprise gardoise voit dans cette relocalisation le moyen d’assurer sa pérennité.
« Cette nouvelle activité va permettre de sortir des périodes de chômage partiel et de remplacer les quinze départs à la retraite attendus dans les prochains mois en assurant un transfert de compétences. Deux personnes ont déjà été embauchées, cela ne s’était pas produit depuis quinze ans », se réjouit Jean-Marie Calame. Jallatte, qui a produit 200.000 paires en 2018 pour un chiffre d’affaires de 24 millions d’euros - contre 10 millions en 2014 avec 3 millions de pertes -, veut porter sa capacité à 300.000 paires cette année.

La société a surtout retrouvé l’équilibre avec un résultat net d’environ 2,5 millions d’euros et espère, grâce à l’innovation, regagner sa place de leader dans les trois à quatre ans. « En pensant en priorité clients et produits », explique le dirigeant, « nous renouons avec une spirale gagnante à la conquête de parts de marché ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Jean-Marie Calame, directeur général de Jallatte, travaille depuis mai 2014 à relancer la marque cévenole. Après la gamme J-Energy développée avec BASF pour la partie semelle, Jallatte va lancer deux nouvelles collections en 2019 et 2020, accompagnées chacune de 150.000 euros d’investissements. Crédit : DR.