À Toulouse, Hycco monte en pression sur l’hydrogène

L’hydrogène concentre tous les espoirs de décarbonation de la mobilité lourde. La start-up toulousaine Hycco se structure pour prendre part à cette vague verte. Elle prévoit en 2022 une chaîne de fabrication pilote, avant le passage à la série, d’un composant clé des piles à combustible. Un projet à 2 millions d’euros.

Avec un plan à 7 milliards d’euros, la France ambitionne de devenir un acteur mondial de l’hydrogène en 2030. Particulièrement ciblée, la mobilité lourde devra s’appuyer sur des piles à combustible de meilleure performance. C’est le domaine de compétence de la start-up toulousaine Hycco, qui a mis au point une innovation clé de plaques bipolaires en composite, applicables aux piles à combustible (PAC) avec membranes échangeuses de protons. Ces dernières constituent 75% des PAC du marché.

Hycco prévoit, dès 2022, le démarrage de sa première ligne de fabrication pilote à Toulouse, capable de produire près de 10.000 plaques par an. La start-up a réuni, pour ce projet, 2 millions d’euros en provenance de différentes sources de financement. Une levée de fonds de 500.000 euros est en cours de finalisation auprès de Wiseed, plateforme toulousaine de financement participatif. Lauréate de la cinquième vague du concours i-Nov financé par le PIA (Programme d’investissement d’avenir) et porté par l’Ademe, la start-up bénéficie également d’une aide de 568.000 euros. Enfin, la société d’investissement régionale Ocseed apporte une enveloppe complémentaire sous forme d’obligations convertibles.

Une deuxième levée de fonds de l’ordre de 2 à 4 millions d’euros en capital-risque est programmée en 2023 pour une mise à l’échelle des moyens de production. Elle permettra la mise en service d’une chaîne de fabrication en série, toujours à Toulouse.

Des avantages multiples

Composantes clés des piles à combustibles, les plaques bipolaires permettent de transporter les gaz et le courant électrique au milieu de la pile. Elles représentent 30% du coût de la pile et 70% de son poids. Or, les plaques couramment utilisées aujourd’hui, qui sont en métal, affichent seulement 5000 heures de durée de vie. Un chiffre loin des besoins des transports lourds tels les camions, bus, trains ou avions vers lesquels l’hydrogène est fléché en priorité.

« Nous avons réussi à faire sauter ce verrou technologique, grâce à des plaques en matériau composite qui atteignent une durée de vie de 20.000 heures. Un brevet a été déposé en 2020 », dévoile Romain Di Costanzo, président et cofondateur de Hycco, au côté de ses associés Ludovic Barbès et Alain Fontaine. Autres avantages, le poids des plaques en composite est divisé par deux par rapport au métal et la densité énergétique de la PAC est augmentée de 30%. Cette nouvelle technologie a valu à Hycco d’être sélectionné parmi les dix finalistes du prix Innovation Bercy-IMT 2020 et présent au dernier CES virtuel de Las Vegas en janvier.

Une fabrication stratégique en France

Incubée jusque-là à l’IMT Mines-Albi, la start-up de cinq salariés prendra ses quartiers à la pépinière de Montaudran à Toulouse, dès mars 2021, dans des locaux de 150 m2, qui abriteront sa première chaîne de production pilote. « Nous visons comme clients des fabricants de piles ou équipementiers de la mobilité qui préparent les prochaines générations de PAC. Or, pour ces acteurs, le design de la plaque bipolaire constitue un enjeu stratégique, car il garantit la performance de la pile. D’où l’importance pour eux de pouvoir s’appuyer sur un partenaire français de confiance sans avoir à diffuser leur savoir-faire en Asie par exemple », explique Romain Di Costanzo.

La localisation à Toulouse de la fabrication se justifie aussi par l’expertise de l’Occitanie en matière de composites grâce à son savoir-faire aéronautique. La montée en puissance d’Hycco devrait s’accélérer dès le lancement de la fabrication série, à partir de 2023. À cette date, la start-up table sur un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros pour franchir le cap des 15 millions d’euros en 2025 avec vingt-cinq salariés.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Sensibilisé au développement durable, Romain Di Costanzo, président de Hycco, a exercé comme ingénieur d’études dans un laboratoire d’océanographie de Vancouver avant de créer sa start-up à Toulouse autour de l’hydrogène. Crédit : Valentine Chapuis - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/A-Toulouse-Hycco-monte-en-pression-sur-l-hydrogene,30469