Aéronautique. Airbus annonce le plan social le plus lourd de son histoire

Après avoir réduit ses cadences de production de 30 %, Airbus est passé à la vitesse supérieure. Pour faire face à la crise sanitaire qui a mis à l’arrêt puis au ralenti le transport aérien, l’avionneur européen a annoncé ce mardi 30 juin la suppression de 15.000 postes dont 5000 en France.

Ils s’attendaient à des « décisions amères ». Guillaume Faury, le directeur général d’Airbus avaient préparé les salariés du groupe dans un courrier de quatre pages envoyé le 17 juin dernier. Le couperet est tombé ce mardi 30 juin. Treize ans après Power 8, l’avionneur européen vient d’annoncer un nouveau plan social, le plus lourd de son histoire.
C’est à l’issue d’un comité européen qu’Airbus a révélé les contours de son plan, tant redouté depuis plusieurs semaines. La réduction des postes d’ici l’été 2021 sera de 15.000 au niveau mondial et ventilée de la façon suivante : 4952 en France (dont 3488 dans la division Avions et 1464 dans la filiale Stelia Aerospace) , 5100 en Allemagne, 900 en Espagne, 1700 au Royaume-Uni et 1300 dans les autres sites Airbus dans le reste du monde. À ces chiffres s’ajoutent enfin 900 postes résultant d’un plan d’adaptation chez Premium Aerotec en Allemagne décidé avant la crise et qui est désormais intégré. Airbus compte actuellement 135.000 salariés dans le monde.

Pour Guillaume Faury, ce plan vise « à adapter ses effectifs mondiaux et à redimensionner son activité dans l’aviation commerciale en réponse à la crise du Covid-19 ». Ces nouvelles mesures contribueront à protéger l’avenir de la société », a assuré l’avionneur qui veut parvenir à un accord dans l’année. Du côté des syndicats c’est le choc, trois semaines après le lancement du plan de soutien de 15 milliards d’euros à la filière aéronautique. Pour Francoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC chez Airbus Group, la « situation est extrêmement violente » : « Au mois de mars encore, on recrutait et on cherchait des compétences. Nous allons avoir devant nous des semaines compliquées. Les dispositifs ne nous rassurent pas, on parle encore de mesures contraignantes qui pourraient être des départs non volontaires, ce qui ne s’est jamais vu dans le groupe. Nous aurons à mener une grosse bataille pour sauver des emplois, un combat dans toute la filière ».

Des négociations musclées en préparation

« C’est très lourd », estime de son côté Dominique Delbouis, coordinateur FO Airbus Group. « Il faut parvenir à baisser ce chiffre qui nous paraît excessif et mettre en place toutes les mesures imaginables pour ne pas avoir à déplorer le moindre licenciement contraint, c’est notre ligne rouge ».

Une autre piste pour Force ouvrière est l’implantation de la chaîne A321 à toulouse qui a été repoussée il y a quelques semaines par la direction d’Airbus. « L’A321 est le concurrent du Boeing 737 Max, de l’Airbus A320 classique et de l’A320. Si nous n’avons pas cet avion, Toulouse perdra à très court terme ses chaînes d’assemblage et ne sera plus que le lieu du siège d’Airbus. La capitale de l’aéronautique doit conserver des chaînes d’assemblage d’avions du futur. Cette revendication va compter car une chaîne c’est 600 nouveaux emplois créés à l’intérieur du groupe, plus les emplois de sous-traitance », explique Jean-François Knepper, délégué syndical central FO divison Airbus commercial. 

« La direction a le choix, prévient le syndicaliste, elle peut proposer un plan social qui se passera place du Capitole autour de barbecue et de palettes qui brûle ou elle peut choisir un plan social qui se discute autour de la table des négociations ». Jeudi matin, à l’issue d’un comité de groupe à Toulouse, la direction devrait dévoiler le détail des entreprises et des sites impactés. Mais déjà, Bercy juge le nombre de suppression de postes « excessif ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Jean-François Knepper, délégué syndical central FO divison Airbus commercial, estime que l’implantation de la chaîne A321 à Toulouse est une priorité pour l’avenir de la filière à Toulouse. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Réactions

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse : « A l’aube de ce mandat, je réitère le soutien total de la collectivité au monde de l’aéronautique : nos équipes mettront tous les moyens dont elles disposent en œuvre afin d’atténuer les effets de ce plan sur l’emploi des Toulousains. (…) Nous nous battrons pour que ce secteur industriel majeur pour Toulouse, pour la France et pour l’Europe retrouve ses succès d’avant la crise. »

Georges Méric, président du Conseil départemental 31 : « Le plan de 15 milliards d’euros annoncé le 9 juin par le ministre de l’Economie pour relancer l’industrie aéronautique avait pour objectif de garantir la pérennité et la compétitivité de nos entreprises et de sauver les emplois pour éviter une hausse massive du chômage. Je regrette fortement et je m’interroge sur cette décision qui va mettre en cause fortement la dynamique de notre territoire »

Carole Delga, présidente du Conseil régional Occitanie : « Je suis et resterai attentive à la situation de la filière aéronautique qui représente 40% de l’emploi industriel en région (…) Nous devons les aider à tenir le choc des prochains mois à venir mais aussi envisager avec eux et dans les plus brefs délais les conditions de la reprise et de la relance pour développer une stratégie industrielle audacieuse autour de l’avion vert. »

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Source : https://www.touleco.fr/Aeronautique-Airbus-annonce-le-plan-social-le-plus-lourd-de-son,29147