Industrie. « On ira jusqu’au bout » : Les salariés de la Sam déterminés à sauver leur usine

Ce jeudi 11 mars, les salariés de la Sam ont haussé le ton pour protester contre l’offre de reprise de l’Espagnol CIE Automotive, qui prévoit de se séparer de 214 personnes, sur les 357 que compte cette fonderie installée près de Decazeville.

Des pétards, des fumigènes, des klaxons. Les salariés de Sam, société aveyronnaise de métallurgie installée à Viviez, dans le bassin industriel de l’Aveyron, ne sont pas venus les mains vides. En bus ou en voiture, ils se sont donné rendez-vous ce jeudi 11 mars sur l’esplanade devant le musée Soulages, à Rodez, pour faire entendre leur colère. Car pour ces salariés, la pilule ne passe pas du tout.

Ils protestent contre CIE Automotive, unique candidat à la reprise de cette société appartenant depuis 2017 au groupe chinois Jinjiang et placée en redressement judiciaire depuis plus d’un an. Ce lundi, le groupe espagnol a fait savoir que son offre, déposée au tribunal de commerce de Toulouse, était assortie de la suppression de 60% des effectifs. La douche froide pour les 357 salariés qui, dans la foulée, ont voté une grève illimitée pour bloquer ce site industriel en périphérie de Decazeville.

« Je suis dégouté, en colère et énervé », s’emporte Thierry. « J’ai passé 33 ans de ma vie dans cette usine. J’ai mal au dos, je suis à moitié sourd. On a tous aidé notre principal client Renault à fabriquer des pièces pour ses moteurs diesel, hybrides et électriques en quelques mois au lieu des deux ou trois ans nécessaires. Et on nous jette comme des merdes. » « De chez moi, je traverse la rue et je suis à l’usine », ironise avec amertume Véronique, 55 ans, faisant référence aux propos tenus par Emmanuel Macron. « Je suis née à Decazeville et je n’ai pas envie d’aller à Marseille ou à Paris. » Cette mère célibataire de deux enfants, qui gagne 1460 euros net, indique : « On ira jusqu’au bout. On ne se laissera pas faire. On nous regarde comme des larbins. On est des humains. »

« C’est une avancée »

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Parmi les manifestants, des salariés de l’usine Bosch, d’Onet-le-Château, qui ont appris en fin de semaine dernière que 750 emplois seraient supprimés chez eux aussi. Françoise, retraitée de l’éducation nationale, a également fait le déplacement « par solidarité ». « Le bassin est une catastrophe. Je me souviens, en 1975, lorsque je m’y suis installée, de la gare de Decazeville et du bruit des wagons sur les rails qui livraient les usines. Puis, le dynamisme s’est éteint progressivement. Je plains les jeunes et les familles. Mais il faut se battre, ne pas lâcher le morceau. »

Au même moment, à la salle des fêtes de la capitale aveyronnaise, se tenait une table ronde réunissant les représentants du personnels de la Sam, des élus locaux, un émissaire de Renault, la préfète de l’Aveyron et le chef de cabinet de la ministre déléguée chargée de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher.

« Nous avons obtenu un accord de principe qui prévoit la hausse de 10% du chiffre d’affaires », se félicite Ghislaine Gistau, déléguée syndicale et secrétaire CGT. « C’est une avancée et une première étape. Ce qui permet de sauver une cinquantaine de postes. Mais ce n’est pas suffisant. » De son côté, Valérie Michel-Moreaux, la préfète de l’Aveyron, estime que cette « offre n’est pas entièrement satisfaisante pour le territoire. Certains aspects doivent être travaillés pour être améliorer. » Tels que la quantité de pièces à produire et la diversification de l’activité.
Désormais, « il reste aux administrateurs judiciaires à lever quinze conditions suspensives de l’offre pour qu’elle soit recevable », avant de rendre leur décision, conclut Valérie Michel-Moreaux.
Audrey Sommazi

Sur les photos : Plusieurs centaines de salariés de la Sam, société aveyronnaise de métallurgie, installée à Viviez (Aveyron), se sont donnés rendez-vous ce jeudi 11 mars dans la matinée sur l’esplanade près du musée Soulages à Rodez, pour protester contre l’offre de reprise de CIE Automotive qui prévoit de séparer de 214 salariés sur un effectif total de 365. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Automobile-On-ira-jusqu-au-bout-les-salaries-de-la-Sam,30753