Aux Chalets, le dialogue entre Popafood et les riverains tourne au vinaigre

Popafood a ouvert ses portes en avril aux Chalets à Toulouse. La société loue des cuisines pour des « restaurants sans salle, ni service » qui suscitent l’ire d’une partie des riverains. Deux visions de l’avenir s’opposent.

Ils ne semblent pas prêts à faire un gueuleton ensemble. Entre l’association de quartier Chalets-Roquelaine Toulouse et l’équipe de Popafood, situé au 32 bis, avenue Honoré Serres, la tension n’est pas retombée. L’ancien kebab de 380 mètres carrés accueille depuis le 18 avril six "dark kitchen" [1], des cuisines vouées à la confection de petits plats à emporter et à livrer. Les riverains s’opposent au projet depuis un an. Ils redoutent « des nuisances sonores et olfactives » multiples (afflux trop important de scooters, stationnement anarchique sur les trottoirs, poubelles en surnombre, etc.).

Ils ont donc lancé une pétition qui a réuni environ 700 signataires et ont exprimé leurs craintes auprès de la Mairie de Toulouse. Jean-Luc Moudenc a répondu l’été dernier, par courrier, au collectif d’habitants en rappelant qu’il ne pouvait « pas s’opposer » à un projet qui, selon lui, « respectait le code de l’urbanisme » mais qu’il veillerait au respect « des réglementations en vigueur [...] pour assurer à l’ensemble des riverains du quartier un cadre de vie agréable ».

C’est justement au nom de « la sauvegarde du cadre de vie et du lien-social » que l’association de quartier dit se battre. Ils craignent par exemple que l’arrivée de plus de livreurs motorisés n’aggrave encore « la pollution atmosphérique » dans un secteur où la « circulation est déjà dense ». Aujourd’hui, aprés l’ouverture, ils veulent se mobiliser de plus belle.

Éric Descargues, le cofondateur de Popafood, répond aux accusations. Sur le volet pollution, il estime que « les livreurs à vélos sont aujourd’hui plus nombreux que ceux à scooters ». Des scooters qui seraient par ailleurs « de plus en plus électriques ». Il liste aussi les installations pour éviter les nuisances comme « des hottes pour limiter les odeurs » ou « des système spéciaux anti-bruit ». Il juge néanmoins que les riverains doivent comprendre : « Nous ne sommes pas à la campagne. Nous sommes dans une zone de trafic dense où il y a, par nature, du bruit. »

Opposition sur l’avenir du quartier des Chalets

Plus globalement, il défend « la liberté d’entreprendre ». « On nous reproche des choses qui ne sont pas arrivées encore. Nous ne sommes pas des amateurs. Nous suivons les règles. Nous nous sommes appuyés sur le travail de bureaux d’études. Et je voudrais surtout que l’on se concentre sur le fait que c’est un projet qui va faire travailler une vingtaine de personnes. En France, on ne soutient pas assez la prise de risque » [2], s’agace l’entrepreneur, qui dénonce une « méconnaissance de l’évolution de l’économie ». Pour lui, entre les opposants, majoritairement retraités, et lui, « il y a un choc de génération ».

L’association de quartier réfute cette étiquette de « déconnectée » que leur accole l’entrepreneur quadragénaire. « Pendant la pandémie, il était sans cesse question du monde d’après, où l’on consommerait mieux, plus local, où il y aurait davantage de solidarité, où l’on prendrait davantage garde à la préservation de la planète. Les dark kitchens, ces ateliers de fabrication qui utilisent des plateformes peu sociales comme Deliveroo, ne vont pas du tout dans ce sens », déplore Marie-Laure Ichanjou, présidente de l’association Chalets-Roquelaine Toulouse. « Nous sommes surtout un point de vente à emporter. On ne fait pas que faire passer des paquets par des hublots. Nous sommes un commerce. Nous voulons aussi faire vivre le quartier », considère Éric Descargues.

Il se dit « lassé » de cette bataille avec le collectif toulousain. Il dit qu’il a même envisagé d’inviter les opposants à venir déguster les plats mitonnés à Popafood lors de la prochaine fête des voisins. Pas sûr que cela suffise à enterrer la hache de guerre. L’association Chalets-Roquelaine Toulouse planche avec un avocat sur la meilleure façon d’attaquer l’entreprise en justice.
Matthias Hardoy

Sur la photo : L’association de quartier Chalets-Roquelaine Toulouse devant Popafood. L’espace « de dark kitchens » qui a ouvert en avril suscite l’opposition de ces riverains. L’association est présidée par Marie-Laure Ichanjou (à gauche). Crédit : M.H.

Notes

[1Popafood peut en louer jusqu’à douze et en vise neuf à la fin de l’année. À terme, il pourrait y être produit 600 à 900 repas par jour.

[2Popafood nous indiquait en juillet dernier investir « quasiment 2 millions d’euros dans ce projet », espérant se rémunérer « en prélevant 2 % sur le chiffre d’affaires des locataires et 8 % sur la vente à emporter ».

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Source : https://www.touleco.fr/Aux-Chalets-le-dialogue-entre-Popafood-et-les-riverains-tourne,34144