Corinne d’Agrain : « Le private equity ne doit pas être à l’écart de la réflexion sur l’avenir de l’économie »

article diffusé le 14 juin 2020

Pendant le confinement, le fond Irdi Soridec Gestion a réalisé des investissements dans plusieurs sociétés régionales, estimant que la mesure du risque ne remettait pas en cause la confiance dans ces projets. Pour la Toulousaine Corinne d’Agrain, présidente de la structure, le private equity doit maintenant participer à la stratégie sur l’avenir économique régional.

Corinne d’Agrain, qu’a fait Irdi Soridec Gestion pendant le confinement ?
Dans un contexte dans un premier temps de stupeur généralisée, nous avons pris la décision d’être davantage au support des entreprises de notre portefeuille (190), en accélérant le contact régulier avec les dirigeants, en les sensibilisant aux enjeux clefs comme le monitoring du cash et en les conseillant sur les aides de l’État et de la Région. Au niveau des investissements, pas question de suspendre notre activité. Le fonds a finalisé les investissements dans les sociétés AB7 pour le développement de la division santé animale, Phost’In Therapeutics pour le lancement des tests cliniques de sa molécule anticancéreuse, Toopi Organics, spécialisé dans la transformation de l’urine humaine en biofertilisant, pour le financement de sa première unité de production en Sud Gironde, ainsi que dans le Groupe Générale du Solaire, producteur indépendant d’énergie solaire, pour accélérer son développement, notamment à l’international.

Aucun projet n’a été abandonné ?
Tout est question de qualification du risque et de vérification du caractère bien calibré de notre accompagnement, eu égard aux nouvelles circonstances. Nous n’avons abandonné aucun de nos projets d’investissement. D’autres en revanche ont été suspendus à la demande des dirigeants, notamment dans des cas de projets de croissance externe qui ont été retardés.

Envisagez-vous une réorientation de vos investissements vers l’environnement et la santé ?
Il y a cinq ans déjà, nous avions décidé que l’Irdi devait être le plus fort possible sur les grandes filières régionales, c’est-à-dire l’aéronautique, l’agroalimentaire, la santé, le tourisme, les énergies renouvelables et les entreprises du numérique. Nous restons donc sur cette ligne, mais maintenant il faut comprendre comment ces filières vont évoluer, et il est crucial que le private equity ne soit pas mis à l’écart de cette réflexion. Comme les acteurs de l’écosystème aéronautique mobilisés aux côtés de la présidente de Région Carole Delga, nous participons, dans le cadre du plan Ader, au diagnostic et à la définition des outils qui permettront la relance . Nous allons établir un mapping très précis, filière par filière et nous comptons pour cela sur nos partenaires industriels (Airbus, EDF, In Vivo , Pierre Fabre, Total, etc.). Nous allons également amplifier notre rôle de trait d’union entre les entreprises matures et les sociétés innovantes, dans le digital notamment, tout en portant des valeurs de RSE fortes et ciblées également par filière. C’est un travail que menons actuellement avec Ecocert.

La relance de l’économie doit-elle passer par la relocalisation ?
La relocalisation pour la relocalisation n’a pas de sens, il faut que ce soit viable économiquement. C’est un sujet de politique industrielle très complexe, qui ne doit pas rester un vœu pieux. Mais ce qui est sûr, c’est que notre région dispose d’atouts indéniables pour accueillir des actions de relocalisation si l’opportunité se présente, avec une forte politique R&D, des acteurs économiques engagés et des laboratoires de qualité.

Que pensez-vous du plan aéronautique présenté par Bruno Le Maire ?
Je pense que c’est un plan ambitieux qui répond à la mesure des enjeux cruciaux pour notre région.
Plus globalement, avec cette crise, on assiste à une dynamique remarquable de mobilisation des acteurs publics. État, Région et Métropole sont à l’écoute et agissent en concertation avec les entreprises et leurs représentants.
Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Corinne d’Agrain, présidente d’Irdi Soridec Gestion. Crédits : Irdi.

350 millions d’euros sous gestion

Basée à Toulouse, Montpellier et Bordeaux, la société Irdi Soridec Gestion accompagne en capital les entreprises basées dans le grand quart sud -ouest (Occitanie et Nouvelle Aquitaine) à tous les stades de leur développement (Amorçage, Capital Risque, Capital développement / Transmission). Avec 350 millions d’euros sous gestion, Irdi Soridec Gestion a la capacité de suivre des investissements de 300.000 euros jusqu’à 12 millions d’euros.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Corinne-d-Agrain-Le-private-equity-ne-doit-pas-etre-a-l-ecart-de,29017