Cybersécurité : « les hackers sont des mafias, ou des États »

Avec la digitalisation des transports et de l’industrie, la cybersécurité est devenu un enjeu majeur pour l’économie française. Christian Forestier, CEO de la société toulousaine Apsys, parle même de « guerre économique ». Entretien.

Christian Forestier, votre société Apsys, filiale d’Airbus, est spécialisée dans la cybersécurité dans les transports (avions, trains, etc.) et les usines. En quoi la transformation numérique est-elle un enjeu pour vous ?
Il est évident que la cybersécurité est un enjeu croissant, car nous allons vers de plus en plus de risques, dans plusieurs domaines. La digitalisation est rampante à travers toutes les couches de la société, notamment dans les transports où l’on annonce une révolution : le véhicule autonome. Qu’il s’agisse d’un avion, d’un train ou d’une voiture, les systèmes auront de moins en moins besoin de pilotes, et donc par définition, seront très communicants. Ils vont échanger des informations sur leur environnement avec des systèmes sols ou des infrastructures, pour prendre des décisions. Or, c’est logique : dès qu’un système communique, il est exposé aux actes de malveillance. Cette transformation va prendre encore vingt à vingt-cinq ans, le temps de régler les problématiques de certification et d’acceptation sociétale, mais à terme, la nécessité de protection sera accrue. Côté industrie c’est pareil, la fameuse « industrie 4 .0 » est hyper exposée aux cyber-attaques.
 
Pourquoi prônez-vous une structuration de la filière française de la cybersécurité ?
Aujourd’hui, avoir une filière a minima française -voire européenne- est obligatoire car il s’agit de protéger l’économie française. On ne parle plus de hackers isolées, de petits jeunes dans leurs chambre. On parle de mafias ou d’États, dans une logique de guerre économique. La structuration de la filière est donc absolument nécessaire. En cybersécurité il y a trois domaines : le matériel à mettre en place pour protéger ce qui est hackable (des systèmes de filtration, des antivirus, des pare-feu), la partie détection-intervention (des sociétés qui analysent ce qui transite en temps réel sur les réseaux d’information et préviennent les clients en cas de messages atypiques), et enfin une partie analyse de risque, stratégie et conseil en gouvernance, sur laquelle Apsys se place comme leader.
Il faut un écosystème entretenu, avec des start-up innovantes et financées, et puis des grands groupes capables d’avoir une visibilité internationale et en position de gérer des clients mondiaux comme Airbus.

Est-il vrai que les hackers ont toujours un temps d’avance ?
Sur la protection des avions, qui est notre cœur de métier (Airbus Aircraf, Airbus Helicopters et Airbus Defense & Space sont les principaux clients de Apsys, NDLR), nous ne sommes pas en retard, et on a même un coup d’avance. Nos systèmes sont robustes. Un hacker n’a jamais pris le contrôle d’un avion en vol. Seul un Américain avais revendiqué être arrivé à le faire, en introduisant des consignes de pilotage pendant le vol, et il s’est fait arrêté par le FBI. Il y a beaucoup de tentatives mais ça n’arrive pas. Néanmoins, rien n’est gagné car à l’avenir il y aura une multiplicité d’ouvertures, de failles. Par exemple à l’heure actuelle, on recharge nos téléphones pendant le vol via un port USB. Il ne s’agit que de charge, ce n’est pas grave. Mais à l’avenir, on connectera notre téléphone à l’avion pour regarder sur l’écran de l’avion les films qui sont sur notre téléphone : il y aura donc de plus en plus d’échanges, de portes ouvertes, ce qui est contraire à la sécurité.
Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Christian Forestier, CEO d’Apsys. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.

P.S. :

Apsys, basée à Blagnac, est la première spin-off de l’Aérospatiale, créé en 1985 et dédiés à des services de cybersécurité (solutions de conseil visant à fiabiliser et sécuriser la chaîne de valeur). Airbus Aircraft, Airbus Hélicoptères et Airbus D&S (lanceurs et satellites) représentent 75% du portefeuille de l’entreprise, également présente sur le secteur du ferroviaire, de l’automobile, du naval et des sites Seveso. Cette année, Apsys va embaucher 200 personnes, spécialisées dans la fiabilité, la sécurité des produits, des systèmes et des green technologies sur ses sites en France et à l’international. En 2019, son chiffre d’affaires est estimé à 65 millions d’euros.
Apsys et Siemens Digital Industries annoncent par ailleurs des négociations en vue de conclure un contrat de partenariat. Celui-ci aura pour objet la mise en commun de leurs compétences respectives en cybersécurité pour adresser les besoins particuliers des opérateurs de sites sensibles industriels.

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Source : https://www.touleco.fr/Cybersecurite-les-hackers-sont-des-mafias-ou-des-Etats,28139