Emploi. Guillaume Faury, patron d’Airbus, prépare ses salariés à de nouvelles mesures

Réduction de l’activité, chômage partiel, congés imposés en mai... En pleine crise du Covid-19, le président d’Airbus, dans une lettre aux salariés, laisse présager de nouvelles mesures de réduction des coûts. Les syndicats livrent des analyses différentes sur cette communication.

Coup de tonnerre dans le ciel déjà sombre du secteur aéronautique, après la publication par Airbus d’une évaluation pessimiste de l’impact de la crise du coronavirus sur ses activités. Pourtant, il y a encore quelques mois, l’avionneur réfléchissait aux moyens d’accroître ses cadences de production afin de faire face à une demande soutenue pour ses divers appareils, A320 en tête.
Puis, la crise liée au Covid-19 est passée par là et la question de la survie de l’entreprise se pose. C’est ce qu’indique le président du groupe Guillaume Faury dans une lettre (la troisième depuis le début de la pandémie) adressée vendredi 24 avril à tous les salariés. « La survie d’Airbus est en jeu si nous n’agissons pas maintenant », écrit-il.

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Alors que le trafic aérien est au point mort, ou presque, et que quasiment plus aucune compagnie ne souhaite recevoir de nouveaux appareils, Airbus accuse une baisse de 30 % de production sur la partie aviation commerciale. Avec des répercussions immédiates sur les revenus de l’entreprise.
L’avionneur européen enregistre « un déséquilibre important et immédiat entre les rentrées et sorties d’argent », précise Guillaume Faury. « Notre trésorerie diminue à une vitesse sans précédent, ce qui peut menacer l’existence même de notre entreprise. C’est pourquoi nous avons agi rapidement pour obtenir des lignes de crédit supplémentaires à hauteur de 15 milliards d’euros ».

Si la société a jusqu’à présent limité les décisions sur l’emploi avec des mesures telles que l’obligation pour le personnel de prendre des vacances prolongées jusqu’à la mi-mai et à la mise en place du chômage partiel, elle pourrait clairement aller plus loin. « Il se peut que nous devions prévoir des mesures supplémentaires », prévient Guillaume Faury, sans donner davantage de précisons.

« Il n’y a pas péril en la demeure », selon la CGT

« Si on reste objectif, il n’y a pas péril en la demeure », relativise pour sa part Michel Moselin, coordinateur CGT. « Airbus dispose d’un carnet de commandes rempli pour les dix prochaines années. Mais, à court et moyen terme, la trésorerie va être impactée pour alimenter la sous-traitance. » Pour le syndicat, cette missive envoyée aux salariés est une « stratégie de communication » exercée « directement sur les salariés pour faire pression ». « Depuis le début de la crise, Airbus se réfugie derrière eux sans rien débourser, en imposant les RTT et les congés payés. Airbus peut leur en demander davantage ».

La CFTC livre un autre point de vue. Pour cette organisation syndicale, ce courrier « a le mérite de dire les choses franchement et de clarifier la situation ». Le syndicat y voit aussi un autre intérêt : il permet à la direction d’afficher « sa priorité ». « Elle est de protéger les clients, la supply-chain et les salariés », note Olivier Esteban, son président. « On va probablement réinternaliser du travail fait jusque-là par les sous-traitants, réduire le volume des intérimaires et arrêter certains projets ». Autant de pistes avancées qui ne sont pas confirmées. « Rien n’est dit, il s’agit de rumeurs », affirme Olivier Esteban. « Mais chez Airbus », poursuit-il, « nous disposons d’un atout dans notre poche : il y a un dialogue social hors norme entre la direction et les salariés. Nous allons vérifier, si en temps de crise, cet atout est toujours valable. »
Audrey Sommazi

Sur la photo : Des employés d’Airbus travaillent sur une ligne d’assemblage. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Guillaume-Faury-patron-d-Airbus-prepare-ses-employes-a-des,28656