La folle campagne des municipales à Montpellier

Jusqu’où ira la campagne des municipales à Montpellier, déjà totalement folle ? Distancé au 1er tour par le maire sortant, Philippe Saurel (DVG, 19,1 %), et le candidat PS Michaël Delafosse (16,6 %), l’homme d’affaires franco-syrien Mohed Altrad, 1er fortune d’Occitanie, se rallie à trois recalés, pourtant très loin de lui politiquement : Alenka Doulain (collectif NousSommes, LFI), Clothilde Ollier (dissidente EELV) et Rémi Gaillard, humoriste du Net et défenseur de la cause animale. Analyse et perspectives.

C’est une alliance improbable qui se lance à l’assaut de l’Hôtel de Ville de Montpellier, mais qui change la donne. Mohed Altrad (SE), qui avait obtenu 13,3 % des voix au premier tour des municipales, le 15 mars, dépose une liste d’union en vue du second tour, avec trois têtes de liste du 1er tour, recalés : Alenka Doulain (collectif NousSommes, LFI, 9,2 %, 2e sur la liste Altrad), Clothilde Ollier (dissidente EELV, 7,2 %, 4e sur la liste Altrad) et Rémi Gaillard, humoriste du Net et défenseur de la cause animale (9,6 %), non présent sur la liste mais apportant un soutien de principe. Les trois nouveaux colistiers d’Altrad avaient attiré 26 % des voix à eux trois. Animés par une logique "Anti-Saurel", et pour peser dans les négociations auprès d’Altrad et Delafosse, ils ont fait le choix de s’allier. Le trublion Rémi Gaillard (déguisé en… clown sur sa profession de foi et sur ses affiches de campagne) a joué l’intermédiaire.

Entre Altrad et ses trois prises de guerre, les profils sont très différents, et les sensibilités politiques hétéroclites. Voire contradictoires, entre Mohed Altrad dont le groupe éponyme, devenu mondial (42.000 salariés), intervient dans la maintenance de plateformes pétrolières, de centrales nucléaires ou d’installations minières, l’écologiste Clothilde Ollier et l’anticapitaliste Alenka Doulain. « C’est l’alliance de la carpe et du lapin », persifle-t-on chez les adversaires du président du MHR (rugby, Top 14). La liste constituée par Mohed Altrad est « pour le moins inattendue. Je n’y aurais pas cru moi-même il y a six mois », concède d’ailleurs Clothilde Ollier, lors d’une conférence de presse avec Altrad et Doulain (Rémi Gaillard était « excusé »), le 3 juin.

EELV divisé au 1er et au 2e tour

Mathématiquement, cet attelage inédit tiré par Altrad pèse près de 40 % des voix. Suffisant pour remporter la mairie, dans le cadre d’une triangulaire. Philippe Saurel, fidèle à sa ligne de conduite, résolument indépendante, maintient sa liste du premier tour, sans alliance. Il avait fait de même en 2014, lors sa campagne victorieuse. Le candidat du PS, Michaël Delafosse (16,6 %), soutenu par la présidente de Région Carole Delga, s’est quant à lui allié avec Coralie Mantion, la candidate EELV (7,4 % au premier tour). Approché par le trio Doulain-Ollier-Gaillard, les négociations n’ont pas abouti. Et pour cause : Clothilde Ollier et Coralie Mantion entretiennent des relations exécrables. Ollier s’est vue retirer l’investiture EELV en janvier par le bureau national, après qu’elle a décidé l’exclusion du directeur de campagne Manu Reynaud, pilier de l’écologie montpelliéraine. Après la désignation de Coralie Mantion pour lui succéder, Ollier a maintenu une candidature dissidente, précipitant le mouvement écologiste dans la division, alors que tous les sondages, entre septembre et décembre, plaçaient EELV vainqueur au 2e tour à Montpellier. Conséquence : les divisions du 1er tour se prolongent au 2e tour, Mantion rejoignant Delafosse, et Ollier rejoignant Altrad.

Les électeurs suivront-ils la liste Altrad ?

Reste à savoir si les électeurs, déjà déboussolés par un contexte hors norme (quatorze semaines entre les deux tours), vont s’y retrouver. Pour Muriel Ressiguier, députée LFI de la 2e circonscription de l’Hérault (qui couvre une partie de Montpellier), son ancienne alliée Clothilde Ollier a « trahi politiquement. Il s’agit de quelqu’un qui n’a pas de réelle conviction et qui s’est vendue pour des places à Altrad, dont le programme n’est pas encore défini », assène-t-elle. « Je cherche à unir tous les Montpelliérains. Avec Alenka Doulain, Clothilde Ollier, Rémi Gaillard et moi-même, on couvre toutes les sensibilités de Montpellier et de sa métropole », réplique Mohed Altrad. Il entend mettre en place un « management collégial interactif » (sic), inspiré de l’organisation interne de son groupe, pour tenter de garantir une harmonie à bord, en cas de victoire. « La gouvernance a toujours été assumée par une seule personne à Montpellier » , déplore-t-il, faisant allusion, sans les citer, à Georges Frêche et, actuellement, Philippe Saurel. « J’ai toujours été contre cette façon de faire. Je ne crois pas à la personne providentielle, qui sait tout, qui serait compétente dans tous les domaines. »

Écologie, mobilité, santé, économie et stade de foot

Il promet, sans préciser les actions prévues, « 100 millions d’euros pour l’écologie ». Parmi ses autres priorités, la lutte contre le chômage (« Il y a 35.000 chômeurs à Montpellier, il devrait y en avoir 10.000 de plus à la rentrée ») et la précarité, le développement économique, la sécurité, la propreté et le secteur de la santé, « avec un programme ambitieux pour l’hôpital et les Ehpad », là aussi encore non défini.

Michaël Delafosse porte de son côté le projet Med Vallée, consistant à créer, au nord de Montpellier, un pôle européen « majeur en matière de santé, d’environnement, d’alimentation et de bien-être ». Il entend solliciter, en cas d’élection, le ministre de la Santé « pour obtenir, avec l’appui des parlementaires du territoire, les crédits nécessaires à la modernisation du CHU et à l’amélioration des conditions de travail pour ses équipes ». Sa proposition (toujours d’actualité) de rendre gratuits les transports en commun, sans hausse d’impôts, a suscité les critiques de la part de l’équipe de Saurel, qui estime qu’elle n’est pas finançable. De son côté, Philippe Saurel mène une campagne indirecte, sur le front du Covid-19, en distribuant des masques dans les quartiers gitans (cité Gély, Montaubérou) ou des médailles dans les maisons de retraite, et en présentant des plans d’aides aux entreprises de la métropole.

Grand enjeu du prochain mandat, le projet de construction d’un nouveau stade de football recueille deux avis clairs (localisation dans la Zac Cambacérès pour Saurel, et le long de la route de la mer à Pérols pour Delafosse), Altrad restant flou sur le sujet.

Trois blocs autour de 30 % ?

« Sur le fond, Delafosse, proche de la présidente de Région Carole Delga, conseiller départemental et chef de l’opposition à Philippe Saurel depuis six ans, est le candidat le plus solide » , analyse un observateur politique local. « Il prépare cette élection depuis plus de deux ans, et entretient de nombreux réseaux. Mais on sent que tout peut se jouer à un fil. Le maire sortant est certes en-dessous des 20 % au premier tour, mais l’abstention a été très élevée (65,4 %). La crainte de l’épidémie recule à présent. La participation sera plus importante au 2e tour. Cela peut lui être favorable, après deux mois de confinement où il a pu se mettre en avant, y compris au niveau national, face au Covid-19. Quant à Altrad, sa liste est tellement inédite qu’on ne peut pas du tout savoir comment elle sera perçue par ses électeurs et ceux d’Ollier, de Doulain et de Gaillard. Le premier sondage sera éclairant sur le rapport de forces. Il n’est pas exclu de se retrouver avec trois blocs Delafosse/Saurel/Altrad autour de 30 %. »

La droite montpelliéraine rayée de la carte

Une seule certitude pour ce 2e tour de tous les possibles : avec trois listes classées à gauche (DVG pour Saurel, PS/EELV pour Delafosse et LFI-dissidence EELV intégrés à Altrad), le centre et la droite disparaissent du paysage politique montpelliérain. Alex Larue (LR, 3,8 %) a annoncé son retrait de la vie politique dès le 16 mars, et le député Patrick Vignal (LREM, 6,1 %) n’a pas donné de consigne de vote pour le 2e tour. En 2014, le candidat de la droite et du centre Jacques Domergue avait recueilli 22,7 % au 1er tour, et 25,8 % au 2e. Il figure aujourd’hui sur la liste de… Philippe Saurel.
Hubert Vialatte

Sur la photo : Mohed Altrad, Michaël Delafosse et Philippe Saurel vont s’affronter pour le 2eme tour des municipales à Montpellier. Crédits : DR et A. Hampartzoumian.

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Source : https://www.touleco.fr/La-folle-campagne-des-municipales-a-Montpellier,28972