Laure Mulin, CRCC de Toulouse : « Il faut être vigilant à la capacité des entreprises à reprendre leurs activités »

Depuis l’automne 2020, Laure Mulin est présidente de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Toulouse. Elle revient sur les évolutions de la profession qu’elle représente face à la crise économique.

Laure Mulin, la crise semble avoir eu moins de conséquences négatives sur les entreprises que ce que l’on pouvait craindre. Partagez-vous cette analyse ?
Tant que nous n’avions pas les résultats, les comptabilités ; les dirigeants d’entreprises et nous tous, autant que nous sommes, nous étions inquiets et incertains. Mais si on regarde les chiffres au 31 décembre 2020, la photographie n’est effectivement pas si alarmante. Les sociétés ont perdu de l’activité, mais finalement les trésoreries n’ont pas été mises à mal, car elles ont pu bénéficier des aides nombreuses de l’État. Sur 2021, la situation évolue, il y a une reprise de l’activité et une dégressivité des différents dispositifs de soutien. Il faut donc désormais être particulièrement vigilant à la capacité des entreprises à reprendre leurs activités, à être rentable, à générer de la trésorerie, voire à rembourser les différents prêts obtenus. De façon générale, le moral des entrepreneurs est assez positif actuellement. Toutefois, les commissaires aux comptes auraient tendance à dire qu’il faut rester vigilant !

En quoi la crise a-t-elle modifié le travail des commissaires aux comptes ?
Les commissaires aux comptes interviennent dans les entreprises dans le cadre de leur mission légale de certification des comptes et ils ont toujours eu un volet de leur mission consistant à s’assurer de la capacité de l’entreprise à poursuivre son activité. Si elle est sérieusement compromise, ils doivent lancer ce qu’on appelle une procédure d’alerte. Il y a eu un travail très important de la part des commissaires aux comptes sur toute l’année 2021 afin que la phase qui précède cette procédure soit allongée. Ils ont beaucoup plus dialogué avec les dirigeants d’entreprise. Dès le premier confinement, ils ont été en contact téléphonique pour voir comment évoluaient leurs situations, les mesures qu’ils avaient prises vis-à-vis du chômage partiel ou en termes de report de charges. L’objectif était d’anticiper toutes les difficultés pour éviter d’arriver à la procédure d’alerte qui demande à ce qu’on mobilise les organes de gouvernance comme les conseils d’administrations.

Pourquoi avoir voulu présider la CRCC de Toulouse ?
Dans le cadre de mes fonctions professionnelles, j’ai été amenée à être impliquée depuis de nombreuses années dans les commissions techniques de nos instances représentatives. Je voulais poursuivre cet engagement en tant que présidente pour pouvoir défendre la profession et la promouvoir auprès des différents interlocuteurs économiques et politiques. Je n’avais pas anticipé mon arrivée à la tête de la CRCC Occitanie dans cette période si particulière de crise. Mais le fait de devoir faire savoir que les commissaires aux comptes peuvent contribuer favorablement à la sortie de crise actuelle et à la relance donne une importance à la fonction.

Quelles sont les actions actuelles de votre organisation ?
Nous sommes partenaires et signataires du plan d’action gouvernementale pour la sortie de crise. Dans ce cadre-là, nous serons impliqués dans les comités départementaux de sortie de crise où une assemblée d’interlocuteurs locaux va œuvrer pour prévenir les difficultés des entreprises. Cette instance est en train de se mettre en place. Elle sera dirigée par le préfet. Il y aura aussi notamment les experts-comptables, la Banque de France, etc. Une de nos suggestions déjà retenues consiste à proposer un entretien gratuit, un diagnostic de la situation financière des entreprises. Et proposer, s’il y a eu lieu, une mission contractuelle nommée Prévention et relation de confiance. Elle sera destinée aux entreprises qui n’ont pas déjà des commissaires aux comptes et qui ont besoin de s’inscrire dans la relance en sollicitant notamment des subventions ou des financements auprès de tiers extérieurs. Nous pouvons ainsi participer à rendre la croissance plus robuste.

Le métier de commissaire aux comptes attire-t-il les jeunes ?
Depuis quelques années, nous avons des difficultés de recrutement. Il nous faut être plus attractif. C’est un métier qui s’ouvre à de nouveaux champs de compétences, sur la cybersécurité, l’environnemental ou le social [1]. Nous ne sommes pas seulement la profession du chiffre. Nous sommes au carrefour du droit et de l’économie. À travers cet élargissement, nous pouvons attirer les jeunes. Nous avons une campagne de communication en ligne dans ce sens depuis début 2021.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Laure Mulin, présidente de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Toulouse. Crédit : CRCC de Toulouse.

Notes

[1Sur la dimension légale et organisationnelle que ces domaines impliquent.

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Source : https://www.touleco.fr/Laure-Mulin-CRCC-de-Toulouse-Il-faut-etre-vigilant-a-la-capacite,31677