Toulouse. Agronutris lève 100 millions d’euros et s’implante dans les Ardennes

Spécialisée dans l’élevage et la transformation d’insectes pour l’alimentation, la société Agronutris vient d’annoncer une levée de 100 millions d’euros. Cette opération va lui permettre de déployer sa première unité industrielle d’ici 2022 dans les Ardennes. L’Occitanie conserve le siège social de l’entreprise et son centre de recherche.

Un changement d’échelle se prépare pour Agronutris. La société de Saint-Orens, près de Toulouse, vient en effet de lever 100 millions d’euros pour industrialiser sa production de protéines à base d’insectes à travers deux futurs sites, dont le premier ouvrira d’ici fin 2022 à Rethel, dans les Ardennes. Lors de ce nouveau tour de table, l’entreprise a levé 50% en fonds propres, souscrits par le fonds SPI « Société de projets industriels » géré pour le compte de l’État par Bpifrance, lead de cette opération, mais aussi auprès de Mirova, du groupe Nutergia, du Crédit Agricole Nord-Est et du business angel Bertrand Jelensperger. Une dette long terme à hauteur de 40% a été accordée par plusieurs antennes de la Caisse d’Épargne, le CIC et le Crédit coopératif. Les 10% restants proviennent de subventions accordées par l’État dans le cadre du plan France Relance (8 millions d’euros) et la région Grand-Est.

Farines et huiles à valeur ajoutée

Pionnière en Europe dans l’élevage d’insectes pour l’alimentation, Agronutris est aussi la seule à avoir obtenu une autorisation de commercialisation pour l’alimentation humaine. Elle s’est spécialisée dans les grillons, les vers de farine et les mouches noires soldats à partir desquels sont fabriquées des farines et des huiles. C’est sur cette dernière espèce qu’Agronutris va concentrer dans un premier temps sa production à destination des marchés de l’aquaculture et de l’alimentation pour animaux. L’implantation dans la région Grand-Est répond à des besoins d’approvisionnement.

« Nous sommes dans une logique d’intrants pour nourrir les insectes. Les Hauts de France et le Grand Est rassemblent 75% de l’agro-industrie et donc 75% des bio-résidus à base d’amidon de blé, de bioéthanol ou de pommes de terre dont nous avons besoin pour reconstituer le profil nutritionnel des aliments destinés aux insectes. C’est la garantie pour nous d’avoir des matières disponibles à des prix raisonnables », explique Mehdi Berrada, président et cofondateur d’Agronutris.

Neuf sites de production d’ici 2029


Pour ses deux premiers sites, l’entreprise a estimé la capacité de recyclage de bio-résidus de l’agro-industrie agricole à 280.000 tonnes par an. Implantées en France, ces deux unités devraient en annoncer sept autres d’ici 2029 en Europe, en Asie et en Amérique du Nord pour « accompagner » les futurs clients de l’entreprise. « Un troisième site en France n’est pas exclu à ce jour », précise Mehdi Berrada. Dans ce plan de développement à l’échelle mondiale, la région Occitanie continuera de jouer un rôle moteur. Toulouse conservera le siège social et les fonctions supports ainsi que le centre de recherche.

« Actuellement, notre plan de déploiement est lié à la mouche noire soldat, sur laquelle nous avons mobilisé nos ressources. Mais nous travaillons en parallèle sur différentes options stratégiques pour adresser l’alimentation humaine qui était notre activité d’origine à la création de la société en 2011. » L’entreprise, à l’époque Micronutris, avait opéré en 2018 un virage stratégique en s’orientant vers l’alimentation animale au cadre réglementaire plus clair. Pour la société toulousaine, il s’agit dans tous les cas de se positionner parmi les premiers acteurs mondiaux de la nutrition durable à base de protéines d’insectes. Agronutris, qui emploie aujourd’hui trente personnes, vise un effectif d’une centaine courant 2023.
Johanna Decorse

Sur les photos : Des techniciens du centre de recherche d’Agronutis à Saint-Orens. Crédits : Agronutris.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-Agronutris-leve-100-millions-d-euros-et-s-implante-dans,32173