A Toulouse, le couvre-feu suscite actions et réactions

Restauration, événementiel, culture. Ces trois secteurs doivent d’adapter au durcissement des règles sanitaires. Dès samedi 17 octobre, huit métropoles françaises, dont Toulouse et Montpellier, vont connaitre un couvre-feu de 21 heures à 6 heures. Encore un peu abasourdis, trois professionnels nous livrent leur état d’esprit sur cette nouvelle étape d’une crise sanitaire de plus en plus sociale et économique.

À Toulouse, ce jeudi 15 octobre 2020 fut une journée très particulière. Dans de nombreuses sociétés, les réunions se sont enchaînées, les téléphones n’ont pas arrêté de sonner. Comme dans huit autres métropoles françaises, il faut commencer à s’adapter à cette étrange et nouvelle réalité, ce couvre-feu annoncée la veille par le président de la République pour freiner la deuxième vague de l’épidémie de Coronavirus.

Dans certaines professions, une colère de moins en moins froide commence à dominer. Philippe Bellot est vice-président de l’Union des métiers et des industries hôtelières de Haute-Garonne (Umih 31). Il est le patron de la discothèque Downtown Factory et du restaurant La Distillerie, qui a dû fermer ses portes en août à cause de la crise. Il a des mots très durs vis-à-vis des décisions gouvernementales : « C’est une vraie catastrophe, on est face à une incompétence totale. Rien n’a été préparé dans la concertation. Ce gouvernement est incapable de gérer cette crise sanitaire correctement », s’indigne-t-il.

« Un immense plan social »

Il balaye d’un revers de main les nouvelles aides annoncées par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire lors de la conférence de presse du Premier ministre Jean Castex, chargé de préciser les annonces présidentielles de la veille [1] : « Ce n’est pas à la hauteur. L’État devrait déjà commencer par reporter le paiement de nos prêts à six mois. Nous sommes face à un massacre social et économique d’ampleur. Fin juin, l’Urssaf estimait qu’il y avait déjà 120.000 pertes d’emplois dans notre filière. Nous pensons qu’il y en aura 200.000 de plus d’ici la fin de l’année. En agissant ainsi, le gouvernement organise en quelque sorte un immense plan social », lance Philippe Bellot, en expert de la formule choc.

La défiance vis-à-vis des autorités médicales et politiques se fait chez lui de plus en plus grande : « Quand on a rencontré l’ARS [2], on nous a dit que les clusters étaient majoritairement dans les Ehpad, les universités, les entreprises, pas dans les bars et restaurants. Alors pourquoi faire subir maintenant une fermeture des restaurants qui ne dit pas son nom, avec ce couvre-feu à 21 heures. C’est incompréhensible. Il y a une sorte de cynisme dans ce qui se passe. Nous allons essayer de nous rassembler avec les autres professions touchées. Quand les gilets jaunes reviendront, il se pourrait bien qu’on aille les rejoindre. »

Année blanche pour l’événementiel

Jean-François Renac dirige la société Miharu, il assure l’exploitation de lieux d’événementiel et du restaurant le Manoir du Prince à Toulouse. Il fait partie du collectif SOS Events 31. Pour lui aussi, la période est très difficile : « Côté événementiel, ces dernières annonces ne changent rien pour nous. On savait déjà que les mariages et les fêtes familiales ne pouvaient pas se tenir. Nous sommes dans une année blanche pour les mariages. Tout est reporté à 2021, si tout va bien. Il va falloir trouver la mécanique financière pour tenir jusque-là. Sur les salles qu’on loue, nous avons quand même 70 % de pertes d’exploitation. Côté restauration, heureusement que nous avons une clientèle d’entreprise le midi, car le couvre-feu à 21 heures, ça rend le service impossible le soir pour nous. Nous estimons notre perte de chiffre d’affaires à 40 % sur le restaurant. »

Concernant les aides gouvernementales, il partage l’avis de Philippe Bellot, en ne les trouvant pas à la hauteur : « Nous n’avons pas eu accès au fonds de solidarité, car on ne cochait pas toutes les cases. Avec le PGE, au final, nous avons juste eu le droit de nous endetter. » Le dirigeant de Milharu ne veut pas descendre tout de suite dans la rue : « Nous sommes en phase de négociation avec le préfet pour le moment, mais nous sommes prêts à aller plus loin avec nos collègues de l’Umih si les choses n’avancent pas. » Pour Jean-François Renac, « c’est la parole politique qui va sortir affaiblie de cette crise ».

La culture veut reprogrammer

Du côté de la culture, on ne veut surtout pas baisser le rideau. Au Théâtre Sorano de Toulouse, on va s’adapter au couvre- feu. Karine Chapert, secrétaire générale du théâtre, se montre combative. « Notre objectif, c’est qu’il n’y ait pas d’annulation du tout. Nous sommes en train de retravailler la programmation de notre festival Supernova avec les artistes. » Les spectacles se déroulant à 18h30 et 19h30 devraient être reprogrammés à 17h30 et 18h30.
Continuer, un emménagement presque politique : « Nos abonnés nous disent qu’ils ont besoin de culture, qu’ils ont besoin de nous. Il faut qu’on soit là. » Même tonalité pour le Théâtre de la Cité, qui déclare dans un communiqué en fin de journée : « on joue, on veut jouer, on jouera toujours. » L’établissement dit mettre tout en œuvre pour reprogrammer tous ses spectacles à d’autres horaires. Dans les prochains jours, le lieu culturel donnera ses nouvelles modalités de programmation.

Karine Chapert, du Sorano, croit en la force du collectif : « il va falloir que l’on se serre les coudes entre acteurs culturels. » Raccord avec le président de la République, dont les derniers mots hier soir lors de son interview étaient : « On va s’en sortir, ensemble. »
Matthias Hardoy

Sur la photo d’illustration : ce mercredi 15 octobre, des Toulousains assistent à une des dernières représentations vespérales d’avant le couvre-feu. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.

Notes

[1aide de 500 euros pour toutes les entreprises de moins de 50 salariés ayant au moins 50 % de baisse de chiffres d’affaires, des aides spécifiques pour les sociétés des secteurs les plus touchés (hôtellerie-restauration, culture, sport, événementiel) ayant au moins 50 % de baisse d’activité (contre 70% auparavant), prolongation des PGE jusqu’à juin 2021

[2Agence régionale de santé

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Source : https://www.touleco.fr/A-Toulouse-le-couvre-feu-suscite-actions-et-reactions,29691