Dans l’Aude, coup de chapeau à MontCapel

Héritière d’une longue tradition du chapeau en haute vallée de l’Aude, MontCapel a relancé sous forme de coopérative l’activité de la dernière chapellerie de Montazels, qui avait fermé ses portes en mars 2018. Un pari pour faire perdurer un savoir-faire industriel menacé de disparaître.

La confection de chapeaux est longtemps restée la marque de fabrique de la haute vallée de l’Aude. Dans les années 1920, une quinzaine de chapelleries employaient plus de 6000 personnes dans tout le département, essentiellement à Espéraza, deuxième centre mondial pour la production de chapeaux en feutre de laine après Monza, en Italie. Cette activité industrielle a progressivement décliné dès la seconde moitié du XXe siècle, y compris dans la cité voisine de Montazels, où la dernière chapellerie, les Chapeaux de France, a fermé ses portes en mars 2018.

Une poignée d’ouvriers y travaillaient encore, contre 600, cinquante ans plus tôt. Durant des décennies, ils avaient fourni de grandes maisons de haute couture, confectionné des coiffes pour des hôtesses de l’air, des bicornes pour la marine, des chapeaux de théâtre pour la Comédie française, des Borsalino ou encore le célèbre modèle « tonton » de François Mitterrand.

L’histoire aurait pu s’arrêter là sans l’intervention de Sonia Mielke qui, depuis la région parisienne où elle réside et travaille dans les télécommunications, a entendu parler « du clap de fin ». « Mes grands-parents habitaient à Montazels. Je viens dans ce village depuis mon enfance. Quand la mairie, devenue propriétaire de la friche industrielle et des machines, a envisagé de raser le site faute de repreneurs, je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser disparaître ce savoir-faire centenaire. »

Plus de deux-cents coopérateurs

En septembre 2019, Sonia Mielke amorce le début d’une renaissance pour la chapellerie en créant, avec sept coopérateurs fondateurs, MontCapel, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) dont elle est présidente bénévole. Quatre anciens salariés les rejoignent un mois plus tard. Depuis, plus de 230 personnes et entreprises ont acheté des parts sociales pour former un capital de 370.000 euros et redémarrer l’activité. Les premières machines ont repris du service en janvier 2021, et la coopérative est aujourd’hui la seule en France à fabriquer des chapeaux depuis la laine jusqu’au produit fini. Les cloches, ces cônes feutrés en mérinos d’Arles, matière première de chaque modèle, sont formées sur les 1500 moules en aluminium historiques que MontCapel compte dans sa collection.

« Nous sommes des artisans du chapeau, pas des créateurs. Nous visons une clientèle surtout professionnelle, constituée de modistes, de designers ou de marques qui dessinent des modèles et nous en confient la manufacture. Nous sommes encore dans une phase de développement sur le plan commercial mais aussi de la production. Il nous reste des machines à rénover et la transmission des savoir-faire a un coût que nous devons aussi supporter. Nous partons de très loin et la crise du Covid nous a ralentis. Il nous faudra entre trois et quatre ans pour être économiquement viables », explique Sonia Mielke. Dans cette aventure, la coopérative est accompagnée par la municipalité de Montazels, qui veut réhabiliter dans les trois ans les bâtiments de la chapellerie pour y accueillir différents équipements. Le projet a été retenu en 2019 par la Région dans le cadre de son appel à manifestation d’intérêt sur la reconquête des friches en Occitanie.
Johanna Decorse

Sur la photo : MontCapel a fait sienne une collection de 1500 moules historiques, ce qui lui permet de maîtriser toute la chaîne de fabrication de chapeaux, du cardage de la laine à la confection, en passant par le feutrage et la teinture. Crédit : MontCapel.

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Source : https://www.touleco.fr/Dans-l-Aude-coup-de-chapeau-a-MontCapel,34048