Elsa Selva, La Frenchise : « La gastronomie doit être dans l’instant présent »

Cela fait deux ans qu’Elsa Selva, 30 ans, se propose de réinventer l’identité des entreprises du monde de la gastronomie et de l’événementiel, avec sa start-up La Frenchise. La jeune chef d’entreprise veut imposer sa patte, élégante et épurée, et redonner du sens à l’art de recevoir.

Quand on lui demandait d’inscrire sur la petite fiche d’information de début d’année scolaire ce qu’elle voulait faire plus tard, la petite Elsa écrivait toujours chef d’entreprise. Cette réponse pas banale surprenait les adultes peu imaginatifs autour d’elle. Des années plus tard, la tout juste trentenaire est pourtant bien à la tête d’une start-up nommée La Frenchise. Un jeu de mot franglais pour célébrer et promouvoir « un art de recevoir français envié à l’international ».

La start-up, créée en 2018, propose à ses clients la création d’identités et d’univers gastronomiques, de la scénographie, du design de table et l’organisation d’événements culinaires. Mais d’où lui vient ce goût « pour le bien manger » ? Elsa Selva évoque à nouveau l’enfance : un grand-père qui était chef, des racines italiennes, des grandes tablées en famille où on mangeait du poulet rôti, son plat préféré. La jeune femme dit « avoir des goûts classiques, simples ». La simplicité, d’ailleurs, elle la traque. Ce qu’elle veut faire, « c’est un travail épuré, minimaliste, élégant ». Du design nordique à la calligraphie en passant par la céramique ou les réalisations de l’architecte d’intérieur Athéna Calderone, tout ce qu’elle aime semble suivre cette ligne claire.

Gastronomie et épicurisme

Elsa Selva se revendique « autodidacte ». Diplômée d’une licence LEA option commerce, c’est à travers plusieurs stages et expériences professionnelles qu’elle découvre l’univers de la gastronomie. Un salon de thé de luxe à Montréal, un chocolatier, un traiteur puis une entreprise de l’événementiel à Toulouse sont ses premiers terrains d’apprentissage. Mais, en 2018, à tout juste 28 ans, l’envie de changement se fait trop pressante. C’est le bon moment pour être fidèle à son rêve d’enfant et de créer sa propre société : « J’avais envie de prendre du temps, d’être vraiment dans l’écoute du client. D’être plus dans le qualitatif et moins dans le quantitatif. Il ne faut pas faire pour faire. Il faut que l’événement ait du sens. Le moment à table doit marquer les gens, la gastronomie doit être dans l’instant présent », estime la jeune femme, en vraie épicurienne.

Elle se forme seule au design et obtient rapidement de premiers contrats grâce au bouche à oreille. Elsa Selva, qui se décrit comme « discrète, plutôt introvertie », « n’aime pas se vendre ». Cela ne l’a pas empêchée de convaincre le restaurant gastronomique toulousain Le Manoir du Prince de lui confier la modernisation de son identité un peu figée ou d’être choisie cet été pour penser le design du restaurant éphémère tendance Les Colocs, au Mas des Canelles.

Écoute et voyage

Comment procède-t-elle avec ses clients ? Elle « écoute beaucoup l’autre » puis part d’une page blanche, suit son intuition, fait des propositions graphiques et assure « taper très souvent dans le mille ». Le reste se fait « dans l’échange, selon les budgets, dans des constants retours avec les clients ».

Aujourd’hui, la société La Frenchise gagne de l’argent. Elsa Selva se sent « plus autonome, plus libre et confiante » depuis qu’elle s’est lancée dans cette aventure. Le fait de travailler seule ne lui pèse pas et elle maîtrise même les affres parfois complexes de la comptabilité, qui lui faisait peur au départ.

La chef d’entreprise avance, a mille projets en tête. Pourquoi pas essayer de trouver des clients à l’étranger ? Imposer « sa french touch » au Canada ou en Floride par exemple ? Ce désir l’inciterait même à braver sa nature un peu réservée et à aller démarcher des clients. Il n’y a qu’un obstacle à ce rêve nord-américain : « ce satané coronavirus ». Pas de voyage en ce moment pour celle qui aime d’habitude arpenter les rues et découvrir les cafés de villes inconnues.

Un nouveau site internet

Elsa Selva voit aussi son avenir en vert. Bientôt, elle n’utilisera que des produits issus du développement durable. La dirigeante de La Frenchise a commencé avec le papier recyclé. Dans l’immédiat, elle travaille sur plusieurs projets d’identités de restaurant, notamment au Pays basque. Son site internet est sur le point d’être lancé. « Je suis perfectionniste, exigeante. Cela fait très longtemps que je bosse dessus, je ne voulais pas le mettre en ligne tant qu’il ne correspondait parfaitement à ce que j’attendais », explique-t-elle.

Et la crise économique ? Elle l’a pour le moment épargnée puisque Elsa Seva continue d’être sollicitée. La jeune femme est sereine, calme et déterminée, pas si loin de l’état d’esprit de la petite fille qui se rêvait chef d’entreprise.
Matthias Hardoy

Sur la photo : Elsa Selva, organisatrice d’événements culinaires à la tête de la start-up nommée La Frenchise . Photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Elsa-Selva-La-Frenchise-La-gastronomie-doit-etre-dans-l-instant,29600