Emmanuel Kasperski, Recycl’Occ Textile : « Il était nécessaire de consolider le secteur »

Lancé ce printemps avec l’aide de la Région Occitanie, Recycl’Occ Textile a pour but de redynamiser le recyclage dans la filière TLC (Textile-Linge de maison-Chaussure). Emmanuel Kasperski, animateur de ce nouveau cluster régional, détaille les projets destinés à dépasser la crise profonde à laquelle est confrontée ce secteur.

Emmanuel Kasperski [1], en quoi la création de Recycl’Occ Textile était impérieuse ?
Il y a une conjonction de plusieurs facteurs qui ont particulièrement fragilisé la filière et ses acteurs. En France, le marché du textile génère 9,5 kilos de textile par an et par habitant. Nous en collectons 3,5 kilos par an et par habitant grâce aux réseaux de conteneurs que tout le monde connaît bien. Le problème, c’est que nous ne savons pas quoi faire des textiles non-réutilisables. Seulement 60% des textiles collectés sont réemployables. Au cours des dix-quinze dernières années, on a vu en effet progresser de manière extrêmement importante les textiles d’origine asiatique et du Moyen-Orient d’une qualité très basse et qui ne peuvent pas être réemployés. Par ailleurs, le marché qui fonctionnait sur la vente à l’export des textiles recyclés s’est effondré. Il y aussi un développement, depuis cinq ans, de la commercialisation des textiles via des plateformes en ligne telles que Le Bon Coin ou Vinted, qui ont généré un effet de monétisation là où il y avait du don. Les belles pièces sont détournées des conteneurs. La qualité du textile récupéré diminue. Ce qui fragilise le modèle économique de la filière, basé sur la revente des textiles collectés. Il était donc nécessaire de réfléchir à des actions de consolidation du secteur.

Quels sont les axes de travail du cluster ?
Nous allons travailler sur plusieurs axes. La priorité est de développer des solutions pour les tissus non-réutilisables. Il nous faut aussi développer des activités complémentaires afin de renforcer les modèles économiques des acteurs de la filière et ainsi concurrencer les plateformes. Celles-ci ont d’ailleurs un bilan environnemental catastrophique : vous envoyez un tee-shirt à l’autre bout de la France alors qu’il pourrait servir près de chez vous. À ce sujet, nous développons un nouveau modèle de magasins de proximité que l’on expérimentera bientôt en Occitanie. Le dernier axe est le développement de compétences au sein du cluster. Il y avait un grand isolement des acteurs de la filière. Désormais, il y a une vraie volonté de travailler ensemble sur des projets communs.

Pouvez-nous en dire davantage sur ces projets ?
Nous commençons à déposer des demandes de financement. Notamment pour un projet avec Vertex, une filature dans le Var (83). C’est une expérimentation d’un nouveau type de tri manuel de textiles (des pulls pour commencer). Cela va nous permettre de créer déjà six emplois nouveaux. Si ça fonctionne, on pourra étendre cela à d’autres collecteurs et d’autres matières. Nous soutenons aussi d’autres initiatives, par exemple autour du démantèlement des chaussures. Au total, nous avons pour le moment six projets que nous détaillons et expliquons sur notre site internet.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Emmanuel Kasperski, l’animateur du cluster régional Recycl’Occ Textile.
Crédit : Emmanuel Kasperski.

P.S. :

Le cluster Recycl’Occ Textile est né à la suite d’une étude-action engagée en janvier 2020 avec le soutien de la Région Occitanie, à hauteur de près de 20. 00€, et de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) afin d’identifier les axes de consolidation du secteur en crise et de structurer un outil de coopération. L’adhésion pour les membres va de 30 à 400 euros selon la taille de leur structure en cette première année. Recycl’Occ s’appuie sur un pool de consultants qui « s’impliquent dans son fonctionnement en échange d’activités avec des membres du cluster » (études, lettres d’informations, etc.).

Notes

[1Issu du monde du financement des entreprises, c’est le quinzième projet de la sorte dont il accompagne le lancement.

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Source : https://www.touleco.fr/Emmanuel-Kasperski-Recycl-Occ-Textile-Il-etait-cessaire-de,31688