Fany Declerck, TSM : « Pour l’Occitanie, le cumul crise et Brexit est préoccupant »

article diffusé le 3 février 2021

À la fin de l’année dernière, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont enfin signé un accord de libre échange. Fany Declerck est professeur des Universités à la Toulouse School of Management et chercheur associé à la Toulouse School of Economics. Elle analyse pour nous cette dernière étape du Brexit qui se fait dans un contexte de crise sanitaire et économique.

Fany Declerck, avec cet accord de libre-échange, a-t-on évité le pire scénario pour le Royaume-Uni et pour nous Européens ?
Complètement. En cas de Brexit dur, il aurait fallu partir d’une page blanche et que le Royaume-Uni fasse des accords bilatéraux avec chaque pays. Avec cet accord, il n’y a aucune surtaxe pour les pays européens. Mais il y a des coûts cachés. Il faut désormais s’adapter aux normes anglaises ainsi qu’au passage par les zones douanières. C’est du temps de travail en plus pour les entreprises. Certaines vont d’ailleurs faire appel à des intermédiaires pour les y aider. C’est un coût supplémentaire. Les sociétés peuvent essayer de renégocier directement les conditions tarifaires avec leurs interlocuteurs britanniques, mais avec la crise sanitaire actuelle, ce n’est pas vraiment le meilleur moment.

Quelles vont être les conséquences pour l’Occitanie ?
C’est un peu tôt pour le savoir. En ce moment, c’est la crise sanitaire qui a de nombreuses conséquences en particulier dans les deux domaines cruciaux en Occitanie que sont le tourisme et l’aéronautique. L’activité touristique connaît une baisse de l’ordre de 70%. Le trafic aérien devrait, lui, reprendre une activité normale en 2025. C’est le cumul crise sanitaire et Brexit qui est préoccupant. Airbus, dont le siège est en Occitanie, a 15.000 salariés et des usines au Royaume-Uni. Cela représente un savoir-faire et des compétences. L’entreprise n’a pas d’intérêt à partir. Il vaut mieux que ça aille bien pour l’économie britannique, qu’il n’y ait pas une perte de valeur de la livre-sterling par exemple. Il y a une interdépendance. C’est pour cela que personne ne voulait d’un Brexit dur.

Il y a un risque pour la France, et donc l’Occitanie, dans les jeux d’accords bilatéraux qui vont se dérouler entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Ils pourraient imposer des taxes dans le secteur viticole et surtout, au niveau aéronautique, favoriser Boeing au détriment d’Airbus (le Royaume-Uni n’étant pas dans la direction de l’entreprise). Pour le moment, la nouvelle administration américaine se consacre à la crise sanitaire, mais la question des accord commerciaux pourrait revenir rapidement sur le tapis.

Quelles conséquences du Brexit pour les jeunes d’Occitanie qui voudrait partir en Erasmus ?
Londres ne va pas se retirer d’Erasmus avant deux ans. Ce qui laisse du temps aux Anglais pour penser un autre dispositif. Mais si, malheureusement, rien ne remplace ce système, il restera des accords réciproques entre les écoles et les universités britanniques et leurs homologues européens. À TSM, nous avons par exemple des partenariats avec plusieurs universités britanniques, comme celle de Lancaster. On propose même des diplômes communs. Les échanges universitaires permettent de faire grandir le groupe amical des étudiants et par la même leur réseau professionnel. Ils sont indispensables.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Fany Declerck, professeur des Universités à Toulouse School of Management et chercheur associé à Toulouse School of Economics. Spécialiste de la finance, elle a analysé pour nous les conséquences du Brexit.Crédits :TSM.

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Source : https://www.touleco.fr/Fany-Declerck-TSM-Pour-l-Occitanie-le-cumul-crise-sanitaire-et,30460