Gard. La maison Cervin ne connaît pas de bas

À l’origine de la marque de bas et collants Cervin, la société du Gard L’Arsoie vient de racheter un métier à tisser rarissime qui va lui permettre d’embaucher et d’asseoir son savoir-faire de dernier fabricant français de bas pure soie et pur nylon.

Sur un marché des bas et collants en recul depuis plusieurs années, Cervin ne perd pas le fil. Face à ses concurrents et poids lourds du secteur, Le Bourget, Well, Bleu Forêt, Wolford ou encore Dim, récemment mis en vente par son propriétaire américain, la marque de la société L’Arsoie, fondée en 1918 à Sumène, dans les Cévennes gardoises, a même du mal à répondre à la demande. Depuis la liquidation en novembre 2020 de la manufacture Gerbe, fleuron français passé sous pavillon chinois, le fabricant occitan affirme être « le dernier en France et au monde » à produire des bas de soie et 100% nylon.

La maison Cervin doit son positionnement haut de gamme et ses collections très spécifiques, comme les authentiques bas couture, à ses machines de la marque Reading. « Ces métiers à tisser américains des années 40-50, dont nous possédons les deux derniers modèles en Europe, nous permettent de perpétuer un savoir-faire artisanal ancestral qui est menacé de disparition. Ils nous garantissent une qualité que ne peuvent pas reproduire des machines plus récentes. Notre taux de retour est de 0,1% », souligne Marc Laurent, directeur général de la la société L’Arsoie.

Patrimoine à sauver

Cet attachement de la maison Cervin à une « production traditionnelle » l’a conduite à racheter un équipement ancien de la société Gerbe, datant des années 1930, inscrite à l’Inventaire général du patrimoine culturel. « Ce métier français de la marque Kalio, de 20 mètres et de 20 tonnes, vient compléter les trois métiers que nous possédons déjà. Il va nous permettre d’augmenter notre production pour faire face à la demande. Mais notre décision est aussi sentimentale. Nous ne voulions pas que cette machine rarissime parte à la ferraille. Grâce à ce métier et à notre projet d’ouverture, d’ici six mois, d’une unité de production de corseterie et de porte-jarretelles de très haute facture au Vigan, nous prévoyons de recruter au minimum huit personnes dans les trois ans qui viennent », souligne Marc Laurent.

La maison Cervin, qui emploie actuellement vingt-cinq personnes et réalise 60% de ses ventes à l’étranger via son site de e-commerce et ses boutiques partenaires, a vu ses commandes s’envoler de 25% au mois de mars, notamment en provenance des États-Unis. Cet « emballement » pour ses produits confectionnés, mis en forme à la taille, repassés et emballés à la main devrait se traduire en 2021 par un chiffre d’affaires en hausse, de l’ordre de 1,8 million d’euros. La manufacture, qui profite largement du regain d’intérêt pour le Made in France, vise les 2,2 millions d’euros dès l’année prochaine.
Johanna Decorse

Sur la photo : La société du Gard L’Arsoie, fabrique sous la marque Cervin plus de 200.000 bas et collants en soie et nylon chaque année. Elle doit son positionnement haut de gamme à son parc de métiers à tisser anciens dédiés notamment aux authentiques bas coutures. Crédit : Cervin.

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Source : https://www.touleco.fr/Gard-La-maison-Cervin-ne-connait-pas-de-bas,30908