Immobilier : pourquoi il devient impossible d’emprunter pour 15 à 20 % des acheteurs

Depuis le début de l’année, les taux de crédit immobilier ont augmenté de 0,60 %, au point de dépasser parfois le taux d’usure – fixé par la Banque de France - pour protéger les emprunteurs. Une situation inédite qui bloque le marché selon les spécialistes. Exemples à Toulouse.

Après plusieurs années de conditions d’emprunt exceptionnelles dans l’immobilier, avec des taux de crédit inférieurs à 1 %, le vent a bel et bien tourné. « Depuis janvier dernier, les taux ont augmenté en moyenne de 0,60 % », mesure Lucile Lapeyre, directrice du groupe des agences Meilleurstaux à Toulouse, Blagnac, Ramonville et Tournefeuille. Concrètement, un couple qui gagne 3000 euros par mois et peut rembourser en moyenne 940 euros/mois a perdu 10.000 euros de capacité d’emprunt en six mois », illustre la courtière. À Toulouse, les taux moyens s’affichent actuellement hors assurances à 1,50 % sur vingt-cinq ans, 1,40 % sur vingt ans, 1,30 % sur quinze ans et 1,07 sur dix ans, selon meilleurtaux.com.

Le taux d’usure grippe le marché

Cette remontée rapide des taux, couplée à une inflation importante et à des prix qui pour l’instant ne baissent pas, met en difficulté de nombreux acheteurs. Mais ce n’est pas la seule raison. Peu connu du grand public, le taux d’usure vient aussi gripper le marché, et seuls les gens qui se voient signifier un refus de crédit en entendent parler. « Ce taux est le taux maximum légal fixé par la Banque de France pour protéger les acheteurs. Il est actuellement à 2,40 % pour un emprunt de 20 ans, mais il s’entend hors assurance et hors frais de dossiers et, surtout, il est calculé en décalage, en fonction de la moyenne des taux pratiqués sur le trimestre précédent », décrypte Nicolas Puglièse, directeur régional Occitanie de la Cafpi. « Pour certains clients a priori finançables, une fois ces frais annexes ajoutés, on dépasse allègrement le taux d’usure. Les banques se retrouvent alors dans l’impossibilité de prêter et cela peut véritablement bloquer le marché. »

Le taux d’usure sera réévalué le 1er juillet prochain. « Il risque d’augmenter légèrement, mais ce ne sera pas suffisant face à des taux de crédits qui continuent eux aussi d’augmenter très vite et dans ce contexte d’inflation exceptionnelle », craint Nicolas Puglièse.

Les investisseurs et les plus de 45 ans sont très pénalisés

Ce blocage, dû au taux d’usure, associé aux normes strictes du haut conseil de stabilité financière, qui refuse désormais l’endettement au-delà de 35 %, impacte nombre d’acheteurs.
« Actuellement, pour 20 % des dossiers, ça ne passe plus et nous constatons une hausse des refus de 15 %. Nous sommes obligés de calculer des techniques de financement différentes, avec des lissages ou des paliers, mais finalement 8 % des demandes environ n’aboutissent pas », constate Lucile Lapeyre. En effet, le reste à vivre ne fait plus foi et il n’est pas rare désormais de voir de « beaux dossiers » refusés s’ils dépassent les 35 % d’endettement.

Les profils les plus impactés sont les investisseurs qui ont déjà de l’encours sur leur résidence principale, les jeunes acquéreurs sans apport et les plus de 45 ans, fortement pénalisés par des assurances crédits plus élevées.
Béatrice Girard

Photo d’illustration : Marjorie Angelvy - ToulÉco

P.S. :

Tous les jeudis, retrouvez l’actualité de l’immobilier en Occitanie sur touleco.fr.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Immobilier-pourquoi-il-devient-impossible-d-emprunter-pour-15-a,34581