Laurent Augier, Agri Sud-Ouest Innovation : « nous croyons toujours au modèle public-privé »

Article diffusé le 9 mai 2021

Le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation fédère plus de 400 acteurs locaux de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Laurent Augier, son directeur général explique les changements nombreux en cours au sein de son organisation.

Laurent Auguier, quel bilan tirez-vous de cette année de crise pour votre pôle de compétitivité ?
Cela a été une année très particulière, mais on s’en sort plutôt bien. Les secteurs agricoles et agroalimentaires n’ont pas été aussi impactés par la crise que, par exemple, l’aéronautique et l’aérospatial en région Occitanie. Le pôle a aussi mis les moyens pour accompagner au mieux ses adhérents. Cela s’est fait beaucoup à travers le numérique. Le digital a paradoxalement renforcé la proximité. Lorsque l’on organisait des rencontres physiques, cela ne permettait pas à tout le monde de venir. Avec le digital, nous avons vu doubler le nombre de participants à nos événements. En 2020, nous en avons organisé quatre-vingts, avec plus de 5000 participants au total.

Quels ont été les actions marquantes accomplies en 2020 au sein dAgri Sud-Ouest Innovation ? Combien de projets avez-vous accompagné ?
Le pôle a été pour la première fois opérateur financier pour le compte de la Commission européenne à l’occasion du programme Diva. Son objectif est d’accélérer des expérimentations liées au monde numérique appliquées aux secteurs agricole et agroalimentaire. Plusieurs dizaines de nos PME ont bénéficié de ces aides.

Nous avons aussi animé un cluster en Nouvelle-Aquitaine sur les bio-solutions. C’est important, car cela va permettre de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires et des pesticides, voire des antibiotiques pour les animaux. Une action forte que nous mènerons probablement en Occitanie aussi. En ce qui concerne les projets soutenus, il n’y a pas de baisse au niveau du nombre avec une vingtaine de dossiers accompagnés cette année.

Vous avez subi ces dernières années des changements d’organisation et de financement. En quoi cela vous a-t-il affecté ?
Il faut revenir un peu sur l’histoire du pôle. Il est né il y a quinze ans. Au début, il n’était que sur la région Midi-Pyrénées. Au bout de quatre ans, il y a eu une extension sur l’Aquitaine. Deux régions certes, mais un territoire qui était assez concentré pour pouvoir y gérer des déplacements. En 2016, avec la réforme territoriale, nous nous sommes retrouvés à devoir s’entendre sur l’ensemble des deux grandes régions du Sud-Ouest. Cela a mis du temps. Il a fallu que l’on fusionne avec un autre pôle de compétitivité situé à Montpellier. En 2018, cette opération été actée officiellement et nous avons désormais un périmètre d’action stabilisé.

Mais votre taille n’est-elle pas trop importante ?
Elle représente plus d’un quart de la France, presque un tiers. Cela change la donne notamment pour l’animation sur le terrain. Nous avons perdu un peu cet aspect de concentration d’acteurs sur un territoire donné. Il a fallu remobiliser, recréer de la confiance. Les pôles se sont étendus physiquement, mais aussi dans leurs missions. D’un catalyseur d’innovations, nous sommes passés à la gestion du post-projet, c’est-à-dire notamment de la mise sur le marché. On nous demande aussi d’être plus fort et visible en Europe et d’aller y chercher des financements. Tout cela nécessite des réorganisations. C’est là qu’il y a une équation difficile à gérer pour nous, car on ne peut pas faire toujours plus avec moins de moyens.

Par exemple ?
Sur la phase 2019-2022, l’État a programmé un désengagement financier progressif de 15 % par an. On va se retrouver en 2023 avec zéro euro de l’État. Il faut aller voir d’autres acteurs, car nous croyons toujours au modèle public-privé. Les régions sont une partie de la solution. Là où il peut y avoir un levier, c’est aussi d’aller chercher des subventions publiques sur des projets particuliers. Nous nous sommes donnés pour mission de renforcer la partie privée pour que l’on puisse continuer sans diminuer nos missions et nos objectifs. Nous avons deux ans pour le faire. Il y aura de la concurrence. Cela ne sera pas facile.

On a l’impression que vous misez beaucoup sur la recherche de fonds européens ?
C’est un levier financier conséquent, mais aller vers l’échelon européen, c’est également important en terme de visibilité. Cela permet de dire à nos adhérents que nous avons un canal de dialogue privilégié avec la Commission européenne. C’est là où se décident les réglementations et les priorités agricoles en Europe.

L’Europe, c’est aussi une source de forte inquiétude pour une partie du monde agricole qui s’oppose à une réforme de la Pac ?
On peut comprendre la détresse exprimée. La majorité des agriculteurs dégagent des marges, car ils reçoivent des aides publiques et particulièrement européennes. La production agricole seule ne permet pas à un agriculteur de vivre de son travail. Ce n’est pas normal qu’un consommateur ne mette pas la vraie valeur sur un produit agroalimentaire ou agricole. L’Europe, la France et les régions poussent ces filières à aller vers la transition écologique. Il faut mieux les accompagner. C’est l’un des rôles du pôle. L’agriculteur a été formé à certaines pratiques. Dire à un agriculteur de 45-50 ans, que ce qu’il a appris n’est plus valable, ce n’est pas facile. C’est compliqué car il a investi du matériel et il a peur de ne pas se retrouver dans les changements. Transition écologique oui, mais il ne faut pas oublier l’aspect économique et sociétal.

Quel est le bilan 2020, spécifiquement en Occitanie ?
En Occitanie, nous comptons 223 membres. Nos sièges sociaux sont d’ailleurs basés à Montpellier et à Toulouse. Plusieurs entreprises ont bénéficié du programme Diva dans la région comme OKP4,ITKou Delair. On a accompagné aussi Occitanum , un projet de l’Inrae qui propose différentes innovations numériques pour certaines filières agricoles (élevage , viticulture,etc.). Nous avons soutenu également la volonté régionale d’aller vers la robotique agricole. Nous sommes d’ailleurs les membres-fondateurs de l’association nationale RobAgri qui a pour objectif de fédérer une filière nationale sur le sujet. En Occitanie, un écosystème est en train de naître dans ce domaine.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur les photos : en haut : Laurent Augier, directeur général du Pôle Agri Sud-Ouest Innovation. En bas : Le Robot 2 Taille 2 la Vigne (R2T2) de l’Entreprise Vinovalie qui a reçu le Prix des Lycéens organisé par le Pole Agri Sud-Ouest Innovation. L’invention est une solution de taille robotisée pour la vigne, afin de réduire la pénibilité du travail du vigneron.
Crédits : Agri Sud-Ouest Innovation.

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Source : https://www.touleco.fr/Laurent-Augier-Agri-Sud-Ouest-Innovation-nous-croyons-toujours,30991