Sophie-Louise Morin : « En Occitanie, 50% des PGE sont allés vers le commerce, l’industrie et l’hôtellerie-restauration »

Sophie-Louise Morin, directrice régionale Midi-Pyrénées de la Société Générale, est depuis ce printemps la présidente du comité des banques de la Fédération bancaire française (FBF) en Occitanie. Elle dresse, au moment où le déconfinement se poursuit, une analyse plutôt optimiste des défis économiques actuels au niveau local et national.

Sophie-Louise Morin, pouvez-vous nous présenter la FBF Occitanie ? Quel est son rôle ?
C’est un des douze comités régionaux de la Fédération bancaire française, en plus de comités territoriaux qui sont sur des départements. En Occitanie, il y a treize établissements bancaires qui sont adhérents. Il a une présidence tournante, tous les deux ans. Le rôle du président et des membres du bureau a un peu changé. Auparavant, c’était beaucoup de représentation dans les instances d’organisation de l’État. Avec la crise, nous avons un rôle de dialogue plus fort avec les acteurs politiques et économiques. Nous portons la parole des banques, mais nous recueillons aussi les questionnements de chacun. Par exemple auprès des chambres consulaires. Il y a un autre point qui m’intéresse, c’est la promotion du métier de banquier auprès des jeunes générations. Comme toute industrie, on évolue beaucoup, notamment avec le digital, et nous a besoin d’attirer de nouveaux talents. Nous faisons aussi de l’éducation financière avec, par exemple, l’action « J’invite un banquier dans ma classe ».

Comment analysez-vous la stratégie de l’État durant la crise ?
Durant cette crise, l’État français a eu une stratégie double : la protection des Français du point de vue sanitaire, avec le confinement sanitaire strict et, en parallèle, des aides économiques massives, notamment auprès des ménages (chômage partiel, fonds de solidarité) par endettement de l’État. Les aides sont venues également par l’intermédiaire des banques avec ce fameux Prêt garanti par l’État (PGE), qui été distribué très rapidement. En huit-neuf semaines, c’est presque une année de crédit qui a été débloquée. Cela a été un filet de sécurité et a évité des faillites. Le total des défaillances en 2020 est très faible.

Ce que nous voyons aujourd’hui de l’utilisation des PGE et la reprise forte de l’activité dans certains secteurs sont des signaux vraiment positifs. Plusieurs acteurs économiques, dont le gouverneur de la Banque de France, disent qu’ils ne craignent pas de mur de dette. C’est l’État qui a la dette, les PGE n’ont augmenté que de 10% la dette des entreprises. 50% des PGE n’ont pas été utilisés et sont restés en trésorerie. La courbe de la dette nette des entreprises est restée dans une tendance normale.

Il ne faut donc pas s’inquiéter des PGE ? Quelle est la situation sur ce point en Occitanie ?
Au niveau national, nous étions il y a quelques jours à 700.000 PGE pour un montant de 140 milliards d’euros et, en Occitanie, 67.000 prêts garantis pour 9,4 milliards d’euros. Dans les deux cas, ce sont 88 % de TPE, pour un montant moyen de 140.000 euros. Dans notre région, 50% des PGE environ sont allés vers le commerce, l’industrie et l’hôtellerie-restauration. Actuellement, on enregistre une petite progression toutes les semaines (0,2%) du recours au PGE. Pour rappel, le guichet est ouvert jusqu’à la fin de l’année. 50% des PGE sont encore sur les comptes bancaires. Cela a été un crédit de trésorerie et de précaution. Il a permis aux entrepreneurs de savoir qu’ils avaient cet argent en cas de coup dur.

L’arrêt des aides aux entreprises va devoir être progressif ?
Évidemment. Tout le monde n’a pas encore bénéficié d’une reprise dans des conditions normales. Il va falloir maintenir un fort soutien. Les banques, les experts-comptables, les commissaires aux comptes et tous les autres acteurs économiques devront être auprès des entrepreneurs, car la réalité dans un même secteur d’activité est très variée. Au moment où l’État va diminuer les aides d’une même filière en fonction des dates de réouverture, il faudra soutenir les plus en difficultés. Il faudra étudier chaque cas individuellement.

Faut-il encore craindre des défaillances massives ?
Le but des différentes aides mises en place par l’État ou les Régions était justement d’éviter les faillites par manque d’activité forcé. Il y a eu un filet économique de sécurité important. L’activité a repris pour une grande partie des entreprises l’été dernier. Les aides vont continuer, mais de façon dégressive. Il va y avoir, c’est sûr, des entreprises en difficulté, qui auraient été en défaillance en 2020 dans un monde normal. C’est une sorte d’effet-retard. Il va falloir du dialogue et de la recherche de solutions pour éviter certaines faillites.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Sophie-Louise Morin, directrice régionale Midi-Pyrénées de la Société Générale, qui est depuis ce printemps la présidente du comité des banques de la Fédération bancaire française (FBF) en Occitanie.Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Sophie-Louise-Morin-En-Occitanie-50-des-PGE-sont-alles-vers-le,31356