Taalat El Singaby, Salon international de la lutherie : « Nous voulons un centre national conventionné en Occitanie »

Les 11 et le 12 septembre, le salon international de la lutherie et de la guitare s’est tenu à La Cité, à Toulouse. Il ouvre le festival musical Les internationales de la Guitare-Sud de France qui se poursuit jusqu’au 9 octobre. Son directeur et fondateur Taalat El Singaby aborde la dimension économique de l’événement et les évolutions à venir.

Taalat El Singaby, à travers le salon qui a eu lieu le week-end dernier Les internationales de la Guitare-Sud de France ont une dimension économique...
Les Internationales de la guitare suivent trois axes. Le culturel avec notre programmation musicale. Le social avec le travail fait dans les collèges et les lycées pour développer la pratique de la guitare. Et enfin l’économique. Nous sommes la première région guitaristique et de lutherie du pays. Il y a 75 luthiers en Occitanie pour 400 luthiers en France. Nous avons pratiquement 10.000 élèves qui apprennent à jouer de la guitare, encadrés par un peu plus de 1.000 professeurs. Il y a, dans notre région, le plus ancien établissement qui forme des luthiers. C’est le lycée Fernand Léger à Bédarieux, dans l’Hérault. Nous avons de plus la plus grande communauté gitane du pays, qui est attachée à cette pratique, et nous sommes à proximité de l’Espagne, autre terre de la guitare. Nous nous battons pour que cette réalité perdure et pour qu’il y ait des résultats économiques tangibles.

Comment s’en assurer ?
Plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires sont déjà générées au travers des contacts professionnels noués lors du salon. Une bourse d’innovation est donnée chaque année depuis 16 ans à un instrument éco-responsable fait avec du bois français et, encore mieux, local. Il faut qu’il y ait une innovation technique dans la fabrication, le rendu, l’acoustique. Cette bourse est financée en grande partie par la Région Occitanie. Cela vaut le coup de soutenir la fabrication de guitares. Quand on donne un euro de subvention à la filière, la retombée moyenne est de 7 euros dans l’économie locale. Le nombre d’entreprises impliquées directement ou indirectement dans la lutherie ne cessant de s’accroitre (bois, composés électroniques, sangles, étuis, etc.), la Région a déployé, depuis deux ans, un dispositif dédié au secteur et centré sur la formation. Un atelier comme Écho d’artistes à Fronton reçoit une aide financière pour former des jeunes ou des personnes en reconversion à la lutherie.

La crise économique suite au coronavirus a-t-elle eu un impact sur la filière guitare ?
Non. Au contraire, l’achat de guitare a augmenté de 20% en France pendant la crise sanitaire. Les gens avaient besoin de s’occuper chez eux et se sont tournés vers la guitare. Nous sommes un secteur économique très particulier qui n’a pas souffert comme la restauration ou le tourisme.

Quels projets pour l’avenir du salon international de la lutherie et de la guitare ?
On souhaite poser désormais la question de la création d’une scène ou d’un centre national conventionné en Occitanie. Cela serait un grand pôle de formation et d’intervention sociale pour faire émerger de nouveaux talents dans tous les domaines : fabrication, gestion des événements, création et écriture musicale. Le projet dans sa conception est achevé depuis quelques mois. Il faut qu’il soit porté par la région désormais. Il ne sera pas budgétivore. Il sera financé à la fois par des mécènes, l’Union européenne, l’État et les collectivités. Nous voulons aller bien plus loin que le salon désormais et ce centre enclencherait une nouvelle dynamique pour la filière qui bénéficierait au territoire.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : portrait de Taalat El Singaby directeur du salon. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Taalat-El-Singaby-Salon-international-de-la-lutherie-Nous,31970